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“Avant Elvis, il n'y avait rien” a fameusement déclaré John Lennon, pas vraiment dans l'un de ses meilleurs moments. L'histoire officielle du rock reconnaît aujourd'hui des prédécesseurs au King et certains révisionnistes prennent même un malin plaisir à le réduire à un petit blanc-bec qui aurait trouvé une mine d'or en pillant la musique noire. De même, l'assertion selon laquelle il n'y aurait pas eu de pop music digne d'intérêt avant les Beatles a depuis longtemps été remise aux oubliettes, quelque part avec le souvenir des critiques anti-Ramones et celui des pro-Eagles. Tout amateur de pop qui se respecte doit aujourd'hui reconnaître l'importance des girl groups du début des sixties, et pas seulement ceux qu'a produit Phil Spector. Les Shangri-Las, Chiffons et autres Crystals font maintenant parti du canon de l'histoire musicale au même titre que les plus respectables des singers-songwriters. L'apogée de la reconnaissance du genre ayant été atteinte l'an dernier avec le coffret, tout en balconnet, One Kiss Can Lead To Another, la route était pavée pour l'arrivée de The Pipettes.Des robes à pois aux chorégraphies à base de mains sur les hanches et d'indexs négateurs, en passant par les musiciens invisibles et l'indispensable individualisation des chanteuses (une blonde, une brune, une "à lunettes"), le visuel est travaillé et réussi : on les entend déjà rien qu'en les voyant. Leur musique relève du pur girl group vintage, une pop music quelque part entre le Doo-Wop (pour les harmonies vocales) et le R'n'B (pour la dynamique), le tout chanté avec une exubérance d'adolescente. Un mélange imparable capable de vous faire danser ou de vous briser le cœur comme le plus joli garçon de l'école.
Qu'est-ce qui change par rapport à un disque sorti du Brill Building ? Musicalement, quelques petits trucs comme l'orgue de "We Are the Pipettes" pris chez Blondie, où les cordes très Abba de l'irrésistible "Pull Shapes". Les paroles surtout ont été modernisées, car si les thèmes sont les mêmes (la danse, les garçons, l'amour...) ils sont abordés avec un humour post-féministe à des années lumières de ce qu'un parolier mâle des années soixante pouvait considérer comme approprié dans la bouche et les oreilles des adolescentes.
Le véritable avantage des Pipettes sur tous les girl groups des années soixante, néanmoins, c'est d'être actives aujourd'hui, de donner des concerts pour un public qui ne connaît comme groupe de filles que les Spice Girls et surtout de sortir des singles. Ce n'est pas un hasard si les Pipettes rencontrent un tel succès avec une musique datant de l'age d'or du 45 tours, au moment où - via la digitalisation - le single reprend son importance. Même si trouver leurs disques n'était pas évident, les chansons des Pipettes depuis "I like a Boy in Uniform" (premier single, absent de l'album) ont chacune, dès leur sortie, fait le tour de tous les mp3 blogs. Mieux encore pour un groupe si visuel, le clip de "Dirty Mind" a été l'une des toutes premières vidéos que j'ai vu sur Youtube, et elles font sûrement partie des premières artistes a avoir ainsi bénéficié de la démocratisation du video-streaming.
Tout ceci est certes très bien, mais pour ce qui nous intéresse ici (c'est à dire l'album), ce n'est pas un gage de qualité. En dehors des excellent singles, le disque souffre d'un certain manque de constance. Sans être désagréables, une bonne part des titres ne sont là que pour remplir la demi heure syndicale d'un format "album" de plus en plus obsolète.

Clairement, les Pipettes ne sont pas un "vrai" groupe, mais plutôt un numéro de spectacle rétro, un peu comme The Darkness. Elles connaîtront sûrement un grand succès cet été dans les festivals, et pendant un moment, tout le monde tombera amoureux d'elles. Puis dans un an ou deux, elles reviendront avec la même recette, mais elles auront beau essayer, ce ne sera plus la même chose et on se demandera, un peu embarrassés, ce qu'on avait bien pu leur trouver la première fois. C'est le tragique destin de toutes les amours de vacance. Mieux vaut en profiter tant que ça dure.
We are the Pipettes
The Pipettes
Memphis Records
Sortie le 17 juillet
Sur le web :
- le site Web des Pipettes
- le blog myspace des Pipettes
- la vidéo de "Dirty mind" sur Youtube
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