Monsieur Brown et ses collègues sont restés dans nos mémoires comme une troupe de malfrats en costume noir qui ont raté le casse du siècle. Un plan méticuleux qui a tourné en eau de boudin, un cas d'école sur la débandade du grand banditisme. Ce que Reservoir Dogs le jeu comptait faire, c'était combler les fans et délier les ellipses narratives qui nous avaient intriguées dans le film. Tout ce qui était implicite ou contribuait à cette pagaille jubilatoire chère à Tarantino se voulait éclairé sous un nouveau jour. Le projet est resté des années en transit, comme un enfant de la DASS dont personne ne voulait la garde. Naissance douloureuse oblige, Reservoir Dogs le jeu a manqué d'oxygène et cela se sent.
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Reservoir Dogs sur le
forum jeux vidéoReservoir Dogs est arrivé 5 ans trop tard. C'est probablement parce qu'il est 5 ans en travaux. L'arlésienne des licences a hanté les salons et les pages de la presse spécialisée par périodes, pour se rappeler à notre bon souvenir. Les promesses étaient séduisantes, on nous parlait d'élucider les questions en suspends, de pouvoir vivre l'action par les yeux de chaque protagoniste. Même de M. Orange, c'est pour dire. Tous les trous béants du scénario d'origine de Tarantino, masqués à l'époque par des dialogues pêchus, voyaient enfin une justification extérieure. De quoi conforter ceux qui crient au génie à chacun de ses patchworks filmiques.
Dès le lancement du jeu, on se prend une claque, ou plutôt un camouflet. Cette chiquenaude méprisante qui nous tire de notre torpeur bienveillante. Le moteur de Reservoir Dogs a très mal vieilli, et toutes les Ray-Ban du monde n'arriveront pas à cacher les poches qu'il a sous les yeux. Les réparties fusent, même timing et mêmes plans que dans le film, c'est une transposition fidèle qui utilise la motion capture à bon escient. Hélas, les scènes sont interprétées par des acteurs en Lego. On avale notre salive avec difficulté, alors que l'écran de chargement suit son cours.

Les méfaits de la formation accélérée
La mise en jambe se fait avec M. Orange. Ses collègues le briefent sur les techniques élémentaires dont on va disposer pendant le jeu. Tout commence par un affrontement au paint-ball pour essayer la mise à couvert : le cache-cache est d'une rigidité pénible et la caméra nous en veut aussi, décidant de se positionner où bon lui semble. On soupire et on découvre ensuite les bienfaits du Bullet Time recyclé avec une phase de tirs sur cible. Quand la jauge d'adrénaline est remplie, on peut lancer une attaque spéciale qui fige le temps et vide vos chargeurs de façon précise sur le corps de vos ennemis. On vise, on valide les impacts, et une fois le ralenti terminé, le déluge de plomb s'abat. Moche, mais efficace, on espère que cela s'avèrera utile sur le terrain.
Vient alors l'apprentissage clé du jeu, ce qui est sensé nous le vendre par son originalité : la prise d'otage. Vous pouvez menacer une personne, la diriger ensuite où vous le désirez, désarmer les gardes en menaçant un innocent. Une fois un otage entre les mains, vous avez l'option de le tabasser légèrement pour faire comprendre qui est le patron, ou mieux, d'utiliser votre jauge d'adrénaline pour faire un signature
move (une torture perso) sur le malheureux. Cet acte assez barbare terrorisera vos ennemis qui se rendront tous en frémissant. En désespoir de cause, ou par pur sadisme, on peut aussi exécuter sommairement le bouclier humain. Dans tous les cas, il faut agir vite, car l'otage « s'use » avec le temps et peut mourir dans vos bras, sans raison apparente. Cœur fragile, peut-être, qui sait. Si cela ne vous compliquait pas assez les choses, les adversaires qui ne sont pas tenus en joue peuvent se ruer subitement sur leur arme et une fois ce stade passé, vous ne pourrez plus les intimider à nouveau.
Les possibilités sont nombreuses, et on se trompe souvent lors de l'entraînement. Ce n'est pas vraiment grave, vous aurez tout le loisir de les retenir...

