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En 1949, la première adaptation par Robert Rossen du roman de Robert Penn Warren, All the King's Men, s'était distinguée en remportant trois Oscars. Cette nouvelle version, avec son fabuleux casting (Sean Penn, Jude Law, Kate Winslet), a justement été produite comme un « film à récompenses ». Malheureusement, elle en fait des tonnes, pour un résultat bien en deçà des promesses annoncées.
Pour sa troisième réalisation, le scénariste Steven Zaillian (La liste de Schindler,Hannibal, L'Interprète, Gangs of New-York) adapte le récit d'un parcours politique tourmenté : celui de Willie Starck, pourfendeur d'injustices, élu par accident après avoir été manipulé. Si le sujet du roman de Robert Penn Warren, inspiré de la vie de Huey P. Long, devenu gouverneur de la Louisiane en 1924 puis sénateur en 1931, n'a rien perdu de son actualité, la réalisation, bien trop appuyée, ne permet jamais d'entrer pleinement dans cette histoire touffue... et un peu mal foutue.
L'homme face au pouvoir
Steven Zaillian choisit un axe, a priori intéressant, qui consiste à observer les méandres nauséabonds de l'affairisme politique par un prisme unique : l'Homme. Doutes, foi, espérances, fidélité ou non au passé sont autant d'éléments qui caractérisent des personnages torturés. Ils sont en proie à la tentation, et une incertitude permanente plane sur la pertinence de leurs choix. Une cartographie des ambiguïtés inhérentes à la nature humaine face au pouvoir se dessine alors, et finit par montrer la difficulté à établir une frontière entre Bien et Mal.
Cette ambivalence des genres est incarnée un Sean Penn habité. Il bouge, vibre de tous ses membres, au point de paraître possédé par une puissance divine. A la manière des télévangélistes qui sillonnent les états du sud, il s'avère brillant par moments, mais n'évite pas toujours le ridicule, défaut qui n'est pas uniquement de son fait. En coupant certaines scènes un peu plus tôt, en s'attardant moins sur la performance « oscarisable » de son acteur, le réalisateur aurait pu éviter certaines lourdeurs et répétitions pour s'attacher à une meilleure lisibilité des tenants et aboutissants de son récit.
Un récit peu clair phagocyté par Sean Penn
En se concentrant sur l'aspect humain, le scénario ne cherche jamais à démonter les complexes rouages du jeu politique, n'en définit pas clairement les enjeux et oublie de nous rendre compréhensible le pourquoi de certaines situations. Cette option finit par poser un vrai problème : quelle valeur accorder aux comportements et décisions des personnages ? Ainsi l'évolution de Sean Penn est-elle difficile à saisir. Les raisons qui l'amènent à radicaliser ses méthodes et à abandonner ses idéaux restent inconnues. On pourra toujours avancer que le pouvoir est une gangrène qui gagne imperceptiblement et pourrit tout sans que l'on s'en rende compte, cette absence d'explication n'en restera pas moins une faiblesse rédhibitoire.
Ce flou empêche de rentrer plus en avant dans le récit car il se conjugue à une trame déjà complexe et une surabondance de personnages importants. Le prestigieux casting est donc justifié, mais l'équilibre peu convaincant entre les rôles qui auraient mérité plus d'attention (Mark Ruffalo et Patricia Clarkson), d'autres Anthony Hopkins qui semblent gonflés artificiellement et un Sean Penn qui phagocyte l'ensemble.
Il y a donc un peu de « trop » dans chacune des composantes du film : trop de musique soulignant l'action, trop de Penn, trop de stars, et, peut-être, trop d'ambitions... Même Jude Law est rendu trop beau grâce à la trop belle lumière d'une photo trop soignée. Alors, si au bout de 2h15, vous commencez à vous dire que « trop c'est trop », n'oubliez pas qu'un histrion démagogue et électrique qui s'agite en faisant des promesses, ça peut aussi durer cinq longues années.
Les Fous du roi
Réalisé par Steven Zaillian
d'après le livre de Robert Penn Warren
Avec Sean Penn, Jude Law, Kate Winslet
Etats Unis, 2006 - 135 mn
Sortie en France : 8 novembre 2006
Bande Annonce (anglais):
[Illsutrations : © Gaumont Columbia Tristar]
Sur le web : - Site officiel du film