"Les couches superposées des nuages contre les tours battues par la pluie, l'enseigne vert acide de l'hôtel Campanile sur le béton, tandis que le taxi d'un coup de volant virait sur l'embranchement, abordait la bretelle de sortie. "
La 3ème phrase du roman, Fraternité, de Marc Weitzman est à l'image du livre : dans le ton de l'époque, comme on peut dire, un rien sur-écrite et finalement peu passionnante. Si j'ai choisi la 3ème phrase, c'est parce que la 1ère, pourtant reprise en bandeau par l'éditeur, est une absurdité pour installer un livre d'aujourd'hui, trop longue, trop alambiquée pour un résultat qui ne produit pas l'émotion que ce déchaînement de vocabulaire, d'adjectifs et de grammaire laissait espérer.
Fraternité, à l'image de son début, peine à s'installer. Weitzmann présente une séquence introspective d'un scientifique, Francis, venu à la rencontre de son frère, pas vu depuis pas mal de temps, en Israël, à Tel Aviv pour être précis. Cette rencontre dont aucun des deux protagonistes n'attend grand chose, est l'occasion pour l'un et l'autre de disserter sur le monde, la société, mais aussi de relire leur passé, leur enfance, leurs destins. Le tout est distillé sur fond d'incommunicabilité entre les êtres, du même sang ou non, ce qui tend à enlever au récit toute chair.
Pourquoi l'Israël ?
Si on a finalement assez peu parlé de ce livre à la rentrée, c'est peut-être tout simplement parce que personne n'a compris ce que Weitzmann voulait y faire. Le silence de l'incompréhension ou alors la délicatesse de ne pas accabler un romancier qui n'est pas pire que d'autres ([(1) Note d'Easywriter : et qui a une bonne place dans le milieu mediatico-littéraire, protégé par Josyane Savigneau du Mondes des Livres, chroniqueur chez Guillaume Durand il y a encore peu etc..]). Les enjeux du roman ne sont pas évidents, le dispositif non plus. On se demande pourquoi il fallait que la scène se passe en Israel, pourquoi on y parle de société ET de passions individuelles, où tout cela va mener.
A la fin du livre, et même si on peut se retrouver ligne à ligne, ou page à page, sur certaines assertions de l'auteur, on n'y voit pas plus clair. De Weitzmann, on se sent assez proche, malgré nous, sociologiquement et dans cette volonté de parler du temps présent, dans la langue, la conscience politique, pour ne pas couper les ponts, mais du livre, on ne peut rien dire, n'en rien retenir de bon. Fraternité se traîne et avec lui charrie des personnages fantômes. Le livre ressemble au journal intime d'un inconnu. Il se peut qu'il nous manque les clés pour y entrer ou que le mystère qu'on lui prête soit aussi vide que le vide. On en finit par se demander, sans être sûr de son coup, si c'est le livre qu'on trouve raté, ou l'écrivain.
Fraternité
Marc Weitzmann
Denoël
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