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Mk2 éditions
Un même coffret DVD compile les 3 films Chambre avec vue (1985), Maurice (1986) et Retour à Howards End (1992) de l'auteur culte James Ivory. Analyse détaillée, sur fond de Reaganisme, d'années de Glasnost et de Tchernobyl.
1986 ne fut pas une année douce. Reagan et Gorbatchev négociaient sur les euromissiles, la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, et Paris, victime d'une série d'attentats, découvrait le Hezbollah pro-iranien. Au cinéma, Coline Serreau recevait un César, Oliver Stone un Oscar, et Rolland Joffré la Palme d'or à Cannes pour Mission. C'est dans ce contexte de crispations internationales que fut diffusé Chambre avec vue, un film dont l'affiche au charme désuet laissait présager une histoire d'amour sans doute contrariée, peut-être sirupeuse.
Les sceptiques durent toutefois s'enchanter : le 19 novembre de cette année vit s'exposer sur les écrans français un pique-nique florentin inachevé, un baiser volé au son de Puccini et une promesse de fiançailles souffrant d'être déshonorée... En pleines eighties, le style « James Ivory » venait d'éclore, bientôt couronné de prix, engendrant en sept ans (avec Maurice, 1987 et Retour à Howards End, 1992), une trilogie d'une force et d'une cruauté vertigineuse, habitée par une humanité complexe, nouée, raffinée.
Le style « James Ivory », c'est une peinture à la fois juste et romancée de l'Angleterre d'Edouard VII, des codes sociaux qui les régissent et de ses inclinaisons amoureuses impossibles. Il y a tout d'abord le rythme. Enveloppant, saisissant, il dénote du désir du réalisateur d'opérer comme un conteur. Fidèle aux romans de E.M Forster dont sont tirées ses adaptations, Ivory nous berce, nous inquiète, et distille son mystère tant dans les gestes du quotidien que dans le hasard de son cheminement : c'est une main qui tire en secret le pan d'un rideau, un télégramme qui n'arrive pas à temps, une averse impromptue. A plusieurs reprises, les héros ivoryens seront filmés de dos, observant par la fenêtre, comme dans les peintures tristes de Vilhelm Hammershoi.
Autour de ce mystère, on est happé par les décors de Lucciana Arrighi, par les costumes de Jenny Beavan, par cet habillage victorien qui corsète les existences et qui les noue. Conjugué à cette minutie, le choix des cadrages accentue ce sentiment écrasant de beauté et d'exigence, cette pression sociale et historique qui pèse sur les épaules des personnages. Mais, le style « James Ivory », c'est aussi le rôle offert à la musique, composée par le fidèle Dick Robbins, qui repend à son tour la grâce, et cette inexorable sensation du never more dont sont gorgés les personnages. Rien de chichiteux, pourtant, et c'est de cet écueil évité que ses films tirent leur force : nul manichéisme, nulle facilité accordée aux héros en dépit des personnages secondaires - tant l'écuyer amoureux de Maurice que Charlotte, la vieille tante bigotte, tant Lucy que Clive ou Helen, tous étouffent les ravages de leurs fantasmes inassouvis, tous pourraient être nous.
Virtuosité de l'approche ivoryenne, belle et bien atemporelle, pour qui « communiquer dans la sphère privée est toujours un acte politique ». Souvent, de fait, derrière les salons cosy aux rideaux chargés de fleurs, les désirs crissent et stagnent comme dans des marécages. Au-delà de ce mal-être, toutefois, demeurera cette scène, cette vision hallucinante : celle de Lucy Honeychurch tombant dans les bras de George Emerson, toute vêtue de blanc sous le soleil toscan. Une grâce, un miracle, une ultime élégance.
Six expressions de ce monde bourgeois dans ce coffret, donc six DVD. Où l'on retrouvera les trois chefs-d'œuvre qui composent la trilogie, accompagnés chacun de leur DVD consacré aux bonus :
- Chambre avec vue, qui expose la force du désir physique sur les principes de loyauté et de bienséance mondaine - ici son film le plus lumineux. En bonus, un éclairant portrait de E.M Forster, mais aussi et surtout un miraculeux extrait de Breakfast time ”, sorte de Télématin exhumé des archives de la BBC, datant du 10 avril 1986, où Daniel Day Lewis explique son rapport à son “ personnage détestable ” - seule ombre au tableau : sera regrettée l'absence de bonus évoquant la préparation du film.
- Maurice, qui dix-huit ans avant Brokeback Mountain dépeint les mécanismes de l'intolérance victorienne face à l'homosexualité masculine. En bonus, la génèse du film, ainsi que - un privilège - 39 mn de scènes coupées, commentées rétrospectivement par le réalisateur.
- Retour à Howards End, où Ivory se focalise sur l'arrogance des barrières sociales et sur l'échec des sentiments - le plus sombre d'entre tous, peut-être le moins réussi. En bonus, une délicieuse rencontre avec les créatrices des costumes et des décors, suivi par une discussion entre Ivory et Ismail Merchant, son fidèle producteur, au sujet de la génèse du film - un grand classique.

- Retour à Howards End :
.La genèse du film, entretien avec James Ivory et Ismail Merchant - 20'
.Deux créatrices, rencontre avec Jenny Beavan (costumes) et Luciana Arrighi (décors) - 20'
.Trouver une atmosphère, interview illustrée de nombreux dessins de préparation de production - 8'
.La collection James Ivory - 22'
- Maurice :
. La genèse du film, conversations avec James Ivory, Ismail Merchant et Richard Robbins - 12'
. L'histoire de Maurice, interview du scénariste et des comédiens - 30'
. Scènes coupées commentées par James Ivory - 39'
. La collection James Ivory - 22'
- Chambre avec vue :
. Un personnage détestable, interview avec Daniel Day-Lewis - 4'
. Un incroyable succès - 3'
. Portrait de E. M. Forster - 26'
. La collection James Ivory - 22'
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