Porte-parole du CIRC. Le cannabis dans les médias et la société.
A l'occasion de la diffusion de Weeds, Jean-Pierre Galland, figure historique du mouvement pour la légalisation, prône l'instauration d'un débat serein sur la fumette. Interview sans filtre.
Comment se fait-il qu'un phénomène aussi massif que la consommation de cannabis ne soit pas plus traité par le cinéma ou la télévision ?
Il y est quand même souvent fait allusion dans des téléfilms comme dans les émissions "à la con " car tout le monde sait que nombre d'artistes s'adonnent au cannabis. Canal Plus a beaucoup donné à une époque. Au printemps dernier est sortie dans quelques salles une comédie musicale "Reefer madness" qui parodiait un film de propagande prohibitionniste américain des années 30. Mais, selon toute apparence, les associations familiales qui demandaient que le film soit interdit, ont réussi.
Justement Weeds passe en France. Curieux non?
Les autorités se ridiculiseraient si elles s'attaquaient à une serie à la mode. C'est toujours plus facile d'attaquer des associations comme la notre qui ne font que relayer des informations sur la relative innocuité du cannabis et militent pour sa légalisation. Le CIRC a été condamné huit fois pour avoir enfreint l'article L 34 21-4 du code de la santé publique qui punit la présentation sous un jour favorable, l'incitation et la provocation à l'usage des stupéfiants. Et que penser des libraires qui subissent des pressions des flics pour enlever de leurs rayons des ouvrages expliquant comment cultiver du cannabis ? L'auto-production étant considérée dans un système prohibitionniste comme la meilleure manière de faire de la réduction des risques. Peut-être que Weeds va démontrer, une fois de plus, l'absurdité d'une loi qui fait qu'on ne peut pas débattre sereinement de ce phénomène.
La banalisation de ce phénomène par des series comme Weeds pourrait donc faire avancer le schmilblick comme certains le pensent de The L Word à propos de la sexualité lesbienne ?
Weeds ne va pas non plus déclencher de révolution. Ce qui serait drôle serait que le gouvernement applique la loi et interdise la série. Ce n'est pas ce que je souhaite, quand une loi est obsolète et inappliquée, il faut savoir passer outre. Comme en 1997, quand nous avions envoyé un joint à chaque député ou en 2002 avec la journée "Sortez les du placard", un meeting que nous avons organisé avec les Verts où nous avons distribué un peu d'herbe.
Où en est-on en france ?
Il y a une immense hypocrisie. Tout le monde sait bien, et nos députés en premier, que la prohibition est un échec flagrant. Elle n'a fait que dynamiser le trafic et multiplier le nombre de consommateurs. La prohibition favorise le crime organisé et les mauvais produits. Aujourd'hui, on trouve de l'herbe coupée avec de la farine, voire du verre pilé, des produits très dangereux pour la santé des consommateurs. La prohibition met le feu où elle veut l'éteindre. Il y a beaucoup d'argent dans l'économie parallèle et de nombreuses nations sont devenues des narco-etats comme la Turquie, le Mexique.
Jusqu'en 1999, c'était un peu le Moyen-Age. J'exagère à peine. C'est quand Nicole Maestracci a pris la tête de la MILDT (mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) que les choses ont évolué. Ils ont sorti un livre "Savoir plus - Risquer moins". Le CIRC aurait presque pu rédiger les sept pages consacrées au cannabis. Partant du principe qu'un monde sans drogues n'existe pas, ils ont axé leur politique sur la lutte contre l'abus plutôt que sur la chasse à l'usager. Cette brochure a inclus dans le champ des drogues le tabac et l'alcool, ce qui a provoqué la colère du lobby des alcooliers.
Et ?
En 2002, la frange réactionnaire du Sénat s'est auto saisie du problème et nous a pondu un rapport : « Drogue : l'autre cancer ». L'objectif ? Détruire le travail de la Mildt et accuser la gauche de laxisme, puis démontrer que le cannabis est dangereux pour la santé mentale et physique de nos ados. Ce qui nous pend au nez aujourd'hui, c'est une politique de "tolérance zéro". Ne pouvant décemment incarcérer tous les usagers, Nicolas Sarkozy propose que la moindre infraction à la législation sur les stupéfiants soit systématiquement punie d'une amende de cinquième catégorie (1500 euros) qui permet de repérer les récidivistes, ainsi que des peines complémentaires comme la saisie du scooter ou la confiscation du permis... La dernière proposition de Sarkozy est d'imposer au fumeur de cannabis un stage qu'il paiera de sa poche sur les méfaits de la drogue.
On aurait donc plutôt régressé, d'après vous.
Clairement. D'ailleurs aujourd'hui les campagnes de préventions sont ridicules. Elles font ricaner les amateurs de cannabis et effraient leurs parents. A force de dire que lorsqu'on fume on multiplie les risques de schizophrénie, le standard de Drogues Info service a explosé. Pourtant, la France en pratiquant pour les drogues injectables une politique de réduction des risques, avec la distribution des seringues ou l'accès à des produits de substitution (méthadone et subutex). A noter que c'est la droite qui a légalisé la vente de seringues. Ils ont mis du temps, beaucoup trop de temps, mais le nombre d'overdoses et de contamination par le VIH a considérablement diminué. S'ils l'ont fait, c'est parce qu'il y avait un réel problème de santé publique... Ce qui n'est pas le cas avec le cannabis.
L'argument de base est de dire que la légalisation entrainerait une augmentation de la consommation...
La verité c'est qu'il y aura sans doute une augmentation de la consommation, par exemple tous ces "quadras " qui ne veulent pas acheter leur shit en banlieue. N'oubliez pas que nous en sommes à trois générations de consommateurs, et que contrairement à une idée reçue, il n'y a pas que les ados qui fument. D'ailleurs la legalisation permettrait aussi à pas mal de petits dealers, lesquels sont aujourd'hui les premières victimes de la répression, d'entrer dans la legalité. Les enquêtes le démontrent : on fume beaucoup chez les cadres moyens et dans le 16 ème arrondissement, autant qu'en banlieue. Mais les jeunes fumeurs, quand on exige de la police un certain rendement, c'est pratique pour faire du chiffre.
Comptez -vous vous inviter dans le débat de la présidentielle ?
Pendant la présidentielle de 2002, le cannabis était de la campagne grâce aux médias. Libération en a même fait sa Une. Mais je crois que c'est aux usagers de provoquer le débat. On réflechit à une action originale qui s'adressera aux fumeurs et forcera les politiques à s'emparer du sujet, mais pour l'instant c'est "secret défonce". Sinon on a toujours rêvé de faire des vendanges cannabiques, peut-être l'an prochain pour fêter la legalisation du cannabis. On va aussi essayer de squatter quelques meetings politiques de la LCR, des Verts ou du PS. Mais ce que je sais, c'est que la raison finissant toujours par l'emporter sur la bêtise, le cannabis sera un jour légalisé.
Jean Pierre Galland est le porte-parole du Collectif d'information et de recherche cannabique (CIRC)
Illustrations : 1. Jean Pierre Galland| 2 et 3. Weeds, la série (dr)
Propos recueillis par Daniel De Almeida
Sur le web :
- le site du CIRC
- Rayon santé : dossier cannabis sur Doctissimo : Cannabis, entre vice et vertu
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