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Parce qu'elle marie les qualités d'écriture au feu d'artifice visuel, respecte autant les codes du sitcom que ceux de l'épopée, Rome est la série totale. Démonstration.
Allécher le lecteur en démarrant son papier par la description d'une scène excitante est une vieille astuce journalistique. Sur ce point, Rome laisse l'embarras du choix au chroniqueur.
Qu'est-ce que vous voulez voir ? Une très excitante patricienne à califourchon sur le chef de sa garde, se livrant à une chevauchée torride devant un parterre d'esclaves blasés ? La même en train de recevoir tout le sang d'un taureau à la fin d'un hallucinant rite païen? Un gros plan sur un égorgement, avec insert sur le visage horrifié de la victime ou celui tout aussi perdu du bourreau ?
Oui, Rome montre tout cela et bien plus encore, à grands renforts de moyens - un budget de 100 millions de dollars et un tournage dans les mythiques studios de Cinecitta pour une épopée toute aussi mythique :l'arrivée au pouvoir de César, de la chute d'Alesia à la constitution de son empire en passant par sa rencontre avec Cléopâtre. Guerres, coucheries, coups fourrés, Rome réconcilie les amateurs de la psychologie du sitcom avec les inconditionnels de l'épopée.
En soignant aussi bien ses intrigues dignes des Feux de l'amour que ses scènes de bataille, sans jamais oublier la crédibilité historique de l'ensemble, Rome est l'apogée de la marque de fabrique HBO : parler de nous en partant d'un univers extrêmement codé, généralement violent et doté d'une profonde dimension sexuelle. Un monde a priori éloigné de la vie quotidienne du téléspectateur: la prison de Oz, les pompes funèbres de Six Feet Under, le commissariat négligé de The Wire.
Le sexe évident et trivial
Après tout, les dernières heures de l'Empire Romain ne seraient-elles pas une parabole de l'Occident où les stratégies individuelles de survie ont définitivement liquidé tout idéal collectif ? Pas sûr, la dernière née de HBO insiste tout autant sur les différences avec une époque qu'on a un peu vite étiquetée comme notre équivalent antique. Ainsi du sexe, ici libéré de la morale - c'est à dire autant du puritanisme que de son pendant libertaire mais mortifère. Baiser est une activité purement physique et pour l'essentiel détachée du contexte social, parce qu'aussi évidente que triviale. Difficilement comparable aux moeurs judeo-chrétiens...
L'autre réussite scénaristique de la série est d'avoir privilégié le regard de deux plébéiens, Lucius Verunius et Titius. Le premier est un soldat sans cesse tiraillé entre sa fidélité au corps militaire et sa croyance en la force de la République de Rome protégée par les Dieux. Un solide guerrier hanté par la culpabilité mais capable du pire.
Le second est son négatif parfait : libertaire, jouisseur et pragmatique bien qu'apte à dépasser ses instincts par amour. Une bonne partie des ressorts dramatiques de la série repose sur les relations qu'entretiennent ces deux légionnaires et permet à Rome d'éviter l'adaptation laborieuse du peplum des fifties pour proposer une vision novatrice et sacrilège de l'Empire. Un choix qui a indigné l'Italie et insufflé à la saga ce léger parfum de scandale qui en fait aussi un rêve de responsable du marketing. Une série totale, on vous dit.

Toutes les illustrations sont extraites de la première saison actuellement diffusée par Canal Plus. (tous droits réservés).
La saison 2 est prévue pour 2007.
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