Jeu d'action-infiltration - PC, PS2, Xbox et Xbox 360 - Edité par Eidos
Il manquait à la famille Hitman le quatrième cavalier de l'apocalypse. En chantier depuis deux ans, IO Interactive voulait ce jeu comme une résurrection d'une série touchée au cœur, avec un troisième épisode très décevant. L'agent 47 reprend donc du service, dans une histoire qui commence en épitaphe : 47 est mort.
Merces Letifer. Le commerce de la Mort. Ainsi se nomme l'organisation à laquelle appartient le tueur à gages le plus charismatique de l'histoire du jeu vidéo. Au-delà des contrats de 47, cette aventure mettra en scène la guerre secrète entre l'Agence et la Franchise. La maison-mère de notre tueur sera face à une rivale sortie de nulle part, bien décidée à gagner le monopole.
Efficace, habilement ficelé, le scénario vous met en bière dès la première cinématique. Comment le Silent Assassin a-t-il pu se faire abattre ? On se souvient avoir frémit, auparavant dans la quadrilogie, quand il fut grièvement blessé dans un guet-apens, ou quand ses ennemis arrivèrent jusqu'à sa retraite. Il nous était apparu comme humain, et faillible. Ce sentiment d'un homme seul, d'une expérience génétique en cavale, ne sera jamais aussi présent que dans Blood Money. La trame se délie au fil des missions, les détails de l'histoire ne nous parviennent pas durant les phases de jeu, mais par les scènes intermédiaires qui se passent sans 47. Comme si ce fonctionnaire de la Mort n'était qu'un pion zélé dans toute cette intrigue. Une sensation d'isolement que l'on garde jusqu'à la fin, sans pour autant nous frustrer.
Les voyages déforment la jeunesse
Ce retour en force s'accompagne d'une certaine diversité dans nos contrats. On sent qu'IO Interactive a voulu nous mettre dans des situations encore plus inextricables que les explorations de bunkers russes, ou les nids de triades desquels nous nous étions tirés indemnes par le passé. Le jeu oscille entre contrats-suicide et figures imposées, jouissives la plupart du temps. Eliminer un témoin surprotégé, sauver un sénateur en devenant le prédateur de ses tueurs, jouer aux fantômes de l'Opéra. Les lieux iront du pavillon de quartier au casino de Las Vegas, en passant par le centre de désintoxication pour alcooliques. Une variété qui contribue pour beaucoup au charme de Blood Money. Cette pluralité est renforcée par les rapports de fin de mission, sous forme de unes de journaux locaux. Elles contiennent bien sûr quelques colonnes sur votre méfait, mais aussi des brèves et des faits divers, parfois en relation avec le scénario, souvent loufoques. Ne vous y trompez pas, derrière l'amabilité très relative de 47 se cache un monde à l'humour noir et mordant.
Si le cadre est beau, l'image n'est pas en reste
Les musiques sont au diapason, mélangeant l'Ave Maria et les compositions de Jesper Kyd. L'orchestre de Budapest et ses 150 instruments n'y sont pas pour rien. Un regret toutefois, les voix VO sont impeccables, alors que la version française est dénuée de saveur et de conviction. L'absence de multipiste est alors frustrante au possible.
Le moteur du jeu, lui, a enfin été revu à la hausse et se pare de beaux effets de lumière, de modélisations plus fines, d'animations moins mécaniques. Ce n'est pas parfait, mais cela reste assez lourd pour nécessiter un certain temps de chargement à chaque niveau, même sur XBOX 360. On est surpris par la densité des foules, la fluidité du tout. Même si certaines incohérences physiques demeurent, c'est bluffant, surtout sur la faible PS2.
Savoir varier les plaisir des déplaisirs
Un élément qui manquait dramatiquement aux anciens numéros a enfin été injecté ici : la flexibilité du Modus Operandi. Le gameplay de Hitman est métamorphosé. On peut enfin cacher les corps encombrants dans des bennes ou les jeter par-dessus bord. Les diversions se multiplient, lorsqu'on lance une pièce au loin ou qu'on fait sauter les fusibles. 47 se voit doté de seringues et de bombes télécommandées, afin de multiplier les pièges à truffe. Empoisonnez ou plastiquez tout ce qui vous passe par la main. La corde à piano devient enfin facile d'utilisation, et vous permet des fantaisies comme étrangler une cible depuis le faux-plafond d'une cage d'ascenseur. D'autres nouveaux mouvements vous encouragent à la hardiesse. Ainsi, vous pouvez cacher votre arme dans votre dos pour frapper de face, pousser les gens dans les escaliers, ou depuis les balcons. Si jamais la situation dégénère, vous pourrez désarmer un adversaire ou le coup-de-bouliser pour lui rappler qui est le patron. La vue à la première personne, revue à la hausse, prouve enfin son utilité lors des fusillades. Toutes ces petites libertés, contournant un jeu au demeurant très scripté, ouvrent de nouvelles voies à votre âme d'artiste funèbre.
Tuons heureux, tuons cachés
Nouvel élément, la notoriété, modifie votre marge d'action suivant votre furtivité. En effet, si vos contrats se terminent en bains de sang avec témoins, vous deviendrez au fil des missions de plus en plus connu, pour devenir à terme l'ennemi public N°1. Il en résultera des gardes qui tirent à vue sur tout ce qui est chauve et des quidams qui vous montrent du doigt. Un système intelligent de prime abord mais qui s'avère faible, quand on comprend qu'il suffit d'éliminer les témoins, voire de rayer toute forme de vie d'un niveau, pour ne pas être reconnu. Sinon, il vous reste la corruption, qui calmera les choses, mais qui entamera sévèrement vos revenus. C'est dommage, quand on sait que les armes de choix de 47, gourmandes en billets verts, ont plus d'options qu'une Mercedes grand luxe.
Bien qu'Hitman Blood Money soit ici transfiguré, les mécaniques absurdes des précédents opus sont encore là, malgré une certaine amélioration de l'IA. Il est fort probable que tous les moyens supplémentaires mis à notre disposition rendent encore plus visibles ces défauts. Un petit déséquilibre partiellement compensé dans les modes de jeu les plus durs.
Hitman Blood Money est un excellent cru, qui a su renouer avec la fraîcheur du tout premier titre. Loin d'une apologie du meurtre, Hitman développe une élégance, un style qui vous poussera à éviter la bavure et à commettre le crime parfait. Celui d'un affairiste médiocre ou d'une pourriture au vernis friable. Il renoue aussi avec son humour grinçant, tournant en ridicule ses propres codes, plaçant 47 comme un outil de mort apolitique, apatride, à travers lequel se jouent petites trahisons et grands complots. Aucun jeu ne vous donnera autant cette sensation d'être à la fois le bras droit de la Mort et un animal désespéré. Une aventure noire qui se déguste en gants de cuir.

Sur le web
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- Site officiel du jeu
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