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Le Parfum : histoire d'un meurtrier

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Pot pourri

Publié en 1985, Le Parfum de l'allemand Patrick Suskind est devenu un classique. Il a été vendu en 15 millions d'exemplaires et traduit en 45 langues : voilà un succès qui justifie à lui seul l'idée d'une adaptation cinématographique. Pour autant, il aurait été préférable que celle-ci débouche sur un film ayant sa propre raison d'être. Malheureusement, le résultat n'est qu'une simple illustration du livre, vaine et sans aucune saveur.

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Tom Tykwer, qui a déjà commis Cours, Lola, cours en 1998, est un créateur multicarte. Producteur, réalisateur, musicien (il a participé à l'écriture de la B.O. du film), il est sans conteste un excellent technicien. Le moindre élément de décor ou de costume de ce Parfum a été pensé et patiemment élaboré. Le travail sur la photographie est irréprochable, en ce qu'il relève de la pure performance technique. L'image brille de mille feux, la France et le Paris du milieu du XVIIIème siècle revivent sous nos yeux, le casting est exemplaire. On sent que la préparation et la pré-production furent intenses et fructueuses. Au point que l'on peut se demander si le réalisateur ne s'y est pas épuisé. Car pour le reste, le film lui-même, entendu comme récit en action et en mouvement, nous laisse grandement sur notre faim. La mise en scène de Tykwer se résume ainsi à une simple illustration du roman. Elle relève presque du procédé, chaque donnée, chaque mot se transformant en images.

Cette logique, poussée parfois jusqu'à l'absurde et au sordide (le nourrisson agonisant au milieu des déchets de poissons), conduit à la recherche d'une équivalence entre l'odorat et le visuel. La richesse des odeurs, conséquente au sens extraordinairement développé du personnage principal, capable de percevoir n'importe quel effluve à des kilomètres à la ronde, trouverait sa traduction dans la profusion des couleurs. Idée bien convenue qui, à l'écran, ne parvient jamais à déstabiliser. La surface de l'image est en effet trop léchée, trop « publicitaire » dans son approche, pour vraiment nous toucher.

A cette incapacité à faire naître un vrai trouble des sens s'ajoute une absence d'enjeux dans la narration. Autrement dit, la caméra de Tom Tykwer n'appréhende pas les thèmes susceptibles d'émerger du récit. Si le film parle bien d'un jeune homme rejeté par tous et si bien nommé Jean-Baptiste Grenouille, devenu tueur en série pour confectionner le parfum idéal issu du mélange des odeurs émanant de ses victimes, il ne nous parle en fait que de cela. Il ne se dégage jamais de l'anecdote, spectaculaire en soi, pour approfondir les thèmes que l'on y devine.

Quid de la domination des classes aristocratique et bourgeoise sur la populace, des rapports de pouvoirs que devrait révéler par défaut le comportement de Jean-Baptiste ? Amoral, celui-ci tue en effet sans se soucier des différences sociales, soulignant involontairement l'artifice et la vanité de ces hiérarchies. Quid de l'inversion des valeurs qui s'opère à la fin, quand le meurtrier, sur le point d'être exécuté, libère son inimaginable parfum et génère, grâce à ses senteurs enivrantes, une gigantesque orgie. De monstre humain, il devient alors messie. Mais sans que jamais Tom Tykwer prenne la pleine mesure de ce qu'il nous montre. On est ainsi bien loin d'une réflexion sur le pouvoir et sa morale. Les centaines de corps dénudés qui s'enlacent autour du pilori où trône Jean-Baptiste sont sans substance, sans sensualité, sans désir. Ils sont juste des images qui se voudraient une métaphore d'un amour universel, transcendant la société et ses mœurs, mais qui en fait ne produisent rien, sinon du mouvement.

Ce besoin de générer des images pour elles-mêmes relève paradoxalement d'un manque de confiance dans la puissance du cinéma. Incapable de conférer à ses images un poids, de les investir de sens, Tom Tykwer compense par la célérité. Il faut que ça bouge, à défaut de penser et d'offrir une vision personnelle du roman. Point de répit, sinon dans l'ennui. De cette adaptation du Parfum, ou plutôt de ses décombres, se dégage donc un fumet sans réel consistance, qui se dissipe très vite. Pour s'enivrer, mieux vaut passer par le bistrot du coin.

Le Parfum : histoire d'un meurtrier
Réalisé par Tom Tykwer
Avec Ben Whishaw, Dustin Hoffman, Alan Rickman
Allemagne, France, Espagne, 2005 - 147 mn
Sortie en France : 4 octobre 2006

[Illustrations © Metropolitan FilmExport]
Manuel Merlet


• Casting de Le Parfum : histoire d'un meurtrier

Réal. : Tom Tykwer
Avec : Ben Whishaw , Dustin Hoffman , Alan Rickman , Rachel Hurd-Wood , Paul Berrondo , Carmen Contreras , Jesus Del Caso , Anna Diogene , Sam Douglas , Alba Fer

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