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Adapter un roman de Jean-Christophe Grangé tient du défi. Difficile de faire bien à partir du pire. Pourtant, Guillaume Nicloux tente aujourd'hui avec Le concile de pierre de conjurer le sort. Nouvel échec : le cinéaste s'épuise dans la suggestion suggérée et un récit aussi abracadabrant que grotesque.
Peut-être que dans un futur hypothétique on reverra les adaptations des romans de Jean- Christophe Grangé comme des objets kitsch dont la grossièreté passera pour un charme d'époque. Toutefois, on en doute un peu. C'est que des Rivières pourpres et sa suite par Kassovitz et Olivier Dahan, en passant par le consternant Empire des loups de Chris Nahon, à aujourd'hui Le concile de pierre de Guillaume Nicloux, chaque œuvre, aussi creuse que maladroite et ridicule, n'aura fait que provoquer gêne et embarras. Grangé confirme donc la règle - on se rassure non intangible - qui voudrait qu'un mauvais scénario donne un mauvais film. Il y a chez l'auteur un problème à la base, quelque chose qui, dans sa littérature fourre-tout, s'avère être une véritable absence de fond. La forme, elle, y prend les oripeaux les plus dégénérés de la citation vaine et facile.
Associez donc le nom de Grangé à un film et c'est foutu, impossible de s'en sortir dignement. Guillaume Nicloux a voulu relever le défi. Sur le principe, admettons qu'on lui aurait bien laissé sa chance. Après Une affaire privée et Cette femme-là, et à défaut de convaincre complètement, le cinéaste pouvait en effet utiliser son approche visuelle sophistiquée pour la mettre au service d'un matériau aussi invraisemblable que mille fois déjà vu. Il y a chez Nicloux une certaine forme d'héritage post-expressionniste, une volonté d'intensification de la scène qui, par sa mise en image en mouvement constant, cherche à créer une profondeur juxtaposant les personnages et les décors. Son obsession parfois décorative tendant par là à créer une double relation permanente entre l'affect tourmenté des premiers et les labyrinthes psychanalytiques amenés par les seconds. Il y a chez lui comme une valeur du motif compensant sa lourdeur et ses creux par un souci du détail et de la lumière où tout devrait être en lien et homogène. Une atmosphère malade qui contamine des espaces mentaux.
Le cinéma de Nicloux a pu ainsi jouer des frontières palpables entre une réalité concrète presque prosaïque et l'étrange. D'une sorte de fantastique du réel, qui en laissant une empreinte d'incertitude, de trouble ou d'abyme, rappellerait de loin Polanski. Lorsqu'on sait cela, on cerne mieux ce qui a pu tenter le cinéaste dans Le concile de pierre et son invraisemblable scénario, où se mélangent en vrac : mysticisme de bazar, complot sectaire, superstition exotique, prophétie illuminée, surnaturel naïf, suspense ébouriffant, mystère bien gardé et amour maternel. On distingue pourquoi et comment Nicloux a essayé de mettre à l'épreuve son cinéma des limites en se focalisant sur le parcours du personnage de Monica Bellucci qui, lentement, pénètre une réalité vacillant vers le fantastique au fil des angoisses de l'héroïne. Seulement, si auparavant le cinéaste comblait ses lacunes de fond par l'image et la fausse complexité d'intrigues puzzles, la linéarité de celle du Concile de pierre et son climat hyper explicite (associé à des thèmes aussi grossiers qu'hilarants), fait sombrer le tout dans le grotesque. Retour à la case Grangé.
L'échec total du Concile de pierre tient aussi à ce que toutes les tentatives de Nicloux, tentant de transcender les aberrations du scénario par la mise en scène, s'évertuent dans le vide ou l'erreur. S'il donnait plus tôt cette illusion d'un post-expressionnisme hollywoodien, ici le cinéaste fait de Tourneur une tautologie. Chaque émotion, peur, angoisse, incertitude, menace, danger invisible, passant à renfort de suggestions suggérées au stabilo comme un poussif agenceur d'ambiances. A trop vouloir croire qu'il faut plus inciter que montrer pour rester subtil, Nicloux fait de ses zones d'ombres, des lumières éclatantes irradiant la nullité abyssale du fond, voire du projet. De fait, découle une sensation désagréable de sérieux et de grandeur démesurée où le projet formel s'épuise à combler un vide qu'il ne fait qu'intensifier et mettre en avant. Devant le résultat navrant de cet imbroglio publicitaire on ne peut que finir par se moquer sereinement du moment mémorable où Catherine Deneuve se transforme en invraisemblable ours numérique. Fallait oser. Ce qui est sûr face à cette catastrophe, c'est qu'on peut enfin espérer miser sur le renoncement de toutes éventuelles adaptations de Grangé à l'avenir. Croisons les doigts...

Le Concile de pierre
Réalisé par Guillaume Nicloux
Avec Monica Bellucci, Nicolas Thau, Moritz Bleibtreu
Sortie en France : 15 novembre 2006
Sur le Web :
- le site officiel
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