Si vous bougez je bute encore le môme !
La guitare égrène les notes basses pendant que les hommes en costume noir marchent cravate au vent. La véritable introduction de
Reservoir Dogs commence en faisant défiler ses protagonistes à tendance cubique. La gestuelle, la musique, le cadrage, tout est là, mais une odeur de sapin flotte pourtant dans l'air.
L'histoire suit son déroulement normal, M. Orange trépasse et vous êtes décidé à vous échapper de la banque. Méthodiquement, vous mettez en pratique vos précieux enseignements, en vous efforçant de faire du travail propre, passant d'un otage à l'autre en humiliant la police. On traîne son personnage poussif de salle en salle, dans un monde au level design très moyen, aux textures baveuses. Les face-à-face se suivent et se ressemblent tristement : Un quidam qui erre dans une ruelle ou un couloir devient votre encombrant sauf conduit, vous rencontrez ensuite un petit groupe de policiers que vous narguez et désarmez sous la menace. Quand votre joker flagelle des genoux, vous l'échangez contre un autre poissard qui se trouvait là au mauvais endroit, mauvais moment ou vous prenez un représentant de l'ordre pour teinter la situation d'une touche d'ironie. Puis le cycle recommence jusqu'à épuisement des stocks.
Une erreur de manipulation ou un policier nerveux viennent parfois précipiter ce ronronnement, et la récréation vire brusquement à la boucherie. Quelques balles bien placées, un coup d'adrénaline pour faire le ménage au petit bonheur la chance et on reprend sa routine de braqueur loser. Les quelques hoquets dans le déroulement sont souvent dus à des ennemis qui apparaissent par magie à un mètre devant vous, ou des policiers qui n'ont pas vu votre impressionnante démonstration de force sur votre victime et tirent à vue sans sommation. C'est une notion très américaine, le dommage collatéral, il faudra vous y habituer. Il en va de même pour les puzzles, qui se résument à des cadenas en plastique, et des serrures ou coffres que l'employé à 3m de là ouvrira sans faire d'esclandre. Pas de quoi se faire un anévrisme en cherchant la solution.
La banque est derrière vous et vous parvenez à rejoindre la voiture. Une scène de course-poursuite démarre sur les chapeaux de roues, en pleine ville et à contresens, je vous prie. La discussion va bon train sur les sièges passager pendant que vous cherchez d'un doigt une musique sur l'autoradio. Les développeurs ont eu la délicate attention de mettre les pistes de la BO du film en libre choix pour les phases de conduite. C'est exactement la diversion qu'il vous fallait pour ne pas prêter attention quelques instants à la maniabilité huileuse de votre véhicule. Réjouissez-vous, vous participez à la course en savonnettes de l'année, dérapant entre les véhicules et les contre-allées, vous efforçant de suivre le plan qui tressaute en bas de l'écran.
C'est alors que vous vous souvenez que vous êtes dans un film de Tarantino. En tirant quelques balles dans les voitures qui vous gênent, elles exploseront dans une belle gerbe de gazole pour ensuite valser dans le décor. Ce n'est plus du travail très propre, mais depuis la banque, vous êtes quelque peu sur les nerfs et tout ce qui se met en travers de votre chemin finit avec plusieurs trous de ventilation supplémentaires.
Un autre niveau se termine et votre bilan psychologique s'affiche à l'écran. De « grand psychopathe » à « professionnel méticuleux », les statistiques tiennent compte du nombre de victimes, de coups tirés, de coups au but. Dommage que l'on soit évalué, car le jeu vous pousse au massacre. Ce n'est pas parce qu'il est dur ou que les prises d'otage sont psychologiquement intenses, c'est parce que Reservoir Dogs est ennuyeux, répétitif, obsolète dans sa réalisation, et qu'on finit par tout envoyer paître en espérant boucler la mission sans s'endormir durant le trajet.

Le casse de la semaine à Pouillade-sur-Yvette
Au fil des objectifs, répétant inlassablement les mêmes procédés, les mêmes fusillades brouillones, ce qui devait rendre
Reservoir Dogs différent le plombe indubitablement. Il est différent, certes, mais un peu comme Corky. L'IA des ennemis n'est vraiment pas à la hauteur des ambitions du système de prise d'otage, et plus les corps s'accumulent dans le caniveau, plus on est exaspéré par les manipulations fastidieuses que l'on doit effectuer à chaque rencontre. A force de se battre avec sa manette, on en oublie l'intrigue que le jeu devait nous révéler.
Celle-ci, passable rapiéçage d'amateur sur le scénario déjà maigrichon de Tarantino ajoute encore à la piètre tenue du jeu. Sans aucun doute possible, les années de développement et les hibernations du projet ont grandement nui à sa qualité, ne lui laissant aucune excuse valable pour mériter notre affection.
Encore une licence cinématographique qui prendra la poussière dans les magasins, tel un dinosaure vidéoludique victime de sa gestation longue durée. Un tyrannosaure, avec une grande gueule et de minuscules bras engourdis.
Reservoir Dogs
Edité par Eidos Interactive
Développé par Volatile Games
Jeu d'action sur Xbox, PS2 et PC
Sortie en France le 1er septembre 2006
Rémi Vermont