| . | Entretien avec Patrick Huard |
| . | Entretien avec Rémi Bezançon |
| . | Entretien avec Albert Serra |
| . | Entretien avec Rachida Brakni |
| . | Entretien avec George Clooney |
| . | Toutes les interviews ciné |
| . | Tropa de Elite - Troupe d'élite |
| . | Inju, la bête dans l'ombre |
| . | Martyrs |
| . | Comme les autres |
| . | Le Silence de Lorna |
| . | Toutes les critiques ciné |
| . | Les films de l'été |
| . | Palmarès Cannes |
| . | Histoire du cinéma mexicain |
| . | Super héros et cinéma |
| . | Cinéma et Rock'n'roll |
| . | Tous les dossiers ciné |



Dans la lignée d'Institut Benjaminta, premier long métrage après un fructueuse carrière dans le court, les frères Quay poursuivent leur parcours atypique et mystérieux. Sorti du plus profond d'un rêve fou, L'Accordeur de tremblements de terre est une nouvelle promenade en un pays très étrange et étranger, un conte baroque et une histoire d'amour tarabiscotée. On s'y perd sans toujours s'y retrouvrer.
Une belle cantatrice nommée Malvina van Stille, un savant fou ayant découvert le secret de la résurrection, un accordeur de tremblements de terre... Un film des frères Quay offre toujours une galerie hallucinée de personnages troubles, symboliques, mythologiques, peuplant un univers avant tout visuel, où les prises de vue réelles se doublent d'images animées, où le noir et blanc et la couleur inventent de nouveaux espaces-temps. Sur une île pleine d'automates, toute droit sortie de L'Île aux morts, le célèbre tableau de Böcklin, l'accordeur tente donc de délivrer la cantatrice des mains du Dr Droz, tout en subissant une forte attraction pour son œuvre. Par touches successives de mystère, d'angoisse, de poésie visuelle, de trucages de bouts de ficelle, les frères Quay, en parfait alter ego du Dr Droz, bâtissent eux aussi un monde qui recherche la fascination.
Au fond, les grands thèmes abordés par le film - la vie après la mort, l'amour fou - ne semblent pas intéresser les cinéastes, plus occupés à construire des plans proches des natures mortes. Avec ce film, sont convoqués le mythe du Dr Frankenstein, l'opéra, le scientisme, la tradition littéraire gothique du début du XIXème siècle... autant de pièces rapportée telles quelles, d'où la forte sensation de construction, d'agencement, qui peut être assez perturbante. Les personnages, à peine esquissés, sont traités comme les pantins d'un théâtre cruel et pervers.
Si l'onirisme des frères Quay opère incontestablement, en particulier dans leurs magnifiques courts métrages d'animation, il trouve ici ses limites : leur accumulation d'images-rêves tourne souvent à vide, et transforme la narration en pure imagerie. Dans ces contrées hautement référentielles et visionnaires, on pense parfois au cinéma de FJ Ossang, qui réussit, lui, le pari d'un cinéma virtuose et poétique, sans jamais tomber dans le décorum. Là où ce dernier semble ainsi constamment questionner le présent, ne jamais couper les ponts avec le monde « ici et maintenant », les frères Quay s'enferment volontiers dans une bulle autarcique et narcissique.
De cet Accordeur de tremblements de terre, il reste cependant quelques images fugaces et réellement fascinantes, comme échappées d'un flux continu où le spectateur n'a pas de prise. Ainsi lorsque les automates qui peuplent l'île semblent nous regarder droit dans les yeux, ou lorsque l'assistante du Dr Droz, un peu maîtresse SM sur les bords, tente de séduire l'accordeur, seule note d'humour dans un univers froidement nécrophile. Mais coincés entre démarche expérimentale de laboratoire et inspiration cinématographique, et malgré la présence de Terry Gilliam comme producteur exécutif, les frères Quay n'ont pas encore trouvé l'équilibre qui leur permettrait de passer avec succès du court au long métrage.
L'Accordeur de tremblements de terre
Réalisé par Stephen Quay et Timothy Quay
Librement inspiré de L'Invention de Morel de Adolfo Bioy Casares
Avec Amira Casar, César Saracho, Gottfried John
Allemagne, Grande-Bretagne, France. 2006 - 99mn
Sortie en France : 20 Septembre 2006
