Adaptation d'un manga culte (comme il se doit), Hanzo the Razor est l'ultime outrage rendu au film de samourai. Encore plus spagetthi qu'un western, les opus 2 et 3 de cette série ont été édités en DVD. Le fabuleux acteur Shintaro Katsu y donne toute sa vigueur à un personnage d'inspecteur bien membré et des plus habile au combat. Un feu d'artifice de scènes d'anthologie du cinéma bis. Pourquoi s'en priver?

Dans les forums : Hanzo the razor, un régal

Dans la grande tradition du genre jidai-geki au Japon, les séries de long métrages en costumes consacrés à un héros, le plus souvent un samouraï solitaire comme Zatoichi ou Baby Cart se sont multipliées dans les années 60 et 70. Inspiré d'un fameux manga contestataire, Hanzo the Razor s'insrit dans cette grande lignée comme le petit frère malade, obsessif, trivial et rigolard du lot. Interprété par Shintaro Katsu, l'acteur star des Zatoichi, le rôle titre est un petit policier roublard et pas vraiment regardant sur les méthodes qui cherche à faire régner la justice dans un Japon médiéval où le Shogun impose sa loi d'une main de maître. Il n'hésite pas à remettre en question toute autorité qui le détourne de la vérité, mais sans jamais se poser comme modèle d'exemplarité.

Ni un vrai samourai, bien qu'il en ait la dextérité au combat, ni un policier irréprochable, Hanzo se caractérise essentiellement par son caractère irrascible et son insatiable désir sexuel. Muni d'un membre viril qu'on nous décrit volontiers hors de proportion, et peut-être véritable héros des films, il s'en sert souvent comme d'une arme de torture pour obtenir la vérité auprès de jeunes prisonnières. Si les scénarios des deux titres rassemblés dans ce coffret DVD, L'enfer des supplices (1973) et de La chair et l'or (1974), se ressemblent trait pour trait, avec la découverte d'un petit méfait qui conduit Hanzo sur la trace d'un haut dignitaire, chaque film fonctionne sur le principe d'une alternance de combat et de tortures, toutes plus inventives et délirantes les unes que les autres.

Alors que le premier épisode de la série, malheureusement absent de cet ensemble, fut mis en scène par Kenji Misumi, qu'on imagine pas forcément à l'aise avec la grivoiserie, les deux suivants, qui nous sont aujourd'hui proposés, furent réalisés par Yasuzo Masumura. L'auteur des baroques Tatouage et la Bête aveugle livre ici, dans ce qui s'avèrera être ses derniers films, un festival d'inventions grotesques et sadiques, déroulant ses fantasmes “bondage”, saphiques ou nécrophiles. On a parfois l'impression d'une pure explosion de libido, modérée uniquement par le cadre de production. Entre l'humour poids lourd et l'érotisme débordant, ces Hanzo se regardent comme des fantasmagories d'un vieil homme qui n'a rien perdu de sa vigueur, au niveau de la mise en scène comme de l'imaginaire. Passant d'une scène d'avortement saphique à la mise à la torure sexuelle d'une religieuse, sans oublier un couvent où l'on prostitue les nones, l'univers du Japon mythique est ici complètement retourné, tranformé en vaste bordel où les plus puissant sont toujours les plus traîtres et corrompus.

Sur un rythme effréné, Shintaro Kazu donne à son personnage tout son potentiel burlesque, dans la veulerie comme dans l'action. Un des bonus qui lui sont consacrés évoque sa longue carrière dans le jidai-geki, où il a, avec son frère Tomisaburo Wakayama (l'interpète de Baby Cart), monopolisé un peu tous les rôles de sabreur au sale caractère. Très apprécié pour ses qualités humaines, l'acteur devenu producteur lança les Hanzo pour se trouver un nouveau personnage après le sage Zatoichi. Le moins qu'on puisse dire est qu'il a trouvé là sa version pop et hystérique. Immanquablement culte.

Hanzo the Razor Deux films de Yasuzo Masumura
Coffret dvd édité chez Wild Side Vidéo
Disponible à partir du 4 mai 2006

Anita Blum



Sur Flu :
- Voir les fils Asie, Japon, dvd, en salles sur Ecrans, le blog Cinéma
- Lire la chonique de Zatoichi
- Lire la chronique de Baby Cart

Sur le web :
Site promotionnel de l'édition dvd



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