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Prenez un best-seller dont l'adaptation a découragé plus d'un réalisateur. Mettez le entre les mains d'un metteur en scène (Elie Chouraqui) de films vite oubliés et de comédies musicales pataudes. Vous obtiendrez un objet qui passe à côté de son sujet, simpliste et sans envergure, malgré toutes les bonnes volontés déclarées.
Après un an de repérages, Costa-Gavras et Georges Semprun auraient pris peur. Le scénariste John Briley - qui venait d'écrire Gandhi pour Richard Attenborough - et quelques autres encore se seraient rétractés, de crainte de ne pouvoir être impartial. Et puis, il y a l'immensité de la tâche... Comment porter au cinéma le roman-fleuve de Dominique Lapierre et Larry Collins, O Jérusalem ? On ne le sait que trop : Jérusalem demeure un point central et ultra-sensible, une cellule de crise permanente qui irrigue les mouvements géopolitiques internationaux. De fait, si le cinéma se repaît souvent de l'Histoire, il ne touche guère à Jérusalem.
Ô Jérusalem, le titre même attise ainsi les craintes des plus indulgents, fait grincer les dents des sceptiques, fait sourire les plus blasés. Pourquoi et comment s'attaquer à ce lieu-là ? « Un fantasme », avoue Elie Chouraqui, connu jusqu'ici pour avoir, entre autres, réalisé Paroles et musiques, Qu'est-ce qui fait courir David ?, Miss Missouri et Les Marmottes. De ses sympathiques fictions émanait déjà une attention particulière portée aux liens familiaux, au judaïsme, aux grands espaces. Ses personnages souvent partaient au bout du monde pour se chercher, se réaliser, se surprendre. Il n'est donc guère surprenant si, dans ce nouveau film, le fantasme bat son plein.
Dans son adaptation, Chouraqui tient à souligner la dimension humaine du conflit israélo-palestinien. Il éclaire scrupuleusement les camps politiques, soigne l'empathie qu'il accorde tant aux héros arabes qu'aux « devenants » israéliens. Car le nœud de l'action se situe en 1948, en pleine création de l'état d'Israël qui engendra l'ingrat et belliqueux et interminable partage de la Palestine, séparant juifs et musulmans. La narration se condense donc autour de l'amitié entre Bobby Goldman, jeune juif américain, et Saïd Chahin, issu de la bourgeoisie palestinienne. Bobby et Saïd se rencontrent à New-York, dans l'atmosphère insouciante de l'après-guerre. Jeunesse dorée, ternie bientôt par leur désir d'assister de près aux événements que traverse la ville Jérusalem. Tournant dramatique : frères de coeur devenus ennemis, ils vont désormais, à l'image de leurs peuples, se déchirer...
D'un synopsis si mièvre, il est difficile de ne pas déplorer une approche trop facile, trop attendue du conflit. Car si l'on peut s'incliner devant la dimension spectaculaire des - très nombreuses - scènes de combat et saluer un désir pédagogique et pacifique, on ne peut qu'être accablé par le simplisme du message affiché. « Leur amitié est immédiate, naturelle, puisqu'ils sont arabes et juifs », explique en substance Elie Chouraqui. La forme elle-même se révèle gênante, avec un filtre ocre tout du long déployé, censé « historiser » et donner du cachet aux scènes ; avec l'apparition de Patrick Bruel interprétant vaillamment un des chefs de la Haganah ; avec ces héros qui apprennent la mort de leurs fiancées dans une grande envolée de violons ; avec ces décors trop chargés pour ne pas être de pacotille... A force de chameaux et de sueur, on est ici plongé dans le Disneyland de l'Orient !
Elie Chouraqui souhaitait « donner un outil à ceux qui luttent pour la paix ». L'entreprise est honorable, certes, mais ne distingue en rien son film d'une saga folklorique pour chaînes hertziennes. Ô Jérusalem est donc à regarder de loin, sinon à éviter, sous peine d'être triste.
Ô Jérusalem
Réalisé par Elie Chouraqui
Avec Patrick Bruel, JJ Field, Saïd Taghmaoui
France, 2006 - 128 mn
Sortie en France : 18 octobre 2006
