Psycho Scout de Flat Earth Society

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Big Bande Originale

Le big band Flat Earth Society ne manque pas de relief. Quatorze fous de guerre musicale sous la direction de Peter Vermeersch, compositeur et clarinettiste. Une colonne de charivari qui vous jette du talent au visage dès les premières minutes, dans une explosion déraisonnée. Leur album Psychoscout se présente ainsi, comme un gigantesque collage Dada de 13 pistes. Créatif, jubilatoire. Mais complètement opaque.
Psychoscout, c'est de l'énergie pure en galette arc-en-ciel. Peter Vermeersch, le compositeur, a déjà produit pour l'Opéra, le Théâtre, le Ballet. Prolifique, il a écrit de la partition au kilomètre pour d'autres ensembles comme The Simpletones, et pour ses anciens groupes, dont X-Legged Sally. Un boulimique de travail à qui il fallait une formation unique afin de débrider totalement ses envies de notes syncopées. Cette équipée sauvage est une collection de mains sans visages. Hors Wim Willaert qui a été à l'affiche de "Quand la mer monte", l'alignement de noms à teneur garantie en consonnes ne vous dirait rien. L'apnée commence.

Cas d'affres exquis
Le tout premier contact avec Psychoscout tient du carambolage d'autoroute. Puis l'on s'aperçoit que Mike Patton, le producteur de l'album, est aussi le compositeur de Fantômas, en groupe avec Trevor Dunn. Mike est aussi l'homme derrière Mr Bungle et son "Chemical Marriage" improbable. Tout s'explique. Vous êtes dans l'expérience sonore d'un laboratoire à cœur ouvert. Psychoscout ne cherche pas à séduire, mais son exécution n'en est pas moins superbe.
Bien plus acoustique que Fantômas, plus marqué dans ses influences, l'album a la force d'un Magma de 1974. On se doit de l'écouter d'une seule traite sans flancher, pour en saisir l'essence. Pour en saisir le sens, giratoire. Et l'on reste interdit. Chaque piste ne saurait être isolée des autres, tant l'œuvre s'inscrit dans une progression classique. Les compositions ont beau être déstructurées, il y règne un ordre qui ne saurait vous échapper. La toute première piste commence sur un timide piano aux airs de boîte à musique, alors que la dernière s'achève dans un larsen de plus d'une minute. Ce classicisme est déterminant car il se retrouve par touches, à intervalles réguliers, comme des moments de lucidité en plein trip psychédélique.

C'est ce qu'inspire Psychoscout, il attise notre imaginaire plus qu'il ne cherche à développer notre goût d'esthète musical. Les reprises de styles sont indénombrables, car l'on passe du Jazz de Chicago, au Blues de Louisiane, en passant par des compositeurs du 20e comme Bartok ou Gershwin. Au sein de cette ambiance surgissent d'autres références plus obscures au jazz manouche, à Henry Mancini, au rock, aux musiques de film des années 50-60.
Une image s'imprime au fur et à mesure dans notre esprit, alors que les notes se déroulent. On visualise de plus en plus précisément les membres de l'orchestre. Humphrey Bogart, Franck Zappa, un Hell's Angel, Camille Saint-Saëns, un clown blanc, Bugs Bunny, Emir Kusturica, les Marx Brothers, Tim Burton, Alfred Hitchcock, une fanfare du Superbowl. Et deux ratons laveurs. Tout est identifiable, mais le tout est inidentifiable.

De la démesure en quelques mesures
La Flat Earth Society vous désarçonne dès le premier morceau. Un pianiste délicat s'élance pendant qu'un accordéoniste le caresse de quelques notes, puis c'est une foule de cuivres aux accents grotesques de cirque gothique qui surgit, tirant ensuite vers l'ouverture d'un film de James Bond avant de s'éteindre pour laisser le piano conclure. La seconde piste enfonce le clou, en mélangeant le Zoot de LA et le saxophone fou de Chicago avec un hurleur de punk hardcore. Tout l'album est ainsi. Trouvailles sonores, mariages contre-nature d'ambiances et de rythmes, et Psychoscout en devient terrifiant tant il est obscur. On a la sensation d'une bête en permanente mutation qui ne sait vers quelle branche de l'évolution tendre, pour finalement décider d'être une chimère.

Comment trouve-t-on le courage de pénétrer dans cette musique, alors que c'est elle qui nous infiltre ? L'album, de haute qualité, pêche parfois par excès de zèle. Un doute en vol plané, silencieux, se pose la question de l'élitisme qui colle aux basques du Jazz et l'étouffe aux racines. On a l'impression d'un tour de force permanent, à la manière des peintres du 15e siècle qui multipliaient les imitations de matières complexes, dans le seul but de démontrer leur talent. On comprend bien, en voyant la tête de nos flamands, qu'ils se moquent éperdument de prouver leur Art, mais pourtant, ils ont cette application pesante de Van Eyck derrière leur folle expression. Un classicisme qui affleure de temps en temps dans la composition et que l'on hésite à traiter comme une entrave ou un repère nécessaire, un conducteur dans le bus d'aliénés. Seuls les live à venir nous le diront.

Psychoscout serait à traduire littéralement, comme un "éclaireur du mental", un petit bonhomme turbulent qui réveille en nous des harmoniques que l'on croyait oubliées. Si les productions Pop et Jazz du moment sont le moi et sur-moi de la musique, Flat Earth Society est, lui, un ça foisonnant.
Incontestablement stimulant et éprouvant, l‘album se boit cul-sec comme un verre d'absinthe, afin d'en faire agir plus violemment encore les hallucinations.

Psychoscout
Flat Earth Society
Crammed Discs
Sortie en juin 2006
Rémi Vermont Le 07 August 2006

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Sur le web : - Le site officiel de la Flat Earth Society - Une courte biographie de Peter Vermeersch