Fermer
Jeanne Lorian : Sculptures

Portraits, croquis sculptés


Jeanne Lorian : Sculptures


Exposition à la galerie Philippe Gelot, 29, rue St Paul, 75004 Paris.

Il est toujours surprenant de voir les portraits sculptés de Jeanne Lorian. Cette jeune artiste réussit en effet très souvent le pari difficile de dévoiler au spectateur les sentiments les plus profonds des personnes qu'elle modèle. C'est essentiellement à deux thèmes que l'artiste s'est consacrée ces derniers temps : La justice d'une part et l'enfance d'autre part.

Pour le premier, l'artiste a voulu aller au plus près des hommes et des femmes qui participent au fonctionnement de la justice et elle a réussi à se glisser, après moult pérégrinations, dans les prétoires, avec sa terre, pour pouvoir modeler dans l'action, les différents intervenants. Ainsi a-t-elle pu croquer, sur le vif, certains magistrats ou avocats qu'elle a pu étudier au Palais de Justice de Paris. Il est fascinant d'observer l'expressivité qui se dégage des figures faites de terre ou de bronze. Le modelage, bien que rugueux et accidenté, forme des visages qui expriment ici toute la morgue d'un homme en robe, là, au contraire, toute l'humanité d'un autre, ou là encore, toute la perfidie d'un troisième. L'artiste s'est d'ailleurs amusée à présenter en demi-cercle, face au spectateur, le magistrat, l'avocat et la partie civile, laissant la place de l'accusé au spectateur dans ce procès silencieux, où pourtant beaucoup de choses se passent dans l'attitude, presque dans le regard de chacun.

Dans ses dessins, qu'elle a également exécuté tout au long des audiences, on retrouve toute la force d'expression qu'il y a dans ses sculptures. Ici le trait est vif, énergique, allant à l'essentiel pour ne garder que le moment le plus significatif, comme par exemple celui où cet avocat lève le bras et pointe l'index vers le ciel : « Mon client a-t-il une seule raison d'avoir accompli l'acte qu'on lui reproche ? » croit-on l'entendre dire.

Dans ses sculptures concernant l'enfance, la matière se fait au contraire plus lisse, plus douce, mais l'instant retenu est toujours choisi avec une grande acuité, révélant un grand sens de l'observation. Tel est le cas par exemple de cette « Boudeuse » aux joues rondes et à la tête baissée vers le sol ou encore de ce plâtre représentant une jeune femme avec un perroquet sur l'épaule.

Contrastant avec les gesticulations des avocats, derrière cette comédie humaine des prétoires, la présence enfantine semble donc donner tout son sens à cette exposition : un hymne à « l'Innocence » ?

Eric de Thévenard