Théâtre de la Commune
A Aubervilliers, La maman bohème, suivi de Médée, deux textes de Dario Fo et Franca Rame ouvrent une saison placée sous le signe des mères. Deux monologues servis par une Ariane Ascaride truculente et drôle, deux portraits de femme pour dire une révolte inlassable.
Elle arrive en criant, attifée de façon improbable : collants rayés, jupe à larges motifs criards, perfecto marron, et queue de cheval rousse, vissée haut sur la tête. Elle traîne derrière elle un vieux caddie à commissions, façon Zézette du Père Noël est une ordure. Cette héroïne volcanique, dont on ne connaîtra pas le nom -façon de marquer l'universalité de la condition des femmes- est poursuivie par les carabiniers. Poussant la porte d'une église, la « communiste croyante » qui ne s'est pas confessée depuis près de vingt ans va donc chercher le refuge en même temps que l'absolution. Et la confession se fait confidence...
Verbe haut, gouaille truculente, la mère raconte son amour forcément aveugle, d'un fiston anarchiste, forcément indigne, qu'elle va traquer dans une communauté hippie jusqu'à finir par en devenir membre à part entière. Elle est ainsi, la maman bohème éprise de liberté. Tout feu tout flamme, une femme de tête indépendante, qui se retrouvera finalement prise au piège.
Deuxième acte. Trois minutes d'attente, et Ariane Ascaride s'est muée en tragédienne. Nuisette noire, tablier, pantoufles, teint blanc, telle Sophia Loren dans Une journée particulière, une femme au foyer exemplaire, condamnée aux quatre murs de sa cuisine.
Sauf que, en convoquant l'héroïne antique, cette Médée des temps modernes se rebelle contre la société et le rôle qui y est réservé aux femmes tout en mitonnant un plat aux petits oignons et au Destop ( !) pour son mari infidèle, dont le retour est imminent.
Ce qu'il y a d'hilarant et de fin à la fois, dans la mise en scène de Didier Bezace, c'est le décalage entre les gestes de la mamma, sa posture implacable, stoïque presque, tandis que sa révolte explose, à chaque mot, chaque virgule.
Le directeur du Théâtre de la Commune a en outre eu l'idée ingénieuse de grouper ces deux monologues extraits des Récits de femmes, à l'origine prévus pour être joués de façon indépendante. Car dans ces textes signés Dario Fo et Franca Rame, couple d'anarchistes et auteurs terribles du théâtre italien, les deux héroïnes ne sont que les deux faces d'une même femme. Exubérante dans l'un, toute de violence contenue dans l'autre, mais toujours dans le refus d'un destin gravé dans le marbre. Ariane Ascaride, magnifique, leur prête son corps et sa voix avec force, drôlerie et beaucoup d'émotion. Que ce soit face à un prêtre invisible, retranché derrière d'épais volets, ou un mari imperturbable. Tous deux silencieux.
La Maman Bohême et Médée
2 pièces de Dario Fo et Franca Rame
Adaptation et mise en scène Didier Bezace
Avec Ariane Ascaride
Au Théâtre de la Commune
Début novembre / décembre 2006
[Illustrations : 1. Ariane Ascaride - ©Brigitte ENGUERAND | 2. © Marc Daniau]
Sur le web
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- le site officiel du Théâtre de la Commune.
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