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Des serpents dans l'avion

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Maso mineur

Film concept né d'un brainstorming mondialisé auquel furent conviés les internautes, Des Serpents dans l'avion existait avant même d'être tourné. Le résultat de ce phénomène retrouve la dimension humaine de l'expérience cinématographique : de la peur, de la douleur, et une bonne dose d'autodérision. Sans surprise ni génie, le film catastrophe de série B est de retour !

Comme aux belles heures du double programme dans les cinémas américains, la série B fait son grand retour auprès des studios. Objet d'un enthousiasme précoce, Des Serpents dans l'avion est sans doute l'un des films les plus attendus de l'été, et ce pour les moins bonnes raisons : un gros buzz sur internet, des anecdotes souvent aux limites du crédible et Samuel L. Jackson délivrant des répliques « labelisées »cultes (comme d'habitude, en somme). Au final, c'est pourtant bien l'idée même du film, ce concept qui ajoute au film catastrophe l'horreur phobique, qui tient plutôt bien la route. Avouons-le, même les plus résistants devraient éprouver une bonne montée d'angoisse face à la grande quantité de reptiles réels ou très bien fichus qui s'abat sur les passagers d'un avion de ligne. L'intrigue même - Samuel L. Jackson est un flic qui protège un témoin en route pour un procès via le transport aérien, l'accusé ayant placé là des serpents pour le faire taire - est très vite évacuée. Les véritables stars du film sont donc silencieuses.

De toute évidence, le réalisateur David R. Ellis a joué ici la carte de la quantité plutôt que de la qualité. Mise en scène « efficace » et sans inventivité, scénario au rabais, Des Serpents dans l'avion en donne pour son titre : l'angoisse naît autant des faces à faces hommes / serpents que des simples plans où grouillent une quantité informe de ces bêtes, dont on peut par ailleurs apprécier la grande variété d'espèces. Il est assez regrettable qu'une des scènes-types du film catastrophe manque à l'appel : l'exposé par le spécialiste des venins sur les différents types de serpents. A part le cobra, le boa et la vipère, on n'apprendra pas plus de noms d'espèces. Dommage, car les mambas verts, crotales diamantins ou autres mocassins d'eau ne manquent pas de qualités graphiques. Le film cherche avant tout à satisfaire l'attente des spectateurs qui - ne l'oublions pas - ont eux-mêmes modifié le cahier des charges par l'intermédiaire d'internet.

Devant ce film de commande composite, on peut tout de même, par instants, s'émerveiller du plaisir avec lequel les spectateurs se délectent de ce qu'ils attendent. Ainsi, lors d'une scène d'attaque, un homme est aux toilettes en train de se soulager. Le serpent, arrivant par le conduit des toilettes, le mord immanquablement en son membre cher. Il faut voir alors l'intégralité de l'audience masculine se plier en deux au même instant, dans une parfaite communion de la douleur. Elle se situe aussi là, la « magie du cinéma », dans ce partage pleinement consenti par une salle entière des émotions les plus nobles aux plus triviales, définition même de la série B. Lorsqu'on va voir Des Serpents dans l'Avion, depuis son titre jusqu'à sa dernière image, c'est bien cette expérience que l'on recherche : des émotions primaires et un défouloir.

Des Serpents dans l'avion
Un film de David R. Ellis
Avec Samuel L. Jackson, Julianna Margulies, Nathan Pihllips.
Etats Unis, 2006 - 101 mn
Sortie en salles (France) : 30 août 2006

[Illustrations : © Metropolitan FilmExport]
Laurence Reymond