Producteur talentueux de Roisin Murphy et Björk, arrangeur cultivé d'un mésestimé "Goodbye Swingtime" (avec un big band), musicien engagé contre la mal-bouffe ou les multinationales (Plat du Jour en 2005, The Mechanics of Destruction en 2002), Matthew Herbert livre avec Scale son opus le plus abouti et le plus jouissif. On espère une invasion de bon goût dans les boîtes de nuit.
N'y allons pas par quatre chemins : Scale est un chef d'oeuvre. Synthétisant le meilleur des recherches musicales de Matthew Herbert et de ses avatars (Radioboy, Dr Rockit) l'album propose un florilège de chansons inspirées et dansantes, interprêtées principalement par l'envoûtante Dani Siciliano. Onze compositions bâties sur d'imparables rythmiques, le tout glissé dans une atmosphère orchestrale digne des sommets de Curtis Mayfield ou Isaac Hayes. Il faut dire que la maison n'a reculé devant aucun sacrifice puisque notre démiurge anglais a convoqué un big band et un orchestre - cordes, vents, cuivres - pour donner du répondant à sa dernière folie.Sans le moindre répit, Scale nous embarque dans une montagne russe musicale où se télescopent disco-funk et textures électroniques, jazz et arrangements pop de superbe facture. Mieux que le speedating, mieux que Meetic, le disque offre, en 51 minutes seulement, de bienheureuses rencontres. Sur "Down", l'electronica dompte la house et procure des frissons comparables à l'ingestion de l'étoile d'invinciblité dans SuperMarioLand. Un peu plus tôt, le R'n'B délaissait ses fringues m'as-tu-vu et retrouvait ses arrangements raffinés : écoutez pour voir l'orchestration capiteuse de "We're In Love" !
Matthew & Dani
Matthew Herbert a su tirer le meilleur de la formation bicéphale : 23 musiciens classiques, 14 jazzmen. Au lieu d'un accompagnement poli, de cordes bien lustrées ou autres nappes faciles, les parties orchestrales sont la moelle épinière, mélodique et harmonique, des morceaux. Les bases sont lancées dès "Something Isn't Right" où les deux ensembles mènent une course vers la plus belle exubérance. Dans ce duel cordes contre cuivres, c'est la musique qui sort gagnante.
Il faut aussi souligner la superbe prestation de Dani Siciliano. A-t-elle été piquée au vif par les infidélités de son compagnon avec Roisin Murphy ? Force est de constater qu'elle a sorti le grand jeu vocal pour enfoncer sa rivale. Si elle emprunte un phrasé hip hop et dynamique sur "Movie Star", elle n'oublie pas le grain suave qui nous berce depuis Around The House pour la coda magnifique de "Harmonise". Moins une diva exubérante qu'une esthète soul.
La plupart du temps, l'alchimie opère et devient le terreau de morceaux imaginatifs et diablement sophistiqués. Les esprits chagrins noteront la relative insignifiance de "Those Feelings" ou "Wrong". Finalement, ces pistes moins réussies ne font que davantage ressortir les qualités de l'hypnotique "Birds Of A Feather" (le meilleur morceau d'Herbert ?) ou de l'inquiétante ballade trip hop "Just Once".
Des chiffres et des lieux
A l'instar du réalisateur Peter Greenaway ou de ses cousins musiciens Matmos, Herbert ne peut se départir d'une fascination programmatique et conceptuelle. La légèreté de ton de l'album semble paradoxale compte tenu des strictes règles du dogme PCCOM (rédigé par ses soins et visible ici). Le superbe livret détaille, dans une énumération invraisemblable, les 635 objets utilisés lors de l'élaboration de l'album : pupitres, câbles, piles, oiseaux et lampes torches...
Mais le parti-pris le plus loufoque tient sans doute à la session d'enregistrement de la batterie : pour des raisons qui m'échappent, Herbert a souhaité enregistrer les percussions... sous terre (dans une mine), dans les airs à bord d'une montgolfière, dans l'eau fraîche de la mer en décembre, ou à 160 km/h dans un break. Les vidéos de ses lubies sont visibles en VO sur Internet.
Dandy farfelu - il est le citoyen d'un nouveau pays , Matthew Herbert œuvre au renouvellement de la soul-music tout en préservant son esthétique (sons concrets, machines...). Qu'on adhère à la démarche ou non, les qualités musicales de ce melting pop soul sont indéniables. Avec une première partie résolument dansante ("Moving Like A Train" doit faire rougir Prince) et une seconde moitié plus cosy, Scale s'affirme comme l'aboutissement d'une prolifique carrière.
Scale
Herbert
Accidental Records / !K7
Sortie le 30 Mai 2006
Matériel utilisé pour cette chronique : Disque Scale de Matthew Herbert, ordinateur portable Sony VAIO PCG-FR415S, Internet par connexion Télé2 au travers d'un modem BeWAN Combo, logiciel de traitement de texte Microsoft Word, platine CD Thomson DTH 220, mixette yamaha MG 10/02, enceintes Yamaha MSP-5. Consommables : chocolat noir / orange Côte d'Or, brioche Monoprix.
Sur le Web : - le site officiel de Matthew Herbert - les vidéos "making of" de Scale - le mini site de l'album Scale, avec quatre titres en écoute
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