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Dossier rock psyché (2/10)
On ne remontera pas aux premiers chamans ayant utilisé l'herbe qui fait voir, sous peine de se perdre dans d'insondables millénaires. Ceux qui se laissent tenter par ce genre de quêtes pourront lire les travaux d'anthropologues comme Mircea Eliade ou surtout Carlos Castaneda, qui a étudié les fonctions de la drogue dans la culture amérindienne auprès du Maître Yaqui Don Juan Matus.
Depuis le 18ème siècle, les écrivains sont acquis à l'orientalisme. Ils attendent néanmoins la fin du romantisme pour s'essayer massivement aux drogues venues du lointain : le haschisch et l'opium. Outre « Le Club Des Haschischins » de Théophile Gautier, publié de façon posthume, Charles Baudelaire publie en 1860 ses « Paradis Artificiels », dans lesquels il examine avec beaucoup de circonspection l'inspiration poétique procurée par les drogues hallucinogènes. Chez lui, l'idée germe que la littérature crée des mondes imaginaires (et artificiels !) qui se substituent au réel.
Rimbaud va plus loin. Dans sa correspondance et ses œuvres, il affirme que la poésie se doit d'accéder à un état supérieur de vision, échappant à celle du commun. De ce fait, elle doit devenir voyante, illuminée. Cette idée, enrichie par les œuvres de Lautréamont, Mallarmé ou Apollinaire finit par aboutir dans les années 1920 au mouvement Surréaliste, lui-même né du Dadaïsme, qui refusait les codes culturels et les valeurs de l'Occident. Pour Breton et les autres fondateurs du mouvement, il est littéralement possible de modifier la réalité en accédant à une vision transcendante des choses : la Surréalité. Bien avant Mitterrand et Jean-Jacques Goldmann, « Changer la vie » est adopté comme mot d'ordre, et durant toute l'Entre-Deux Guerres, les Surréalistes cherchent leur Saint Graal, combinant l'agitation politique à l'avant-garde littéraire.
Parallèlement, l'orientalisme subit un nouvel essor, religieux cette fois-ci. Encouragés par les philosophies de Nietzsche et Schopenhnauer, des écrivains comme Herman Hesse (qui publie « Siddhartha » en 1922) s'intéressent de près au bouddhisme et suscitent un début d'engouement populaire. C'est à ce moment-là que se développe également le mouvement naturiste, prônant le retour à la terre, la nudité et l'alimentation végétarienne... idées inspirées d'une vision orientale du monde. Populaire dans les pays germaniques, le mouvement germe aux Etats-Unis, et notamment en Californie, grâce à l'immigration.
Les écrivains de la Beat Generation apparaissent à la fin de cette évolution et à l'aube de l'Ere Hippie. Comme Henry Miller avant eux, Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou William S. Burroughs dénoncent le puritanisme et l'hypocrisie de la société américaine. Mais ils ajoutent à cette opposition la quête post-romantique d'un absolu, qui passe aussi bien par le mysticisme oriental que par l'expérience de la drogue ou la sexualité débridée. Littérairement, le mouvement s'affirme héritier du surréalisme, dont il conservent le principe d'exécution - la fameuse « écriture automatique » censée ouvrir les valves de l'inconscient - et quelques techniques comme le collage. Tous écoutent du jazz moderne, une musique déjà marquée par la drogue, dont les multiples ruptures sonnent comme une provocation.
Dans les années 50, ils posent leurs bagages en Californie, où de nombreux écrivains les rejoignent : Gregory Corso, Lawrence Ferlighetti ou le britannique Aldous Huxley, qui publie ses mémorables « Portes De La Perception » en 1954. Cette installation va donner naissance au mouvement beatnik, le premier à adopter le psychédélisme, avant que les hippies prennent la relève.
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