Après le triomphe d'Illinois l'an dernier, Sufjan Stevens revisite Chicago sur la pointe des pieds.
Qu'on le veuille ou non, notre appréciation d'un disque sera toujours teintée par nos attentes. Le fameux syndrome du second album, ce que les anglais appellent le "sophomore slump", ne trouve pas ses racines dans quelque mystérieuse règle mathématique mais dans la projection par le public de ses fantasmes et ses peurs sur un disque attendu, et dans l'anticipation par l'artiste de ces attentes. Le deuxième album n'est cependant que le premier à subir cette pression, et elle n'est jamais plus forte que pour l'album qui suit un triomphe public et/ou critique.
- Il y a ceux qui se sentent pousser des ailes et croient à raison ou pas que le moment est venu d'offrir au monde un double album conceptuel sur la vie d'une rock star autiste, d'un couple de junkies berlinois ou d'une rock star autiste et junkie.
- Il y a ceux qui craquent sous la pression et font un album en forme de doigt d'honneur sur la vie d'un couple de junkies berlinois ou la mort d'un roadie.
- Il y a aussi ceux qui choisissent la procrastination avec un disque qui ne compte pas vraiment : une bande originale de film, un album de reprises ou dans le cas présent une compilation de raretés.On est prévenu dès le titre : "The Avalanche : Outtakes and Extras from the Illinois Album", pas "Illinois 2". L'auditeur ne doit surtout pas s'attendre à un nouveau sommet. Quelles que soient les précautions prises par Sufjan Stevens, ce disque sera jugé à l'aune de son aîné. Sans surprise, le disque est pratiquement le même que le précédent. En moins bien.
Les titres sont toujours ridiculement longs : “The Vivian Girls Are Visited In the Night by Saint Dargarius and his Squadron of Benevolent Butterflies” ou “The Mistress Witch from McClure (or, The Mind That Knows Itself)” n'auraient pas dépareillés au dos d'une pochette d'Emerson Lake & Palmer. Les paroles ont toujours de faux airs de cours d'histoire/géo et vont sans doute générer un regain de trafic sur des pages délaissées de Wikipedia. Je vous prémâche le travail : Adlai Stevenson était un candidat démocrate à la présidence, deux fois battu par Eisenhower ; Clyde Tombaugh a découvert Pluton et l'Avalanche de la chanson titre n'est pas le phénomène naturel (il n'y a pas de montagnes en Illinois) mais une voiture. Une fois de plus, ces références relèvent d'une véritable ambition littéraire sur certaines chansons et d'un name-dropping érudit et idiot sur d'autres.
La musique est toujours ce même folk expérimental, entre un orchestre de l'armée du salut étonnamment ambitieux et des expérimentations sonores salutairement terre-à-terre. La transition entre les chansons de folk pop épiques et les ballades plus intimes est toujours assurée par de courts instrumentaux faussement modestes. N'y a-t-il pas plus de différence que ça ? Ces chansons n'ont-elles été écartées que parce qu'elles étaient un cran moins bonnes ? Cette compilation n'existe-t-elle que pour nous procurer une expérience diluée ?
Une première écoute superficielle pourrait le laisser penser. C'est d'ailleurs presque ça. Il y a pourtant quelque chose de plus dans la guitare électrique hésitante de "Kaskaskia River" ou dans le synthé incongru à la fin de "The Pickup" et, surtout, dans ces trois versions alternatives de "Chicago", oeuvre maîtresse de l'album précédent, ici déconstruite pièce par pièce. Ces chansons ne sont pas tout à fait finies. Ce sont des ébauches, des brouillons. J'ai lu sur un blog qu'Illinois serait un cycle de chanson, une œuvre méticuleusement séquencée à écouter impérativement en entier et dans l'ordre à chaque fois, et c'est un peu vrai. J'ai aussi lu une critique qui lui reprochait son insupportable perfection, sa précision névrotique. C'était sans doute exagéré, mais ce n'était pas un avis isolé.

Que pouvait faire Sufjan Stevens fasse à de telles attentes ? Il a choisi de nous montrer ses carnets, de nous montrer qu'il n'est qu'humain, qu'il travaille dur et que parfois il se trompe. C'est, au choix, soit d'une grande modestie soit d'une incroyable prétention, mais ça réserve cet album à ceux qui en doutaient. Au jeu des attentes il faut être deux, et si quelques fois il en sort un Berlin, un Sandinista, un OK Computer ou même (après très longtemps) un Smile, le plus souvent il s'agit surtout d'une histoire qui restera entre un artiste et ses fans les plus dévoués, les autres ne jugeant l'album que sur ses propres mérites. Qui ne sont ici pas bien grands.
The Avalanche
Sufjan Stevens
Asthmatic Kitty
Sortie le 25 juillet 2006
Sur le web :
Sur Flu :
- le fil d'actu Sufjan Stevens sur Playlist, le blog Zik de Flu
- Re-feel the Illinoise sur les forums de Flu
Sur le Web : - le site officiel (en construction) de Sufjan Stevens - Sufjan Stevens, qui est gentil et n'a pas peur d'Internet, a mis une partie de The Avalanche en streaming
A voir également :
![]() Elliott Smith |
![]() Architecture In Helsinki |
![]() Bright Eyes |
![]() Stereolab |
![]() Sean Lennon |
![]() Grizzly Bear |
![]() Radical Face |
![]() St. Vincent |
![]() Quinn Walker |
![]() Clare and The Reasons |
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
La Monte Young / Usher /
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier / genres / labels

|
|
|
|
|
|
Zoom sur
Alain Bashung / Amy Winehouse / Busta Rhymes / Coldplay / Jamie Lidell / Lou Reed / Lykke Li / Nerd / Portishead / Prince / Radiohead / The Roots
L'abécédaire des titres
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Tous les titres, les paroles, albums et titres par années
- Grosse soirée Groove au Festi'Val-de-Marne !
- Qu'ecoutez-vous à l'instant ?
- le cas didguitare
- rapatriment a zion
- Une web-radio qu'elle est bien à écouter