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Avec Adieu Cuba, l'acteur américain Andy Garcia réalise son premier long métrage. Casting de rêve, images somptueuses, bande son exaltante... Rien n'est trop beau pour ce film historique qui cherche à rendre hommage à l'île dont il est originaire. La passion et la sincérité sont donc bien au rendez-vous. Manque juste de la substance et un peu de profondeur.
En 1964, Mikhaïl Kalatozov réalisait Soy Cuba. A travers plusieurs récits successifs, le cinéaste russe chantait la gloire de la révolution qui, six ans plus tôt, avait mis fin à la dictature de Fulgenio Batista, soutenue par les Etats Unis, et permis à Fidel Castro de se hisser au pouvoir. Quarante ans plus tard, le comédien Andy Garcia tourne son premier film, Adieu Cuba, un hommage rendu à l'île dont il est natif et qui revient sur ces mêmes événements. Autant dire que la vision de l'américain est aussi éloignée de celle du soviétique qu'on peut l'imaginer. Là où ce dernier proposait un film de propagande dont la puissance du style faisait oublier l'arbitraire de l'idéologie, l'autre n'est parvenu à peindre qu'une belle carte postale aux allures de jukebox géant.
Le scénario a pourtant été écrit par le romancier cubain Guillermo Cabrera Infante, qui il y a bien longtemps avait déjà fourni, dans un tout autre genre, celui du beau Point limite zéro de Richard C. Sarafian. En 1958, la famille Fellove coule des jours paisibles sous le soleil de La Havane. Sa richesse l'éloigne d'un peuple qui subit de plus en plus durement les violence de la dictature. Composant avec ce pouvoir qu'il ne cautionne pas pour autant, Fico Fellove, l'aîné de la fratrie, serait même prêt à faire tourner son club de musique sans se soucier outre mesure de ce qui se passe si... ne survenait la révolution. La famille va alors s'entre-déchirer, les trois fils Fellove choisissant des voix différentes : Fico son club et l'amour, Luis l'espoir de la démocratie, Ricardo les troupes castristes. De ces dissensions, aucun ne sortira indemne. Adieu Cuba lorgne du côté de David Lean, de Dr Jivago et de ces épopées lyriques où le destin des hommes plie sous le souffle de l'Histoire. Il voudrait nous faire partager ce que cette époque a pu avoir de déchirant et combien est précieuse la permanence de la culture cubaine, tout particulièrement de sa musique, au delà de toute position politique.
Le film se resserre ainsi sur le sort de Fico Fellove, interprété par Garcia lui-même. Directeur de club, il paraît indifférent à la révolution. Seul lui importe de faire perdurer sa petite entreprise, coûte que coûte. La musique, la danse, le mouvement deviennent ainsi un refuge où Fico s'enferme, loin des choix et des prises de position. Dans ce film sans aspérités, à la photo décorative, la politique ressemble à un tombeau. Elle trompe, elle assassine, elle détruit. Même l'amour que Fico éprouve pour sa belle-sœur, élue « veuve de la révolution » par Castro lui-même, est voué à un échec. Seules comptent les notes variées, virevoltantes, chantantes mises en valeurs par un club que le nouveau régime n'aura de cesse de gêner puis de fermer. Ce qui donne un film sans grande consistance, reposant presque uniquement sur ses morceaux musicaux, omniprésents.
Car, à l'instar de de Fico, Adieu Cuba fuit la réalité de ces événements historiques. Ou plutôt il les survole, les regardant de loin, comme des clichés, des images figées. Sa peinture de l'époque manque de profondeur. Et même si l'on peut passer sur la convention qui veut que tous les personnages parlent anglais, cette approche superficielle cachée sous les oripeaux de la tragédie ne saurait suffire. On n'apprendra rien de précis, ou si peu, sur cette révolution pourtant loin d'être anodine. Andy Garcia préfère suivre le chemin de la nostalgie, des amours défuntes et des passions ravivées. La cité perdue du titre original (The lost city) continuera ainsi à New-York, là où Fico s'est exilé et où il recrée son club de musique. Comme si rien ne s'était passé, comme si tout n'avait été qu'un lointain rêve. Deux heure vingt pour en arriver là... Le spectateur était en droit d'en attendre un peu plus, surtout avec un casting de cette qualité. Reste pour l'amateur une bande son exceptionnelle. C'est peu et beaucoup à la fois.
Adieu Cuba
Un film de Andy Garcia
Avec : Andy Garcia, Bill Murray, Inès Sastre, Dustin Hoffman, Enrique Murciano, Nestor Carbonell, Tomas Milian, Steven Bauer
Etats Unis, 2005 - 2h23
Sortie en salles (France) : 9 août 2006

Sur le web :
- Le site officiel du film
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