« Le mot " culture " fait écho à celui de Paris ». C'est Bertrand Delanoë, le maire de Paris lui-même qui le dit. Et comme il ne faut pas trop se reposer sur ses acquis, la capitale compte quelques grands chantiers culturels, certains sur le point de voir le jour, d'autres qu'il faudra sans doute faire naître aux forceps. Comment avancent ces chantiers - un pas en avant, et deux sur le côté -, et pourquoi, selon le cas, ils n'avancent pas ? A l'heure où l'un des grands projets - le musée du quai Branly - aboutit, un dossier-feuilleton pour tenter de mettre de l'ordre dans ceux qui ne sont pas encore nés.

« Si Paris se doit d'être une des capitales internationales de la culture, elle doit aussi être le lieu emblématique de la culture pour tous ».

Ce programme ô combien vaste a été annoncé le 27 janvier 2003 par Bertrand Delanoë, maire de Paris, lors d'une communication devant le Conseil municipal auquel il exposait son « projet culturel pour la mandature ». Cette ambition résume assez bien la problématique culturelle à Paris : à la fois municipalité et vitrine nationale, la capitale possède un statut particulier qui n'est pas sans conséquences sur la façon dont peut y être impulsée et mise en œuvre une politique culturelle. Les projets se décident à deux niveaux - l'Etat et la municipalité - et doivent répondre à divers enjeux qui ne sont pas toujours compatibles.

En 2005, on dénombrait ainsi dans la capitale une dizaine de grands chantiers culturels, certains portés par l'Etat, d'autres par la Ville. Pour les premiers, le projet phare est le musée du quai Branly, le « bébé » de Chirac, né le 23 juin dernier. Une Cité nationale d'histoire de l'immigration, au Palais de la Porte Dorée, doit voir le jour début 2007. Citons aussi la rénovation du Grand Palais, le déménagement de la Cinémathèque française, et bien sûr l'incertitude qui règne quant au devenir du projet pour l'île Seguin. Voilà pour la vitrine nationale.

Au niveau local, les projets portés par la Ville ne manquent pas non plus, et avancent avec plus ou moins - et plutôt moins que plus - de facilité.
Les trois grands projets déclarés prioritaires par Bertrand Delanoë sont la Maison des Métallos, centre culturel et associatif, le théâtre de la Gaîté Lyrique, qui devrait être dédié aux arts numériques et aux musiques actuelles, et le 104 rue d'Aubervilliers, destiné à devenir un « centre artistique et culturel » offrant des espaces de travail aux artistes, et des manifestations culturelles ouvertes au public.
Il s'agit de projets devant s'ancrer dans la vie locale et redynamiser des quartiers parfois difficiles. Le point P s'inscrit également dans cette intention. L'idée de créer une Cité de la mode et du design dans les anciens Magasins généraux du quai d'Austerlitz, est, quant à elle, encore en gestation.

Certains de ces chantiers avancent. D'autres sont au point mort, à l'instar de la Gaîté Lyrique, lieu qui semble frappé d'une mystérieuse malédiction (saga à lire dans un prochain focus). S'ils sont déclarés prioritaires dans les mots, ils ne le sont pas forcément dans les faits. L'urgence est ailleurs, dans l'organisation des désormais fameuses Nuits Blanches ou de Paris Plage notamment, qui bénéficient d'une consistante couverture médiatique. Les chantiers peuvent donc sommeiller en attendant que la détermination d'associations de quartier ou surtout la volonté d'un élu local parvienne à les remettre à l'ordre du jour.

Car volonté et détermination ne manquent pas. Manque peut-être la capacité à trancher. De réunions en conseils municipaux, les dossiers font un pas en avant, deux pas en arrière, au grès des souhaits, refus, revendications des multiples parties prenantes. Trop de décideurs nuit gravement à la décision. Un coup d'œil sur le site de la Mairie de Paris, à la rubrique « le Maire et les élus », est instructif en la matière.

Faisons le compte : le maire qui, en l'occurrence, s'intéresse de près aux questions culturelles ; son directeur de cabinet ; son adjoint chargé de la culture ; trois conseillers ou chargés de missions pour la culture ; les élus d'arrondissement, les conseils de quartier. Sans oublier ceux de ses 33 adjoints susceptibles, selon les cas - l'adjoint aux Finances par exemple, car on parle souvent de gros sous dans ces dossiers -, d'avoir leur mot à dire. Quand tout ce petit monde parvient à un accord, le dossier repart pour un tango administratif. Le Secrétariat Général de la ville peut intervenir et faire repartir le processus de zéro. Vient enfin la Direction des affaires culturelles, à qui incombe la lourde charge de conduire la politique définie par les élus, à condition bien sûr que celle-ci soit définie...

Une telle organisation ne favorise pas forcément l'efficacité. Elle inciterait même à se demander comment, perdus dans les méandres politico-administratifs, certains projets parviennent à aboutir. L'Etat n'est d'ailleurs pas en reste de ce point de vue, comme l'illustrent notamment les rebondissements du projet pour l'île Seguin, sur lequel la plus grande incertitude plane toujours.
Ce sont quelques exemples de ces sagas, parfois dantesques, que nous relatons dans les prochaines étapes de ce dossier.


Illus.1 : vue de la verrière du Grand Palais
Illus.2 : vue de l'île Seguin
Illus.3 : Paris vue du ciel (Ile Saint-Louis, Ile de la Cité)

Vanina Arrighi de Casanova



Sur Flu :
- Voir aussi les fils d'actualité de la Cinémathèque française sur le blog Cinéma et grand palais, quai branly et expos à Paris sur De Visu, le blog Expos

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