Dans la profusion littéraire de la rentrée, vous paniquez, vous vous essoufflez à imaginer les différents choix à faire. Dans la catégorie, femmes-écrivains-singulières chez gros éditeurs, nous retrouvons deux fortes personnalités.
Christine Angot, 45 ans publie chez Flammarion, Rendez-vous, nouveau récit concentré et rivé sur ce qu'elle sait faire et dont elle est l'héroïne médiatique incontestée : l'autofiction.
Quant à savoir dans ce livre, ses amours impossibles avec un comédien indécis et insaisissable, à noter que le livre débute avec la description d'un banquier avec qui, elle entretient une liaison (seul ce personnage semblera valoir le détour.)
Lorette Nobécourt, 38 ans, nous revient après quelques absences avec Entre nous la vie des morts. Lorette délivra dans les années 90, trois textes : La démangeaison, L'équarrissage et La conversation , des textes dont le violence et le style se mesure à l'élégance de la dame, de là elle ne laissa personne indifférent. Textes où le processus autofictionnelle (La démangeaison narrait ses problèmes d'eczéma) fût aussi un enjeu mais de cette période reste, à rebours, la marque d'une styliste née.
Angot déboule réellement dans le paysage littéraire avec L'Inceste, elle bénéficie du syndrome médiatique, appelé : les pour-et-contre, qui égaya de morne façon les petites discussions du landerneau littéraire jusqu'au lectorat de Télérama. Angot connaît alors un succès croissant (et un temps mérité) inventant sans le savoir le Litteratury -show germano-pratin. Chacun de ses livres est un rendez-vous avec ses affres sentimentales, Pierre-Louis Rosynes, dans son livre précédent Les désaxées et directeur de Livre hebdo à l'époque, compagnon d'Angot pendant quatre ans en fût le héros involontaire.
Nobécourt connut elle, une baisse de reconnaissance avec Subtance et Horsita (les critiques ne furent pas très bonnes et les chiffres de ventes durent s'éloigner considérablement et définitivement) de ceux d'Angot.
Lire Angot, c'est se confronter à deux sentiments distincts. Dans un premier temps une sorte de fascination s'installe à être dans sa tête, on apprécie le voyeurisme mental et inconfortable nécessaire à sa volonté de dire, de transmettre intégralement ses émotions. Le second mouvement, quant à lui, conduit, à la lecture de Rendez-vous, à une lassitude de la répétition. Le ressassement est là,inhérent, légitime dans son œuvre mais disons-le clairement : le caractère monolithique et la pauvreté de la narration nuit au texte, même chez Thomas Bernhard, apôtre de l'écriture obsessionnelle, il existe, soit par l'humour, la dérision ou autres, des anfractuosités qui mettent en relief l'écriture. Rien de tout ça ici, si ce n'est l'impression d'avoir pris des nouvelles de Christine, de s'être installé dans la routine de ses publications avec, il faut le noter une prise de conscience, chaque fois plus importante, de l'échange impossible entre sa volonté d'un dire littéraire et ses qualités d'écrivain.
En nous la vie des morts est un changement notable (nous n'avions pas lu Substance ou Horsita) par rapport aux premiers textes de la dame. Lorette Nobécourt ne s'inscrit plus dans une violence et une urgence de l'écriture qui l'a rapproché à l'époque d'un Mehdi Belhaj Kacem ou de façon plus paternelle d'un Louis Calaferte. Dans ce dernier roman Nobécourt surprend, elle livre un texte fascinant, épiphanique quand à la question de l'existence. L'amitié, l'amour, la perte sont pour elle, les liens nécessaires d'une résurrection (littéraire ?) ou d'une assomption quasi immobile mais à la pervibration ensorcelante. Pour ceux allergiques au mysticisme en tout genre, il convient d'imaginer son travail présent comme celui d'un Nick Cave qui utilise, certes, les figures religieuses mais telles des tropes, pour dire bien plus que cela. Notons que dans le roman, le héros du livre Nortatem écoute The Mercy Seat de Cave repris par Johnny Cash. Invitons ce qui ne connaisse pas ce titre à le découvrir, la miséricorde de cette chanson résonnant dans le livre de Nobécourt comme un salut à la simplicité.
On a l'impression qu'à rebours de la mort, elle détricote calmement la corde de nos petites potences individuelles, ce qui ne l'empêche aucunement de livrer un roman d'une envergure magnifique. Nous avons pris à nouveau rendez-vous avec Lorette Nobécourt et l'attendons avec impatience. Quant à Angot, nous avons souhaité à la lecture, un décrochage, un virage dans son oeuvre, qui n'est pas venu mais adviendra peut-être dans un des multiples autres domaines d'activité de la dame.
Rendez-vous
Christine Angot
Flammarion
Entre nous la vie des morts
Lorette Nobécourt
Grasset.
Illustrations : 1. Christine Angot (dr) et Lorette Nobécourt.| 2. Christine Angot | 3. Lorette Nobécourt
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