Du 26 avril - 6 août 2006
L'exposition L'Envolée lyrique, présentée actuellement au Musée du Luxembourg, conçue par le critique d'art Patrick-Gilles Persin, fait partie de ces manifestations indispensables, qui permettent de redécouvrir des œuvres et de redonner leur juste place dans l'histoire de l'art à des artistes trop peu connus, y compris dans leur propre pays.
S'il est vrai qu'à partir de 1945, le centre artistique mondial se déplace sensiblement de Paris à New York, la capitale française continue cependant à attirer les artistes étrangers (Zao Wou-Ki, Bram Van Velde, Maria Elena Vieira da Silva...), et demeure le lieu incontournable de l'avant-garde en Europe. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, Paris connaît une atmosphère intellectuelle et artistique euphorique et électrique, assombrie cependant ça et là par les noirs souvenirs de l'Occupation et les traumatismes qui en résultent. C'est ce qu'exprime en exergue de l'exposition le critique Pierre Descargues : « Ces années-là furent merveilleuses. Nous émergions de la nuit, de la peur, de la faim, de la guerre et de ses morts dont nous ne savions pas encore qu'ils étaient des millions. Après tant d'obscurité, l'art refaisait jour, reprenait vie... ».
Dans ce creuset créatif ressuscité se conjuguent les inspirations : dès lors peut naître une autre tendance de l'abstraction, dite « lyrique », car voulant s'arracher à une réalité vécue encore hier comme terrifiante. Les recherches de certains artistes, tels Roger Bissière, Georges Mathieu ou Wols, opposent à l'abstraction géométrique, perçue comme « froide », une abstraction « chaude », se réclamant plus des premières Compositions de Kandinsky, où le geste spontané et l'inconscient déterminent l'œuvre, que de l'abstraction réfléchie d'un Mondrian ou d'un Malevitch. Ces peintres, qui n'ont jamais voulu fonder une quelconque « école », prônent la « générosité du geste et de la matière », et font primer « l'instinct et la spontanéité sur la théorie et le fait poétique sur le savoir-faire », tout en parvenant chacun à trouver un mode d'expression bien personnel. Cette « envolée lyrique » est alors soutenue par une intense réflexion critique, portée par divers théoriciens du mouvement, et permet de relancer l'activité de certaines galeries (Louis Carré, Denise René), restées en stand-byLes oeuvres, déployées avec clarté dans quatre salles, sont présentées par ordre chronologique, sur une décennie. On peut regretter ce parti pris muséographique, l'évolution de chaque artiste étant plus ou moins rapide, et les œuvres parfois très différentes de l'un à l'autre : ainsi la marge est grande des poétiques et évanescentes toiles de Zao Wou-Ki à celles au trait large et appuyé de Gérard Schneider, des mystiques et lumineuses œuvres de Maurice Estève à celles, « ethniques », de Roger Bissière, ou des noirs soyeux de Soulages au graphisme surréaliste de Wols. Toutes ont pourtant en commun une grande liberté d'exécution et une émouvante sincérité. A (re)découvrir, donc...

L'Envolée lyrique : Paris 1945-1956< /br> Du 26 avril au 6 août 2006 au Musée du Luxembourg
Sur le web :
- Musée du Luxembourg
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