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Année 1990

Plongée en eaux rouges

Forbidden Siren 2 (PS2)

Survival horror sur PS2 - Edité par Sony

Ancré dans le quotidien, le fantastique génère, chez les Japonais, des peurs irrationnelles. Des peurs qui font frémir devant une neige de télévision. L'univers des Forbidden Siren en est imprégné, dans chacun de ses souffles rauques. La première mouture avait désarçonné beaucoup de joueurs par ses ratés et ses bonnes idées avortées. Sony a tiré des leçons des violentes critiques d'alors et nous propose avec cette suite un jeu qui, en plus d'être angoissant, se permet d'être envoûtant.

Le principe du genre survival horror est de peupler un lieu, une ville, avec des créatures généralement revenues d'entre les morts, ou proche banlieue. Le sadisme des concepteurs les pousse ensuite à vous munir de moyens de défense inadaptés. Paré de ses lettres de noblesse depuis Resident Evil, qui reprit des pistes chères à Romero dans Dawn of the Dead, le style s'est affiné et l'on a mis de coté les les personnages sur-entraînés. Ce que Silent Hill avait initié avec la fragilité d'un individu lambda, Forbidden Siren 1 l'avait développé jusqu'à son paroxysme, il y a quelques années, en poussant le vice jusqu'à mettre en scène des enfants ou des vieillards.
Ces choix s'étaient accompagnés de handicaps techniques, et les joueurs avaient été rebutés par un gameplay archaïque, des interfaces rigides et une difficulté d'énigme castratrice. Le temps de maturation nécessaire à l'enfantement de Forbidden Siren 2 a permis de corriger la plupart de ces défauts, de simplifier la recette pour n'en garder que la saveur. Celle d'une sueur d'angoisse, qui ruisselle sur vos lombaires tétanisées.

Bienvenue au purgatoire
Pince-mi, Pince-moi et leurs amis sont sur un bateau. Une petite escouade hétéroclite en voyage vers l'île de Yamijima qui fait naufrage en pleine tempête. L'île s'offre aux protagonistes échoués comme un corps écorché à ciel ouvert, veiné de ruisseaux écarlates abreuvés par la pluie. Chacun part donc à la recherche des autres... ou à la recherche de leur part d'ombre.
Tous s'aperçoivent vite que le lieu est peuplé de Shibitos, des zombies immortels qui traquent les vivants sans relâche. Des morts bien vivaces qui fonctionnent en communauté, communiquent et parfois vaquent à leurs occupations passées. Comme si le temps ne s'était pas arrêté avec leur coeur. Forbidden Siren 2 est une métaphore de l'au-delà qui s'étend sur des alter-mondes incohérents, des cadavres aux pensées embrumées. Des endroits chimériques, issus de la mémoire collective qui s'exhumeront d'eux-mêmes sous le regard paniqué des personnages, alors que l'intrigue devient de plus en plus dense. Car le récit est déconstruit, se déroulant par le biais de plusieurs points de vue sur des tranches horaires très proches.
Les Shibitos ne seront pas les seuls qui en voudront à vos gigots. Les Yamibitos, brumes cannibales, vous débusqueront et prendront possession de corps encore frais, pour vous rendre la vie impossible. Tout compte fait, bienvenue en enfer.

Toute la lumière sur les êtres de l'ombre
La pression est telle que vous finirez même par avoir peur des éclairages. Ceux-ci jouent un rôle important dans le gameplay de Siren 2. Vous devrez (trop) souvent renoncer à vous cacher dans les ténèbres afin d'éviter une brume cannibale allergique à la lumière, et courir à perdre haleine au milieu des zombies psychopathes. En priant.
Les Shibitos et les Yamibitos se partagent les plates-bandes, de manière à vous rendre paranoïaque dès qu'une silhouette se découpe à l'horizon. On sursaute souvent quand un monstre se retourne, constatant qu'il appartient à la race de ceux qui ne s'enfuiront pas face à votre torche faiblarde. Les deux clans se haïssent cordialement et s'entre-tuent. Vous êtes au milieu d'une guerre civile sur les bords du Styx.

Lifting au hachoir
Cette situation aurait été ingérable avec le système bancal de Siren 1. Heureusement, les améliorations sont nombreuses. L'interface, simplifiée et contextuelle, rend les combats les moins pénibles. La multitude d'armes que vous pourrez dérober ou trouver sur votre chemin varie le rayon boucherie. La furtivité, mal exploitée dans l'opus précédent, prend enfin de la saveur par quelques trouvailles.Ne vous attendez pas à des objets-clés clignotants, Siren éduque le joueur à la dure.
Les visages des protagonistes sont encore plus saisissants, les expressions, les décors fourmillent de détails et l'apport d'une option "vue subjective" permet de s'immerger plus loin encore. Cette descente en apnée horrifique utilise d'ailleurs tout le potention du système de sight-jack - voir par les yeux des autres - pour de majeures innovations de gameplay. Vous incarnerez ainsi un aveugle qui commence à recouvrer la vue. Non seulement vous serez obligé de jouer dans un environnement flou en caméra subjective, mais vous vous apercevrez aussi qu'à travers l'iris de votre chien, le monde est net, bien que monochrome. La logique va très loin, car, à la différence des voyants, vous entendez distinctement les commentaires malsains des revenants que vous sight-jackez. Malaise garanti.

Héros de papier mâché
Bien que les personnages se multiplient, la survie de chacun dépendra de sa corpulence et de son âge. Les différences seront cruciales entre l'écolière paniquée et le militaire chevronné. Les profils sont nombreux et modifient votre façon de jouer ou d'envisager une mission. On se surprend en plein excès de confiance lorsqu'on trouve une arme à feu à demi chargée, ou lorsqu'on dépossède un shibito de sa cuillère rouillée. Tout est une question d'adrénaline, une substance qui inondera souvent votre corps à chaque revirement de situation, chaque évènement traumatisant. Vous serez plus préoccupés par la psyché vacillante de vos personnages que par leur intégrité physique, artificiellement maintenue grâce à une régénération imperceptible, mais continue. Une maigre compensation, quand on considère que les morts visent bien trop juste...
Forbidden Siren 2 vous rappelle sans cesse combien vous être fragile malgré vos dons, et le doute vous guette à chaque cliquetis dans votre dos.

Forbidden Siren 2 n'a pas corrigé tous les défauts de son prédécesseur, mais témoigne d'une nette évolution dans la série. Le jeu a ouvert la voie à de nouvelles pistes dans le gameplay et l'immersion, tout en continuant à vous déboussoler. Il affirme sa structure narrative, chaotique, tout en consolidant sa cosmologie ésotérique.
C'est une expérience vidéoludique éprouvante, éreintante. Mais c'est surtout une vision unique du Survival Horror, qui propose une alternative aux autres titres du genre, nourris d'horreur à l'occidentale. Dépaysant, tout comme Yamijima, l'île perdue au milieu d'une mer de sang.

Forbidden Siren 2
Edité par Sony
Sortie sur PS2 le 5 juillet 2006

Sur Flu :
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Rémi Vermont - 20 septembre 2007

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