L'exposition du Centre Pompidou montre l'œuvre poétique, spirituelle et utopiste d'Yves Klein, artiste de génie mort prématurément en 1962, à l'âge de trente-quatre ans.


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Fils de peintres, Yves Klein grandit au contact des artistes et des écrivains, mais ne se consacre à l'art qu'à l'âge de vingt-sept ans, après une brillante carrière de judoka. Sa carrière éclair durera sept ans. Pourtant son œuvre est extraordinairement riche et d'une grande puissance poétique.

L'exposition de Beaubourg en donne, par une sélection d'œuvres exemplaires, un aperçu émouvant. Réparties selon trois grands thèmes (le corps, la couleur, l'immatériel), les objets, textes et documents écrits et filmés montrent avec justesse les grands axes de la réflexion dialectique de l'artiste : matériel/immatériel, plein/vide, visible/invisible, où la référence à diverses spiritualités, de la trilogie chrétienne au zen japonais, est permanente.

« Je veux créer des œuvres qui soient nature et esprit »
Klein, qui passe plus d'un an au Japon où il obtient une ceinture noire de judo, s'imprègne de la philosophie zen pour créer des œuvres où, comme dans la tradition du raku japonais, l'homme laisse à la nature sa part dans le processus de création. L'artiste transforme la nature en œuvre d'art par sa seule présence, par sa décision, prolongeant le geste de Duchamp en le teintant de poésie et de spiritualité. Les Cosmogonies enregistrent la trace du vent ou de la pluie. Dans les Anthropométries, il n'y a plus d'intermédiaire entre le modèle et l'œuvre, hormis la direction intellectuelle de l'artiste qui supervise la réalisation. Le modèle, « pinceau vivant », « se rue dans la couleur », cette couleur réduite au seul pigment, essentialisée.

Bleu kleinLa couleur est considérée par Yves Klein comme une force spirituelle, un élément hautement symbolique. A partir de 1959, l'artiste limite sa palette à trois tons. En 1956, il met au point le fameux bleu « IKB » (pour « International Klein Blue »), dont la composition (V14, acétone, pigment d'outremer) résonne comme une formule magique permettant l'accès à un monde parallèle. Puis viennent l'or, référence à l'icône byzantine comme interface entre les mondes visible et invisible, et le rose, retour à la chair et au corps.

Pourtant, le projet de Klein n'est pas d'associer la couleur à un tableau mais à l'espace, à l'immatériel. A ces notions sont associées celle du « monochrome », comme dépassement absolu de l'abstraction, et de « vide » : l'artiste organise en 1958 à la galerie Iris Clert l'« Exposition du Vide », où l'espace est entièrement débarrassé du moindre objet (un an plus tard Arman répondra à cette manifestation par l'« Exposition du Plein »), puis pratique en 1960 un « Saut dans le vide » immortalisé par la photographie.

Le véritable but de Klein est « l'appropriation du monde par l'art », but qu'il partage avec ses amis artistes du Nouveau Réalisme (Arman, Restany, Villeglé...). L'artiste veut s'approprier le cosmos : déjà en 1946, à l'âge de dix-huit ans, sur la plage de Nice, il dit avoir signé son « nom de l'autre côté du ciel durant un fantastique voyage réalistico-imaginaire ». A cette quête de l'immatériel répondent les superbes Peintures de feu, qui portent la marque sur la toile des fluides invisibles que sont l'eau et le feu, et des projets utopiques, peu connus, d'architecture d'eau, d'air et de feu.

Le parcours de l'exposition est agréablement ponctué de vides qui, eux aussi, permettent la méditation, face à la ville, au réel, et à ce ciel dont Klein a voulu être l'auteur. La visite s'achève avec une émouvante vidéo du mariage d'Yves Klein et de l'artiste Rotraut Uecker, qui commente les images. A proximité est exposé l'Ex-voto dédié à sainte Rita, œuvre secrète de l'intimité spirituelle de l'artiste provenant du monastère Sainte-Rita de Cascia, en Italie, et qui ponctue d'une note grave la fin de l'exploration de son œuvre.

PS : le 3 décembre prochain aura lieu sur la Piazza du Centre Pompidou un lâcher de ballons bleus, réitération de la Sculpture aérostatique d'Yves Klein, lancée pour la première fois en mai 1957 dans les cieux de Paris à l'occasion du vernissage de deux expositions de ses œuvres.

Yves Klein

"Yves Klein corps, couleur, immatériel"
Exposition au Centre Pompidou
Du 5 octobre 2006 au 5 février 2007

Illus.1 : Anthropométrie sans titre, 1960 - Grande Bataille ; Collection particulière © Adagp, Paris 2006.
Illus.2 : Ex-voto dédié à sainte Rita de Cascia par Yves Klein, 1961 ; Monastère de Sainte Rita, Cascia, Italie © Adagp, Paris 2006

Magali Lesauvage



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