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Le musée du quai Branly

A chacun son musée


Le musée du quai Branly


Dossier Archiculture (6)

L'ouverture tambours battants du musée du quai Branly masque, comme souvent dans ces dossiers, le bruit de vieilles querelles nées dès la conception du projet. Même si certains y voient de la démagogie - prouver un refus de l'ethnocentrisme grâce à un établissement "présidentiel" -, ce nouveau musée a le mérite d'exister, au-delà de toutes les polémiques qu'il a ou va immanquablement déclencher.
Ces obstacles, quelle que soit leur nature, semblent bien plus faciles à surmonter quand l'impulsion vient du sommet.

Ni musée des « Arts Premiers », encore moins des « Arts Primitifs », le musée du quai Branly est un événement dans le paysage artistique - et politique - français. Il rassemble donc 300 000 objets, œuvres, outils, instruments de civilisations que l'on appelle désormais « extra européennes », à force de ne plus savoir comment le politiquement correct nous autorise à les nommer.

La richesse de ce fond provient essentiellement des collections du musée de l'Homme, à présent partiellement dépouillé de son objet d'étude. Les ethnologues concernés n'ont bien sûr pas manqué de protester et les querelles ont été vives depuis que Jacques Chirac a annoncé, en 1995, l'idée d'un tel projet.
Mais il décide, on exécute. Malgré les mécontentements, les polémiques, - entre autres, la muséification des cultures, la primauté de l'esthétique sur l'intérêt ethnographique des objets, sans parler de leur origine même, souvent issus de pillages et rappelant toujours l'embarrassant passé colonial.

Là est la particularité de ce grand chantier culturel.
C'est celui du Président, son idée, son bébé, et cette spécificité permet de franchir tous les obstacles. Comme le montrent les autres grands projets entrepris à Paris, généralement par contraste, tout peut se faire du moment que la volonté vient d'en haut. Un lieu trouvé, des crédits - 235 millions d'euros - débloqués, les polémiques balayées, un tel chantier se met en œuvre plus facilement quand il est décidé à l'Elysée.
Et, s'il faut reconnaître un mérite à notre Président, c'est d'avoir mené ce projet monstre jusqu'à son terme et de l'avoir défendu avec sincérité.

D'autres dossiers mériteraient peut-être la même célérité, et les friches qui jalonnent la capitale témoignent de la complexité de mener à bien des projets dont la nature est toujours autant politique que culturel ou artistique. La Cité national de l'histoire de l'immigration par exemple, dossier hautement sensible politiquement, va finir par voir le jour mais après avoir surmonté près de 20 ans de difficultés. Quant aux chantiers moins visibles sur le plan national (la Maison des Métallos, la Gaîté Lyrique...), ils peinent à émerger. Autant de dossiers à suivre de près.


Illus.1 : Tête de nègre, Jean-Antoine Gros ; Musée du quai Branly/ © Patrick Gries
Illus.2 : Peintures aborigènes ; vue des plafonds peints par des artistes aborigènes au musée du quai Branly, © musée du quai Branly, photo Ianna Andréadis
Illus.3 : Jour de l'inauguration du musée ; © musée du quai Branly, photo Antonin Borgeaud

Vanina Arrighi de Casanova

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