Bruce Lee est une légende, c'est-à-dire un objet qui prolifère, qu'on se raconte, s'accapare, transforme, quelque chose qui nous appartient. Osons parier qu'il était la dernière star du cinéma, qu'après lui partout, même dans les premiers films de Wong Kar Wai, et surtout à Hollywood, il n'y a eu que des comédiens, des acteurs, des actrices, des célébrités.


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Comme James Dean ou Marilyn, Bruce Lee est mort jeune, en pleine carrière foudroyante et dans des conditions accidentelles jamais complètement élucidées qui n'ont cessé d'amplifier le mythe. Avec une poignée de films, un second rôle dans une série télé américaine (Le Frelon vert), des œuvres de jeunesse - une vingtaine de films désormais invisibles -, qui n'auront jamais contribué à son succès, et un art martial qu'il a façonné lui-même (le Jeet Kun Do), Bruce Lee a réussi à imposer son image partout dans le monde.

Bruce Lee ou la destinée d'une star athlétique
La destinée d'une dernière star peut s'expliquer par une vie dédiée dès l'enfance (il commence à tourner à 6 ans) à la conscience de sa représentation et à la volonté de maîtriser son corps pour imposer son image au cinéma. Bruce Lee était -ou est-, la première star athlétique, celui qui aura fait du culte du corps un objet cinégénique, une forme érotique et sportive là où les autres s'imposaient par leur allure. Toute sa vie, Bruce Lee n'a cessé d'entretenir sa passion pour les arts martiaux, en ouvrant des écoles aux Etats-Unis (où il vécut pendant plus de dix ans), en réformant les principes du Kung Fu en l'occidentalisant et l'épurant pour des combats plus puissants, directs, violents et spectaculaires. Des Etats-Unis il connaîtra autant le succès avec des célébrités (James Coburn, Steve Mac Queen, Chuck Norris...) fréquentant ses écoles que l'humiliation, le racisme et l'impossibilité de prétendre à autre chose que des seconds rôles. Bruce Lee c'est l'histoire d'une revanche, celle d'un homme au plan de carrière de fer décidé à imposer aux yeux du monde la supériorité absolue de l'homme chinois, et surtout la sienne.

Une véritable Brucexploitation
Bruce Lee était un monstre de narcissisme et d'exhibitionnisme dont les films ne cessent de dégager la puissance et le magnétisme. Ses gestes, ses mouvements, ses cris, ses mimiques, ne cessent encore de constituer la référence absolue pour une génération de cinéastes qui de Tarantino aux frères Wachowski font revivre inlassablement sa figure. Bruce Lee est la dernière icône populaire du cinéma, et la seule de nationalité chinoise ayant eu un tel impact en occident. Même les contrées les plus reculées de la Sibérie connaissent Bruce Lee, mais peut-être pas Jackie Chan. Surtout, la dernière star est le seul cas dans toute l'histoire du cinéma à avoir engendré autant de clones, une véritable Brucexploitation. Messie dont on a voulu reproduire la gestuelle et le style par opportunisme mercantile, il est resté à jamais inimitable, résistant à toutes reproductions identiques, il était unique. Tous les Jackie Chan, Jet Li ou Tony Jaa l'ont compris, étant à jamais dans l'ombre de la star, ils ont rapidement choisi un style personnel pour éviter la confusion.

Jérôme Dittmar



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