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Ou comment un poète de l'image, par delà la mort, réconcilie ancien et nouveau mondes... En 1972, le soviétique Andreï Tarkovski adapta un roman de Stanislaw Lem intitulé Solaris. Trente ans après, l'américain Steven Soderbergh en signe la seconde transcription cinématographique...
Ou comment un poète de l'image, par delà la mort, réconcilie ancien et nouveau mondes... En 1972, le soviétique Andreï Tarkovski adapta un roman de Stanislaw Lem intitulé Solaris. Trente ans après, l'américain Steven Soderbergh en signe la seconde transcription cinématographique. Le projet ne pouvait étonner que ceux qui refusent de voir en lui un explorateur de formes. Loin du spectaculaire, il nous livre un huis-clos qui doit plus à l'univers d'Ingmar Bergman qu'à celui de son producteur James Cameron. Pas de monstres ou de cris, seulement des mots feutrés et des sanglots à peine retenus. La caméra enregistre avant tout les mouvements du coeur et de l'âme. La démarche n'est finalement pas si éloignée des ambitions de Tarkovski, lui qui, par sa puissance d'évocation, influença quelques réalisateurs dont le singulier Béla Tarr.Les Harmonies Werckmeister
Ce hongrois a réalisé en 2000 Les Harmonies Werckmeister. Adapté de La mélancolie de la résistance de Laszlo Krasznahorkai, ce film connaît une sortie discrète - une dizaine de copies, vingt-cinq fois moins que Solaris - mais qui, à sa manière, est un événement. En effet, Béla Tarr est, depuis 1977, l'auteur de onze films, courts et longs métrages confondus. C'est aujourd'hui son premier film véritablement distribué en France. Auparavant, ses oeuvres n'étaient visibles que par des rétrospectives aussi brèves que rares. Espérons que cette sortie n'est que le premier pas vers une reconnaissance plus large.
Son style fait de plans-séquences cherche à capter un temps métaphysique, un temps où la solitude des êtres tourne en rond dans la terre, l'eau et la boue. Les espaces sont indéfinis, sans limites. Pourtant ils renvoient l'homme à son enfermement ontologique. Ce n'est pas un cinéma facile, de par sa lenteur et sa longueur - Santatango, que le cinéma parisien le Saint-André-des-Arts devrait exceptionnellement projeter le 2 mars prochain, dure 7h 25mn. Mais, nécessaire, il complète les images dominantes qui, comme nous le rappelle Soderbergh, peuvent s'y ressourcer et ne sont donc pas à rejeter d'emblée. L'hygiène du regard n'est pas l'apanage de la marginalité.
L'Amour sans préavis
Par décence pour nous-même comme pour les acteurs qui y gesticulent, nous passerons rapidement sur L'Amour sans préavis, où une biche prise au piège de toilettes publiques plonge ses yeux dans ceux d'un chien battu, Espion et demi avec un Eddie Murphy qui se lamente encore sur une carrière qui n'en finit pas de sombrer et Tortilla soup, une comédie ethnique versant hispanique. Le dernier film de Claude Chabrol, La Fleur du Mal ne nous offre pas plus l'occasion de nous rincer l'oeil devant une mise en scène riche et revigorante. La sincérité nous empêche pourtant de l'accabler. Bien que râté, ce faux polar contient quelques instants de plaisir. Chabrol n'est pas n'importe qui et sait où placer sa caméra et comment la bouger.
Candy et Peter Ibbetson
Pour terminer, signalons deux reprises parisiennes. L'une, étrange, éveille notre curiosité. Il s'agit du Candy de Christian Marquand. Sa distribution est hallucinante, à l'image de 1968, l'année de son tournage. Elle réunit Charles Aznavour, Marlon Brando, Richard Burton, James Coburn, John Huston, Ringo Starr et Walter Matthau. Contant les déambulations d'une jeune femme naïve sur les routes du nouveau monde, ce n'est pas un chef-d'oeuvre. Mais les numéros et cabotinages de chacun justifient certainement le prix d'une entrée à l'Espace St Michel.
L'autre réédition est d'une toute autre importance. Peter Ibbetson fut en 1935 applaudit par André Breton qui y voyait "le triomphe de l'amour fou et de la pensée surréaliste". Henry Hathaway, bon réalisateur par ailleurs même si ce film est une exception dans une oeuvre qui en compte une bonne centaine, et l'immense chef opérateur Charles Lang y abolissent les frontières du rêve et de la réalité. Gary Cooper et Ann Harding s'y aiment d'un amour qui transcende les règles physiques et psychologiques. Un thème qui nous renvoit au Solaris de Steven Soderbergh et qui, par ce lien, laisse entendre que les Etats-Unis, au delà de leur bellicisme récurrent, nous ont donné et donnerons encore des oeuvres de grande valeur.
[illustration principale : Gary Cooper dans Peter Ibbetson de Henry Hathaway]