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Un homme, qui pense usurper le nom d'un autre en lui ajoutant un W, essaie de nous faire passer des vessies pour des lanternes, au risque de déclencher une guerre aux conséquences indéfinissables. Pendant ce temps, sur les écrans de France, quelques arnaqueurs et menteurs tentent d'égayer les esprits somnolant sous le froid et l'inquiétude...
D'un côté, nous avons le Frank Abagnale Jr., le héros de Attrape-moi si tu peux, la nouvelle production d'un Steven Spielberg qui, avec trois films en deux ans, semble se transformer un stakhanoviste des usines hollywoodiennes. Inspirés de la vrai vie d'un escroc devenu depuis conseillé en fraudes au FBI, ses exploits ressemblent à ceux d'Arsène Lupin. Il est incarné par Leonardo DiCaprio, maladroit dans le registre de l'adolescent mal dans sa peau et plus à l'aise dans celui du séducteur menteur. Tom hanks, Ganimard de service, relève un peu de son excellence dans la banalité un film menacé par le manque de subtilité.Sous le Dôme des Invalides
De l'autre, Napoléon Bonaparte alias Monsieur N. tente de nous faire croire que sa dépouille n'a jamais été déposée sous le dôme des Invalides. Il est aidé par un complice nommé Antoine de Caunes, grand connaisseur de l'oeuvre de Maurice Leblanc. Il dit avoir trouvé en son second film l'atmosphère de L'Aiguille creuse dont il projette l'adaptation depuis des années, malheureusement en vain, la famille du romancier lui en refusant les droits. Il s'amuse donc avec l'Histoire et ses mensonges, faisant d'un Anglais le témoin qui n'en savait pas assez. Malgré l'incertitude de bon aloi qu'il instaure jusqu'au bout, il ne parvient pas nous convaincre complètement.
Théâtres d'ombres
Nous aurions pu alors trouver notre bonheur dans le dernier film de Pascal Bonitzer. Les fuites amoureuses de Daniel Auteuil, un acteur par ailleurs depuis longtemps au sommet de son talent, nous ont ennuyés car inaccomplies. Déçus par toutes ces manipulations sans véritable envergure, nous ne pouvons que conseiller au spectateur parisien de se tourner vers des théâtres d'ombres d'une toute autre trempe. Ainsi les rééditions du Testament du Dr Mabuse - version allemande - et de L'Homme qui en savait trop - version 1956 -, dans les salles Action, permettent d'apprécier combien Fritz Lang et Alfred Hitchcock restent inégalés à ce jour, même si les Spielberg, de Caunes et consorts s'en réclament.
Los Bambinos
En cette période de relâchement scolaire, les parents chercheront peut-être le film propice à plaire aux petits et aux grands. Découvrant que La Légende de Parva est un film d'animation adapté du dessinateur Milo Manara, connu pour son trait érotique et ses jeunes filles en extase sexuelle, Papa pensera se rincer l'oeil tout en accompagnant son innocente progéniture. A tort car la cible en sont les enfants. Nous n'avons pu le voir mais il semble que les péripéties, édulcorées par Vinceso Cerami, le scénariste de La Vie est belle de Roberto Benigni, ne trouvent aucun secours dans les lignes banales du studio français à l'origine du projet. Par désespoir, papa et maman se délesteront de leur descendance dans une salle projetant Magic Basket. A notre avis, le geste est à proscrire, à moins de vouloir que l'enfant devienne un fou de ballon orange, sautillant en tout sens et retombant sur terre le temps d'une dégustation chez le traiteur McDonald occupant l'aile nord du multiplexe. Si néanmoins enfants et parents souhaitent partager un moment d'intelligence, d'envolée, d'envoûtement, ils devront ensemble courir voir et même revoir Laputa ou Le Château dans le ciel.
Liaisons dangereuses
A l'heure où le capitalisme ne cherche plus à toucher le plus grand nombre mais au contraire une partie précise de la population, afin d'optimiser les bénéfices en baissant les coûts de diffusion, le cinéma s'adapte. Après les films pour enfants et ceux pour amateurs de chiens, de chats ou de basket, l'Amérique a inventé le cinéma pour adolescents. Othello 2003, ou Shakespeare revisité, a l'apparence de ces produits frelatés, qui, à base de sexe et d'acné, prétendent rejouer de leur cynisme les classiques de la littérature et du théâtre, comme Sex intention soit-disant inspiré par Les Liaisons dangereuses. Les rumeurs laissent entendre que ce dernier film sortirait du lot. Véritablement cruel, et assumant sa dimension tragique, cette histoire de trahison et de mensonges - encore ! - serait une des surprises de la semaine. A vous d'en juger.
Terra incognita
Peut-être avez-vous déjà vu Terra incognita lors de sa diffusion sur ARTE le 11 janvier dernier. Intégré au cycle " Un si proche orient ", il a été fort apprécié au festival de Cannes, l'année dernière. Le deuxième film du libanais Ghassan Salhab, après Beyrouth fantôme, est une oeuvre d'après guerre, mais non d'apaisement. Des hommes et des femmes de 30-40 ans se croisent dans une ville qui cicatrise avec peine des blessures encore ouvertes. Leur rencontre questionne l'unité d'une nation meurtrie parce qu'indéfinie. Nous espérons pouvoir y revenir très prochainement. Ce film est de ces oeuvres qui, par leur parole, peuvent nous aider à mieux résoudre et surtout supporter les interrogations du présent. Par leur échos, leurs miroitements, elles sont précieuses. Nous ne devons pas les laisser s'enfouir sous le déversoir des sorties. Restons tous vigilants, surtout si cette vigilance permet de prévenir une boucherie que certains voudraient inéluctable.