Blonde On Blonde de Bob Dylan

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Trois disques angulaires de Bob Dylan

Blonde on Blonde est le dernier des grands albums de Dylan dans les années soixante. Arrivé à la suite de Highway 61 Revisited, c'est aussi le seul à ne pas représenter un vrai virage ou une progression artistique. Il ne compte aucune chanson aussi importante culturellement que "Blowin' in The Wind" ou "Like A Rolling Stone". Il n'est remarquable, en fait, que parce qu'il est le meilleur.
Blonde on Blonde est une somme. C'est l'ultime, on pourrait même dire parfait, album Dylanien. Ce qui pourrait - sur le papier - être le meilleur point pour s'attaquer à une discographie intimidante par son ampleur en fait cependant le plus difficile. Pour l'auditeur non averti, c'est un Everest.

En tant qu'adolescent qui savait vaguement que ce type qui égrenait les paroles de sa chanson sur le pavé dans un film en noir et blanc avait l'air cool, et que les double vinyles portés sur un seul CD étaient une bonne affaire, j'ai fait cette expérience.

Un bon nombre de chansons duraient plus de quatre minutes sans prendre le temps de changer un instant leur arrangement ou même d'avoir un pont. Toute la musique moderne serait basée sur le blues, nous enseigne-t-on, mais les quelques morceaux à la Robert Johnson m'étaient tout aussi étrangers qu'un chant guttural mongol. Il y a bien sûr quelques points où se raccrocher : on ne peut pas ne pas se laisser entraîner par "I Want You" ; on ne peut pas ne pas succomber à l'adorable "Just Like A Woman". Mêmes celles là étaient trompeuses pourtant : sous le sucre j'ai découvert en perfectionnant mon anglais des histoires de politiciens saouls, d'amphétamine et de petites filles brisées.

A travers les années et un nombre incalculable d'écoutes, j'ai fini par comprendre un peu cet album. Je ne sais toujours pas démêler les drogues des lapidations dans "Rainy Day Women #12 & 35" et je ne percerais sans doute jamais totalement le mystère de "Visions of Johanna". Face à ce disque, nous sommes tous comme les musiciens de session à qui Dylan a dit un jour "On va jouer un couplet et un refrain et je jouerais mon truc à l'harmonica, puis un autre couplet et un refrain et je ferais encore un peu d'harmonica, et on verra où ça ira ensuite" et qui, après avoir laissé monter la sauce pour ce qu'ils anticipaient être la fin à trois minutes s'accrochaient encore dix minutes plus tard, se demandant quand la conclusion arriverait. La réponse est jamais, sans doute.

2goldfish Le 29 August 2005

Sur le web : Sur Flu : - La chronique de Modern Times - Le fil Bob Dylan sur Playlist, le blog musique de Flu - The Bob Dylan Chronicles, le biographie de Dylan par Dylan, livre, disque et film sur Flu.

Sur le Web : - Le site officiel de Bob Dylan sur Columbia Records - Le blog Myspace de Dylan (quatre standards en écoute)