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La science fiction a toujours permis de représenter l'actualité sans avoir à s'y confronter pleinement. Autrement dit, les visions du futur servent souvent, par le symbole et l'allégorie, à porter un discours sur le présent. L'appréhension du 11 septembre 2001 ne fit pas exception à la règle. Plusieurs films jouèrent ainsi avec les poncifs du genre pour évoquer, de près ou de loin, les attentats qui marquèrent ce début de XXIème siècle.
Signes (M. Night Shyamalan, 2002) :
La terre a-t-elle été envahie par des extraterrestres ? C'est la question que se pose Mel Gibson, ancien prêtre en mal de croyance et enfermé avec ses enfants dans une ferme isolée. La métaphore de M. Night Shyamalan est transparente. La communauté familiale devient ici symbole d'une Amérique repliée sur elle-même et dont le seul contact avec le monde extérieur passe par l'écran de télévision. L'attaque extraterrestre n'est plus ici qu'un prétexte, qu'un générateur d'incompréhension et d'angoisse qui renvoie directement à l'attentat contre les Tours jumelles. Le cinéaste poursuivra sa métaphore sur l'Amérique contemporaine dans Le Village.
Solaris (Steven Soderbergh, 2002):
Ce film de science-fiction se déroule dans le futur. Pourtant, dans les premières séquences, le psychologue joué par George Clooney reçoit en thérapie collective des personnes ayant vécu « un événement » qui, par lui-même et par ses images, semble les avoir affecté. L'allusion est suffisamment transparente pour que la référence au 11 septembre ne fasse aucun doute, d'autant qu'une des patientes est explicitement musulmane. A ce niveau, la représentation sert non à parler d'une actualité, d'une chose concrète, mais plutôt à cerner la perception qu'en a le peuple américain, à évoquer ses pensées, craintes et espoirs. Ce qui entre en résonance avec le parcours du personnage principal, voué à se perdre dans ses fantasmes.
La Guerre des mondes (Steven Spielberg, 2005) :
Spielberg filme l'attaque de la Terre par des extraterrestres et montre la désintégration d'humains transformés en cendres. A tel point que le pauvre Tom Cruise s'en retrouve totalement recouvert. Ces particules grises volant dans l'air et le visage noirci de l'acteur n'évoquent pas par hasard les images captées aux environs du World Trade Center et qui à l'époque envahirent nos postes de télévision. Voilà encore une preuve, s'il en est besoin, que Spielberg cherche à tout prix à s'inscrire dans la conscience collective et à jouer avec elle. Avec son déploiement militaire et ses questionnements sur l'interventionnisme, le film n'est pas sans rapport également avec la seconde guerre en Irak. A travers cette adaptation d'un roman du XIXème siècle, le cinéaste discourt donc sur l'état actuel des Etats Unis.
Superman returns (Bryan Singer, 2006):
Superman revient sur Terre et la première chose qu'il trouve à faire, c'est empêcher une catastrophe aérienne. On peut penser que cela n'a rien à voir avec le 11 septembre. On peut aussi se dire le contraire. En tout cas, l'Amérique a besoin de héros et elle le fait savoir. Que les méchants terroristes tremblent et que le peuple se rassure, l'homme à la cape veille de nouveau sur ses ouailles.
