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The Fountain

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Forever young

Le nouvel opus du jeune Darren Aronofsky a de quoi laisser perplexe. Tressage temporel à base de mythes catholiques, de mélodrame lacrymal, de yoga des étoiles et de science révolutionnaire, The Fountain échoue dans chacune de ces catégories, et ce malgré une vaillance impressionnante. Quelle est la tendance automne hiver du kitch cette année ? Détail par le menu.

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Hugh Jackman et Rachel WeiszThe Fountain, malgré son titre, ne coule pas de source. Trois époques s'y enchevêtrent, où le même couple revit son histoire sous différentes formes. Aujourd'hui, Izzi se meurt d'un cancer, alors que son mari et chercheur Tommy tente expérience sur expérience pour trouver un remède à la tumeur, et pourquoi pas à la mort.... Izzi a écrit un roman, où elle se voit en reine d'Espagne malmenée sous l'inquisition, et où Tommy devient un valeureux conquistador, partant à la recherche de l'arbre de vie, qui selon la Bible devrait leur donner à tous deux la vie éternelle... Jusqu'ici tout va bien pour le spectateur, les deux récits s'imbriquant de la plus simple des manières, le rêve prenant le relais de la réalité. Mais pour Darren Aronofsky, sans doute fan de James Bond, le monde ne suffit pas. Il nous assène donc une troisième dimension au récit, sorte de über-rêve, situé dans le mystère d'une bulle qui flotte dans l'univers (au XXVIeme siècle, comme nous le précise le très utile dossier de presse du film).

Faut-il évoquer un défaut de construction scénaristique ? Probablement pas, tant chacune des histoires, à son niveau, se révèle terriblement faiblarde et attendue, et le tressage, un pur effet de style, plutôt mal exploité d'ailleurs. La version Espagne XVe siècle sent à plein nez la restriction budgétaire, la version actuelle évoque violement les mélos hospitaliers d'Isabel Coixet, quant à la « vision » du futur... difficile de ne pas en rire, en particulier en ouverture du film, tant son esthétique est laide et kitch. A part chez Lynch, mais pour de meilleures raisons, cela faisait longtemps qu'un film ne nous avait pas autant malmené dans ses premières minutes : Hugh Jackman, crâne rasé et pyjama de soie, en train de léviter dans la position du lotus au milieu des étoiles, ou encore de dire à un tronc d'arbre « tiens bon, tu vas y arriver », puis soudainement « Shinbalda » sans oublier quelques gestes rituels d'un néo-écologisme rêvé... Toujours fasciné par les obsessions de ses personnages, la mise en scène d'Aronofsky tente ici de se délier, de trouver une plénitude dans la longueur, mais reste saisie de ces soubresauts violents, ces inserts paranoïaques et perturbés qui font sa marque de fabrique.. et qui tournent ici totalement à vide.

Après ses deux premiers films hystériques et techno-philosophiques, Pi et Requiem for a dream, on pouvait s'attendre à peu près à tout de la part de Darren Aronofsky. Et bien c'est plutôt du côté du rien qu'il nous revient, avec ce voyage interstellaire dans les arcanes spacio-temporelles, qui se voudrait avant tout une méditation sur la force de l'amour, avec un grand A. Quelle mouche a donc piquée le cinéaste ? Est-ce l'idée d'offrir un écrin sentimental à sa dulcinée Raquel Weitz ? ou peut-être la volonté de porter son regard sur un sujet plus vaste et « ambitieux » que les précédent ? Ou pire encore, un vieil amour adolescent pour la science fiction telle qu'on la trouve sur les pochettes de Death Metal des années 70/80 ? A la vue d'un final qui atteint des sommets au baromètre du ridicule intersidéral, The Fountain nous apparaît surtout intersidérant.

The Fountain
Réalisé par Darren Aronofsky
Avec Hugh Jackman, Rachel Weisz, Ellen Burstyn
Sortie en France : 8 novembre 2006

The Fountain

[Illustrations : © TFM Distribution]

Laurence Reymond