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Entre 2001 et 2005, rares furent les films qui osèrent affronter l'image-tabou, celle de la disparition des Tours. Quelques uns s'y risquèrent, faisant probablement évoluer le rapport que la nation américaine a avec ces images traumatiques. Elles semblent dorénavant acceptées et les studios en profitent pour sortir des films qui traitent de manière ouverte des attentats. La course à la surenchère serait-elle lancée ?
11' 09'' 01 (Collectif, 2002):
Un film collectif aux contours peu clairs. Est-ce un hommage ou un début d'analyse à chaud ? Difficile à dire, tant ces onze films de 11mn et 9 secondes partent dans des directions différentes et parfois contraires. Claude Lelouch, Ken Loach, Amos Gitaï, Youssef Chahine et d'autres furent de la partie, avec plus ou moins de bonheur. Le plus singulier, et peut-être le plus provocateur, reste le court métrage signé Sean Penn : un veuf vit seul dans un minuscule appartement ; il est plongé dans la pénombre et le souvenir de sa défunte femme ; lorsque les Tours s'effondrent, il retrouve la joie de vivre, leurs ombres ne venant plus obscurcir son petit logement. Histoire de dire la relativité de l'événement et de questionner le sens que chacun d'entre nous peut en avoir.
La 25ème heure (Spike Lee, 2003):
Spike Lee filme les derniers jour de liberté d'un « dealer » en attente de son incarcération. Il déambule dans le New-York de l'après-11 septembre, en faisant le bilan sur son passé et en ne voyant dans le futur que la répétition du même ou la fin de ce qu'il a été. Au détour d'une scène, la caméra surplombe « Ground zero », espace vide rempli de la mémoire des morts (cf. illus.). Le geste est déjà en soi notable puisque jusqu'alors, dans le cinéma américain, cette image était taboue et volontairement exclue du champ de la représentation. Mais surtout, elle fait sens et confère au film son statut de symbole. Elle fait écho au parcours du personnage incarné par Edward Norton et concentre l'idée d'une Amérique en léthargie, hébétée sous le poids de l'absence. L'ensemble du film paraît alors s'embourber dans l'inertie, l'incapacité d'avancer. Un des meilleurs titres de Spike Lee devient ainsi un des plus beaux films sur l'état d'âme de la nation américaine.
La Malédiction (John Moore, 2006):
Sauf erreur, la première fiction hollywoodienne à montrer les images désormais historiques de la chute des Tours. Elles surviennent lors du laïus d'un évêque qui nous explique que les attentats du 11 septembre seraient un signe annonciateur de la venue de l'Antechrist. Au delà de son caractère risible, l'utilisation de cet événement meurtrier frôle ici l'indécence et la bêtise. Son seul mérite est d'avérer que le cinéma américain a maintenant un rapport moins complexé avec ces événements. Suivront d'ailleurs Vol 93 et World Trade Center.
Vol 93 (Paul Greengrass, 2006):
Pour l'heure, le premier film scénarisé à affronter l'événement sans ambages. Même si le film laisse dans le lointain l'attentat contre le World Trade Center, puisqu'il focalise notre attention sur le quatrième avion, celui-ci qui s'écrasa avant d'avoir atteint sa cible (Le Sénat, à Washington ?) en ne laissant aucun survivant. Peut-être fallait-il un Européen, en l'occurrence le britannique Paul Greengrass, pour oser représenter sans parti pris ce qui s'était déroulé durant ce vol. En tout cas, le film réussit l'exploit de nous donner à vivre de l'intérieur une tragédie humaine tout en développant une réflexion sur notre distance de spectateur, à l'abri devant nos inoffensives télévisions.
The great new wonderful (Danny Leiner, 2006):
Ce film est inédit en France. Il conte cinq histoires prenant place dans un New York entièrement transformé par les attentats du 11 septembre. Se déroulant un an après, le film réalisé par Danny Leiner, originaire de Brooklyn et créateur de la série Les Soprano, prétend peindre les réactions que suscita l'événement chez les new-yorkais. Comme le dit le synopsis sur le site officiel, « ces histoires révèlent que l'égarement précède toujours un nouveau commencement. ». Tout un programme.
World Trade Center (Oliver Stone, 2006):
Stone s'est souvent posé comme un édificateur de monuments doublé d'un contempteur roublard. Au sens où il prétend faire retour sur l'Histoire de l'Amérique, pour en souligner la part d'ombre et, en contrepoint, en désigner les héros. Il est donc logique qu'il soit le premier à regarder en face le soleil noir, pour mieux dire la gloire de ceux qui l'affrontèrent : les pompiers et les forces de l'ordre de New York, mobilisés et parfois sacrifiés lors de la chute des Tours. Le film est fortement inspiré par les images de 9/11, le documentaire-hommage des frères Naudet. Il n'a pas été encore été montré, sinon quelques minutes au dernier festival de Cannes. Aussi, il est difficile de le juger sur autre chose que son synopsis et son édifiante bande annonce, digne de la sanctification. Mais entendre Nicolas Cage s'écrier « nous avions été préparés à tout, sauf à cela » laisse songeur quant à l'objectivité du film et à son éventuelle valeur historique.
