Dossier Archiculture (1)
Ancien centre culturel et associatif CGT, la Maison des Métallos (Paris 11e) est en mutation. Pendant trois ans, une mission de préfiguration y a été menée afin de définir un projet d'« établissement culturel populaire ». Mais à l'heure où la gauche peine à retrouver le sens du peuple, comment concilier cette ambition avec l'exigence de prestige nécessairement véhiculée par un projet culturel de l'actuelle municipalité parisienne ?
En s'attaquant à ce chantier, les élus de l'arrondissement et de la Ville ont bien conscience qu'il ne peut s'agir d'un projet culturel comme les autres. A la volonté d'en faire un établissement parisien avec ce que cela implique de qualité et de prestige, s'ajoute celle de l'ancrer dans le quartier, d'en faire un établissement « populaire ». Son passé militant, sa sociologie - un quartier qui certes se « boboïse » mais dont plusieurs rues restent délabrées - ainsi que les circonstances de son rachat, obligent les élus à consulter largement les habitants.
Les attentes des nombreuses associations du quartier sont fortes et s'expriment lors des comités de pilotage qui se réunissent régulièrement autour également d'élus et de personnalités du monde de la culture.
Pour une vingtaine d'associations, réunies en un « Comité Métallos », un établissement populaire serait un lieu que s'approprient les habitants et qui accueillerait, outre des actions associatives, des repas de fêtes et autres événements familiaux ou communautaires.
La population maghrébine est par exemple très importante dans ce quartier. Et juste en face de la Maison se trouve une mosquée, ce qui pose aussi la question de l'« animation » du quartier par des associations religieuses. Comment se place la Maison des Métallos dans ce contexte, qu'est-ce qu'un « établissement culturel populaire » peut proposer à la population de ce quartier ?
Les exemples d'initiatives prises par des assos ne manquent pas. L'une d'elle avait par exemple organisé en novembre dernier une rencontre-débat autour du film Les Massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945, de Medhi Lallaoui et Bernard Langlois. Un événement susceptible de toucher plus particulièrement certains habitants et de les amener à revenir dans ce lieu.
Mais, prenant la question de l'offre artistique plutôt par le haut, la municipalité a pris le parti de faire de la Maison des Métallos, non pas un centre associatif, mais un lieu de culture, avec une programmation artistique choisie par un professionnel, à laquelle les habitants peuvent néanmoins être associés.
Le projet pour la Maison se veut donc hybride. Il sera à la fois un lieu d'expositions et de spectacles, et un lieu de rencontres, de débats, ouvert aux associations.
Pour concilier ces deux exigences de professionnalisme et d'ouverture sur le quartier, la municipalité a finalement nommé Gérard Paquet et son association Planète Emergences pour diriger le futur établissement public. C'est déjà cet ancien directeur du Théâtre National de la Danse et de l'Image de Châteauvallon qui avait été mandaté par la Ville pour diriger l'animation temporaire entre 2002 et 2005. Avec un bilan mitigé selon les associations.
Celles dont les exigences étaient importantes sont en effet déçues : elles n'auront pas de véritable pouvoir de décision au sein de la future structure, et estiment que la fonction « populaire » est oubliée au profit de la seule destination artistique. D'autres, plus réalistes, ont bien compris que, s'agissant d'un projet estampillé Ville de Paris, les associations auraient un rôle secondaire dans la future structure. Mais elles se disent prêtes à travailler, quand cela sera possible, sur certains projets. Et s'en remettent finalement à la volonté de Gérard Paquet - qui souhaite rien moins que de « cheminer, à travers des pratiques culturelles et artistiques, vers un monde plus pacifique et plus juste » - pour donner un véritable contenu à la nature populaire de la Maison des Métallos.