Du 18 juin au 8 octobre 2006 à la fondation Cartier pour l'art contemporain
Le travail d'installation des images vidéo permet aussi à Agnès Varda d'animer des images fixes. Telle une fée métamorphosant le monde au gré de sa fantaisie elle enchante tout ce qu'elle touche du regard et, sous des dehors ludiques et chatoyants elle propose, à la Fondation Cartier pour l'art contemporain, une émouvante variation sur la mort.
Du territoire intérieur
Ce modèle de la carte implique qu'en traversant l'exposition nous soyons confrontés au territoire de l'œuvre élaboré en correspondance avec celui de l'île dont la définition minimale, celle que l'on donne aux enfants des écoles : « une étendue de terre entourée d'eau de tous côtés », est adoptée par Varda qui l'inclut à son point de vue pour l'élaboration du travail. Territoire de l'isolement, territoire intérieur mais sans aucune sécheresse, l'île semble peu à peu s'incarner dans le corps de la femme qui la regarde, puis des femmes que l'on voit apparaître au cours de notre cheminement, notamment du fait de l'installation qui clôt le parcours, Les Veuves de Noirmoutier (2004-2005). Comme plusieurs autres œuvres présentées celle-ci reproduit, en les détournant, les conditions de la projection cinématographique. 14 écrans de télévision encastrés dans un mur entourent un écran rectangulaire qui évoque le format cinématographique. Face à ce mur, 14 chaises et casque audio disposés en rectangle correspondent chacun à un écran. A l'instar des fauteuils dans la salle de cinéma ces chaises marquent la place du spectateur. Mais contrairement au cinéma l'espace dans lequel nous entrons est poreux aux événements extérieurs. Silencieux, c'est la musique d'une autre installation, Le tombeau de Zgougou (2005), qui domine les images muettes avant que l'utilisation du casque ne nous relie à la parole des 14 « veuves de Noirmoutier » qui sont chacune sujet et narratrices d'un film de quelques minutes diffusé en boucle sur l'écran qu'il occupe. Dans l'écran central, les mêmes femmes, vêtues de noir, marchent sur la plage autour d'une table posée devant l'océan. De même, le spectateur qui navigue de chaise en chaise pour entendre toutes les histoires, tourne dans le rectangle qu'elles dessinent, et autour de lui.
Au paysage
Mais l'île a deux faces. En elle, l'entropie est liée à l'ouverture infinie de l'horizon marin. Si elle est une intériorité solitaire, elle est aussi une extériorité réelle au continent, un territoire à arpenter, à découvrir, vers lequel il faut aller. Cela est particulièrement sensible au moment où l'on arrive à l'entrée du sous-sol où se déploie le corps de l'exposition. Une installation, Le Passage du Gois (2006) mime à cet endroit le passage réel du Gois à Noirmoutier, voix submersible par laquelle l'île, à marée basse, est liée au continent. Varda nous invite à l'emprunter et à entrer symboliquement sur le territoire de sa rêverie au bord de l'eau en traversant un couloir, ouvert ou fermé par une barrière qui change de position selon le niveau de la mer que l'on voit fluctuer sur un rideau-écran dont nous devons traverser l'image pour entrer dans cette nouvelle partie de l'exposition. Dès lors, et c'est sans doute le projet que forme la cinéaste artiste pour son spectateur, nous sommes embarqués.

Ile et elle
Jusqu'au 8 octobre 2006
A la fondation Cartier pour l'art contemporain
261 boulevard Raspail, Paris 14
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