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La Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Quand l'immigration entre dans l'Histoire


La Cité nationale de l'histoire de l'immigration


Dossier Archiculture (3)

« Ce n'est pas à la loi de définir l'histoire », dixit Jacques Chirac. Il n'empêche. Avec la création de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, l'Etat s'implique dans un projet de production de documents historiques où le rôle des immigrés dans l'histoire du pays trouvera une expression « labellisée ». Reste une question clé : les immigrés eux-mêmes y seront-ils associés ?

« La France est avant tout une très grande et très ancienne terre d'immigration. Il est temps que la République assume cette histoire » (rapport Schwartz - El Yazami, sur le site de l'association Génériques). Il était temps en effet.
Avec beaucoup de retard sur nos voisins (lien), la République a décidé de s'intéresser à l'histoire et aux cultures de l'immigration, et de leur donner une place dans l'Histoire de France. En 2007, un monument parisien, le Palais de la Porte Dorée, accueillera la Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI).

L'idée est ancienne. A la fin des années 1980 ont émergé de nombreuses initiatives dans le monde associatif et dans la recherche. Une Association pour un musée de l'immigration est créée par l'historien Gérard Noiriel, et place cette question dans le débat public. Ce n'est que dix ans plus tard que le politique s'empare du sujet, quand le gouvernement Jospin commande le rapport Schwartz - El Yazami sur la création d'un lieu dédié à l'immigration. Ses auteurs concluent à l'urgence d'un tel acte.
Mais, pour cause de campagne présidentielle, le projet retourne au placard. La droite le reprend à son compte, et Jacques Toubon est missionné par le gouvernement Raffarin pour rédiger un nouveau rapport, puis présider une mission de préfiguration. Le 1er janvier 2005, un décret relatif à la création de la CNHI est publié au Journal Officiel.

Reste à savoir ce qui en sera fait. Le projet a de multiples vocations (historique, culturelle, pédagogique) et possède une double nature.
L'une, muséale, doit mettre en scène des contenus scientifiques sur l'histoire de l'immigration : destins individuels, place des immigrés dans la nation et façonnement de l'identité française par la diversité seront les fils conducteurs de l'installation permanente, que viendront compléter des expositions temporaires.
L'autre, plus impalpable, se définit comme un réseau national de partenaires, destiné à activer et soutenir des projets associatifs (édition d'ouvrages, production de documentaires, d'expositions), de recherche, et à développer des échanges internationaux. C'est sans doute dans cette partie immatérielle, qui reste à inventer, que va se jouer la participation des immigrés à la production de leur propre histoire.

Pour beaucoup, la CNHI sera ce qu'on en fera, rien est imposé. Elle signifie une reconnaissance par la République de l'importance de cette histoire, non pas une écriture de cette histoire par la République. Elle résulte d'une volonté politique - et des blocages persistent, notamment sur l'engagement financier du ministère de la Culture - mais elle est mise en œuvre par une multiplicité d'acteurs indépendants : nombre d'associations ont été impliquées depuis le départ et beaucoup sont présentes au sein de la structure (lire l'interview de Driss El Yazami). Et, même si des écueils restent à éviter - l'utilisation politique qui peut être faite de la Cité, les risques de « concurrence des mémoires », les problèmes de validité scientifique des projets... -, la création de la CNHI fait peu ou prou l'unanimité et symbolise une évolution très significative du regard que la France porte sur son histoire et sur la société.


Illus.1 : vue de la façade du Palais de la Porte Dorée
Illus.2 : vue de l'intérieur du Palais
Illus.3 : photo (sans légende) d'ouvriers au début du XXe siècle
© Cité nationale de l'histoire de l'immigration

Vanina Arrighi de Casanova

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