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Trash tv : histoire de la télé-réalité

L'âge critique


Trash tv : histoire de la télé-réalité


Chronologie 1973- 2006 : de An american family à Big Brother

Née il y a 33 ans dans la banlieue de Santa-Barbara, la télé-réalité a industrialisé le quart d'heure warholien et la télévision participative. Ne lui reste plus qu'à se repentir. En attendant, voic la story du trash en quelques dates-clé.


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1973 : an american family
Le quotidien d'une famille middle-class de Santa- Barbara, les Loud, est filmé pendant sept mois. Pas n'importe quel quotidien : Susan et Raymond sont en instance de divorce, leur fils Lance fait son coming out homo- une première à la télé US. Mais si elle constitue les premiers pas timides du voyeurisme, l'ancêtre du real soap n'est pas diffusée en direct et ressemble encore à un documentaire inspiré par Andy Warhol. Lance rencontrera d'ailleurs le père du pop art quelques années plus tard. Il lui lâchera : « la télévision a mangé ma famille ». L'anthropophagisme télévisuel est né.

1992 : The Real World
Des anonymes sont filmés, mais pour la première fois hors de leur cadre habituel. S'il constitue bien une nouvelle étape dans ce que sera la télé-réalité, the real world souffre d'un casting un peu cheap de vingtenaires très moyens qui ne font rien sinon disserter sur le néant de leur vie. L'émission tente de pénétrer leur subconscient mais le spectateur n'entend que la mer. Les images sont remontées pour rendre le show moins soporifique et on balade nos amis de New York à Paris en passant par Hawaï.
La sensation de vide abyssal persiste mais the real world plaît aux créateurs : l'écrivain et éditeur Dave eggers relatera sa tentative de pénétrer le soap dans le très culte une oeuvre déchirante d'un génie renversant et le bédétiste Jud winik rencontrera dans l'émission Pedro zamora -un exilé cubain à qui il rendra hommage dans Pedro et moi. On monte donc clairement plusieurs étages dans la spectacularisation de la vie privée avec un concept qui finit son rodage.

1996 - 1999: De Biosphère 2.....
Ce qu'il manque à la trash-tv c'est une base conceptuelle plus solide. Mieux : une référence scientifique. Elle lui sera apportée par Biosphère 2.Soit une serre géante où sont abritées hui personnes vivant en système autarcique et clos. Surfant sur un inconscient utopiste héritée de Fourier et consort, cette expérience entomologique, pilotée par un milliardaire texan et barré, est censée tester la capacité de l'homme à vivre dans un écosystème suffisant. Le but : préparer la colonisation de l'espace.

à Big Brother
Dans sa tour de verre de Hiversum (Pays-Bas), John de Mol préfère pour sa part coloniser les temps de cerveau disponibles et les portefeuilles des annonceurs. Le boss d'Endemol crée une biosphère filmée en direct 24 h sur 24. Comme dans tout bon coup marketing qui se respecte, la dérision y est au rendez-vous : l'émission s'appellera Big brother. Le cynisme aussi : les forçats de la trash tv sont désormais prêts à tout gratuitement pour récupérer du capital symbolique. Ce qui change vraiment c'est la compétition de soi contre tous poussée à son paroxysme, quitte à broyer les individus. John de Mol : « Si je propose de filmer neuf personnes avec huit parachutes dans un avion en perdition, je trouverai des candidats ».
Ne reste plus qu'à faire voter le public et décliner le concept à l'infini (anonymes, stars sur le retour, à la ferme, à la campagne...) et engranger le blé partout dans le monde (diffusion dans 70 pays, Loft Story cartonnera même dans la France post-Jacques Pradel). La marchandisation de l'imaginaire utopique est achevée.

2006 : trash partout, public nulle part.
la dernière saison de Big Brother met en scène une femme enceinte et un séropo, entretemps la trash tv a recyclé l'adultère, les drogues, et tenté la résurrection virtuelle des valeurs traditionnelles : la discipline au Pensionnat ou la vérité de la terre avec la Ferme Célébrités ou la brigade des jardiniers qui se vautre artistiquement sur le service public. La valeur du travail fut également au centre d'une belle initiative de France 2 qui préparait une autre vie , soit un quatre fois 90 minutes qui met en scène des sdf et autres rmistes partis tenter une reconversion en zone rurale. "Une expérience sociale inédite", se défend-on longtemps à la chaîne alors que le tournage est assuré par Happy productions concepteur du très social "quelle famille!" pour M6. "Une belle cosmétique sémantique" comme le dit Benoît Delmas. France 2 capitule devant le tollé provoqué chez les associatifs du secteur. Après le spectacle de l'exclusion, place au voyeurisme tribal : cette-fois il s'agit d'aller traquer les tribus primitives de Tanzanie, moins au fait de la négociation commerciale et de la privatisation de l'intime. Prévu sur France 2 toujours, au bout du monde indigne les héritiers de Levi-Strauss qui craignent les conséquences irréversibles sur les populations une fois les caméras reparties. Trash ou encore ? Au Portugal un participant de Big Brother met fin à ses jours. Faute de nouveaux espaces vierges, la trash tv risque de crever à l'âge du Christ. Sauf à coloniser l'espace.

Daniel de Almeida

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