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Au cours des années 90, un mystérieux tandem de producteurs allemands développa un style totalement novateur. Grands connaisseurs de la techno de Detroit, passionnés de musique jamaïcaine, Mark Ernestus et Moritz Von Oswald (qui, encore aujourd'hui, refusent toute interview et toute photographies) s'emploient à redéfinir la techno des origines dans leur studio de Berlin, en appliquant au genre sus-cité les recettes du dub, soit : une utilisation de scories sonores (souffle, grattement vinylique) comme élements propre du son de leurs productions, influence des structures jamaïcaines (rythme downtempo, riddim répétitif en boucle, etc.), ainsi qu'une philosophie plaçant l'hypnose et les sonorités floues au premier plan (phase, delay, echo participant de la dilatation subjective de l'espace temps).Précurseurs du minimalisme tellement en vogue aujourd'hui, cette dreamteam techno décontextualise les clichés sévissant alors, injectant une bonne dose de nonchalance et pratique l'art de l'épure avant l'heure. Visionnaires, ils créent tout d'abord les labels Basic Channel puis Chain Reaction, un nom prémonitoire puisque le style qu'il inventèrent restera emblématique durant toutes les 90's et, par "réaction en chaîne" est encore copié aujourd'hui par des artistes aussi divers que Yagya, Vladislav Delay, Ricardo Villalobos, Michael Stravostrand, Sutekh, Franck Bretschneider et bien d'autres.
Début 2000, ces productions, qui resteront dans l'histoire de la musique électronique comme des pierres angulaires, cessent peu à peu. Les rumeurs vont bon train. Le duo serait passé au dub traditionnel. Pas faux, les deux allemands ont en effet fondé les labels Burial Mix (en réalité déjà inauguré quelques années auparavant par le premier album de Rhythm and sound and Tikiman) et Wackies, tous deux entièrement dédié au dub. Mais si le second s'attache à la réédition des classiques du genre, le premier est bel et bien une nouvelle mutation techno. Toujours électronique, cette dernière est encore plus enfumée qu'auparavant dans les vapeurs fantomatiques et les effluves de cette musique hypnotique. Résultat, encore une poignée d'album mémorable sous le nom Rhythm and sound, avec où sans Tikiman, dont le dernier en date See Mi Yah avait reçu l'accueil mérité des aficionados de ce style l'an dernier.
L'actualité aujourd'hui, c'est See Mi Yah Remixes, avec une nouvelle fournée de producteur talentueux (Carl Craig, Francois K, Vainquer, Villalobos, Delay et des petits nouveaux à suivre comme Sleeparchive. Bâti sur un stalag ultra répétitif (le même riddim - ou "rythme" - sans cesse remixé sous formes différentes) et accompagné de toasters (raconteurs, chanteurs) variés, See Mi Yah était déjà un tour de force dub électronique de plus de 70 minutes. Avec les remixes, chaque track prend une "nouvelle dimension" (normal, nous sommes dans le domaine du dub...) Parmi les onze relectures proposées, on préfèrera donc les plus extrêmes. Celle de l'exilé Francois K, qui reboot la machine en accélérant le rythme, hésitant entre la puissance steppa du dub originel et - étonnamment de la part du bonhomme - une drum'n bass dubstep et véloce. Celle de Villalobos surprend aussi, lui qui déstructure et hache son dub en fine tranches bordées de résonances métalliques. Vladislav Delay quant à lui, revient au bercail d'un dub nonchalant, mélodique et jazzy. Mais nous réserverons nos faveurs particulières à Sleeparchive (profonde et mystique), Sweet Substance (éthérée et soulfull), Carl Craig (tribal et hypnotique, un des plus fameux remixe de l'album) et Vainqueur, tout en souffle et voix fantômatiques, digne de l'esprit Basic Channel. Mais qu'attendre d'autre d'un de ses membres fondateurs ?

Au final, une excellente serie de relectures, même si l'immensité du respect dû aux titres originaux semble avoir impressionné les artistes sélectionnés. Exception faite de Carl Craig, Vainqueur, Vladislav Delay et Sleeparchive, les versions proposées s'éloignent en effet assez peu de celles du duo Oswald/Ernestus. Mais le dub étant une affaire de monomaniaque, d'hypnose et de répétitions, c'est certainement avec bonheur que cet album tournera sur vos platines.
See mi Yah Remixes
Rhythm and Sound
Burial Mix
Sortie en juillet 2006
Sur le Web :
- la page Burial Mix sur le site du label Basic Channel
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