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Trois ans après le premier Pirates des Caraïbes, Jack Sparrow est de retour. Johnny Depp déploie pour l'occasion toutes ses capacités d'acteur excentrique. La bouffonnerie tourne ainsi à plein et laisse de côté un récit sans grande consistance. Un voyage de 2h25 mn dans un train fantôme burlesque, destiné à nous faire patienter avant le troisième et ultime volet de la série.
Trop long, mal structuré, bruyant, voilà à quoi pourrait se réduire Le Secret du coffre maudit. Cette suite des Pirates des Caraïbes, le « blockbuster » à succès de l'été 2003, pèche par abondance et manque de retenue. Et pourtant, ça fonctionne. Malgré un montage épileptique et un récit aux enjeux nébuleux, on reste à bord. Tels les passagers d'un paquebot qui a tout de la coquille de noix, on continue la traversée car, au fond, l'équipage emporte la sympathie. Autrement dit, cette coûteuse production repose entièrement sur les frêles épaules de ses acteurs - fort jolies dans le cas de Keira Knightley - et, en tout premier lieu, de Johnny Depp.
Ainsi, si cette succession de morceaux de bravoure tient plus de la baraque foraine que du roman d'aventures - rappelons que le premier film s'inspirait d'une attraction des parcs Disney -, elle tire avant tout son efficacité de l'abattage du comédien. Sans lui, le film sombrerait dans l'ennui. Dans le rôle de Jack Sparrow, Depp repousse les limites du cabotinage. Il en fait trop, mais, au contraire du film, il parvient à faire de cet excès une qualité. Point de retenue, tout est bon à prendre pour ce corps qui réinvente le mouvement. La pantomime et le cinéma muet ne sont pas loin. Depp roule des yeux, grimace, gesticule, module sa voix. Il fait le spectacle à lui tout seul. Les jeunes premiers, mister Orlando Bloom et miss Knightley, paraissent bien fades à ses côtés, malgré leurs attraits respectifs. Il faut voir Jack Sparrow courir comme un squelette désarticulé pour comprendre à quel point l'acteur se joue de toute vraisemblance, qu'elle soit physique ou psychologique. Le geste est burlesque et, à l'image, on sent ce que le premier volet laissait déjà entrevoir : la création d'un personnage dont, sans nul doute, la silhouette fera date.
Le réalisateur Gore Verbinski l'a parfaitement compris. Piètre metteur en scène, il offre néanmoins au comédien toute la latitude pour s'exprimer. A tel point que des séquences entières ne semblent avoir été écrites qu'à cette seule fin. Ainsi la première heure ne fait en rien avancer le récit, et pourtant elle constitue la meilleure partie du film. Cet épisode qui voit le capitaine Sparrow et son équipage retenus prisonniers par un peuple de cannibales débouche sur un humour noir et un comique de situation particulièrement réussis. Par un jeu à l'avenant, Depp se hausse à la hauteur du délire. Il croque dans un collier de doigts de pied et s'amuse d'un maquillage outrancier. Le film s'assume alors pour ce qu'il est : une mascarade en images de synthèse où les acteurs de chair et de sang ont remplacé les figures virtuelles.
La suite se déroule d'ailleurs essentiellement dans un univers d'effets spéciaux. Le fantastique phagocyte le récit de pirates et Verbinski joue à fond la carte du train fantôme. Comme dans le précédent, les éléments morbides s'accumulent, les fantômes se font monstrueux et la lumière s'assombrit. Pour autant, nul effroi n'en surgit. Si la figure de la mort, omniprésente, reste bien un symbole de vanité, on s'amuse avec elle comme d'un tas d'os en plastique. Au sein d'une production Disney, cette noirceur de surface peut surprendre. Mais au fond, elle n'est rien d'autre qu'une citrouille d'Halloween, grimaçante mais inoffensive.
Bien qu'une certaine tristesse imprègne les premières minutes, scène de mariage avorté sous une pluie battante, le reste n'est qu'outrances, acrobaties de « cartoon » et monstres de foire. On frôle le grotesque, dans le meilleur sens du terme. La machine à faire rire tourne à plein, grippée toutefois par un grain de sable : un développement laborieux et une conclusion qui se dérobe jusqu'au bout. Logique pour un film qui ne sert qu'à introduire le troisième volet, prévu pour 2007 et dont on peut déjà voir des images avant le générique de fin. Aussi, qu'importe si le vent de l'aventure et du mystère ne souffle plus, et ce depuis longtemps. Seul compte de voguer vers le succès et le magot des salles obscures.

Pirate des caraïbes, le secret du coffre maudit
Réalisé par Gore Verbinski
Avec Johnny Depp, Orlando Bloom, Keira Knightley, Jack Davenport, Jonathan Pryce, Stellan Skarsgård, Tom Hollander, Bill Nighy, Naomie Harris.
Etats Unis, 2006 - 2h25
Sortie en France : 02 Août 2006
Sur le web :
- Site officiel
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