La principale qualité du film de Douglas Gordon sur
Zinedine Zidane aura été de nous rappeler que le football, spectacle visuel et télévisuel par excellence, a aussi à voir avec la musicalité. Qu'il s'agisse des battements de cœur de notre héros national, du bruit de ses crampons qui battent la mesure toutes les huit secondes, de ses riffs de narines, de ses raclements de gorge, gouttes de sueur, de ses jurons punk ou des chants de tribune,
le Portrait du XXIème siècle rappelle que le foot et le rock sont faits de la même étoffe. Le parallèle entre le terrain et la scène est vite fait : les lumières y sont aussi vives et brûlantes, le public aussi passionné et bourré (souvent), cette sorte de folie contenue qui peut se déchaîner sur un geste, un titre, partagée, l'équipe en forme de groupe compact et l'existence d'une hiérarchie entre les tâcherons (le stoppeur, le bassiste, le défensif, le batteur) et les héros (buteur, n°10, chanteur, guitar hero) font du rock et du foot des spectacles structurellement et culturellement comparables.
Les points communs s'arrêtent à peu près là. Il y a bien sûr toute une littérature qui a fait des joueurs de football des rock stars, les connectant souvent par le partage du génie créatif, plus souvent encore, par leurs comportements capricieux en dehors du terrain. On se souvient évidemment de Georges Best, le cinquième
Beatles, qui aurait plus sûrement fait le 12ème Pogues mais bon... On se souvient de Cantona et de ses postures crâneuses, égal des frères Gallagher sur les marchés et travées d'Old Trafford, Cantona, la dernier des fameux Playboys Internationaux, qui connut l'insigne honneur de voir son nom gravé sur le tambourin de
Morrissey lors de sa tournée 1995.
Bien souvent, et comme cette fois-là, ce ne sont pas le football et le rock qui se parlent mais leur manière d'offrir une représentation de la défiance et de la liberté qui sont en cause. Le footballeur de génie, parce qu'il évolue dans un collectif dont il se détache, dont il oublie les règles, les contraintes (spatiales notamment) s'apparenterait à l'artiste libre comme le vent, taquinant la muse en dehors des contraintes du musique business et des courants dominants.