Entretien avec le co-directeur du Festival d'Avignon, édition 2006
Depuis l'automne 2003, Vincent Baudriller dirige le Festival d'Avignon 2006 avec Hortense Archambault, en revendiquant la place faite à des artistes aux univers forts, qu'ils soient metteurs en scène ou chorégraphes. Il évoque les débats de 2005, qu'il juge positifs, et les temps forts de 2006.
Fluctuat : Après Thomas Ostermeier en 2004 et Jan Fabre en 2005, vous avez choisi Josef Nadj comme artiste associé du festival 2006. Pourquoi ce choix ?
Vincent Baudriller : « Notre projet, avec Hortense Archambault, était de proposer, à l'occasion de quatre festivals, quatre regards sur le théâtre et l'art, quatre approches différentes. Avec Thomas Ostermeier, nous avons mis à l'honneur un théâtre politique, de troupe, un reflet du monde plutôt vilarien. Avec Jan Fabre, il s'agissait davantage d'un rapport poétique et intime à la création, suscitant des réactions, comme on a pu le voir. Quant à Josef Nadj, ce qui nous intéresse, c'est le thème de l'altérité. Il a un imaginaire très fort, il plonge dans l'œuvre d'un autre artiste, s'en nourrit, et construit ensuite sa propre identité, son propre univers. Après Kafka et Schulz, il le fera à Avignon à partir d'Henri Michaux.
Quelle couleur va -t-il donner à la soixantième édition ?
Plusieurs thèmes sont liés à son travail : comment on se nourrit de la tradition pour inventer sa propre modernité et avancer avec ; quels rapports on a à l'autre et aux autres cultures ; enfin quels rapports les différentes formes d'art entretiennent entre elles : le dialogue entre théâtre et musique, poésie et musique, ou théâtre et danse.
Le rapport aux autres cultures, la dimension internationale : c'est ce que vous souhaitiez figurer avec cette sorte de carte illustrant l'avant-programme...
Oui, c'est une carte imaginaire, qui invite à la rencontre. La rencontre entre les différentes cultures sera présente dans plusieurs spectacles : celui de Nadj qui réunit des danseurs de sa compagnie et des danseurs japonais, ceux de Bartabas avec des musiciens roumains, de Peter Brook avec des acteurs africains, ou encore Combat de nègres et de chiens, mis en scène par Arthur Nauzyciel...
Josef Nadj évoque beaucoup ‘l'ébranlement' et la mise en danger de l'artiste dans le processus de création...
L'ouverture et le dialogue, c'est forcément difficile. Il y a toujours une part de risque dans la rencontre et le théâtre comme art collectif, vivant. Diriger le festival à deux, comme nous le faisons avec Hortense, c'est aussi une forme de risque. Ça demande beaucoup de discussions, d'échanges, de remises en question parfois. Il nous faut regarder ailleurs, autrement, pour aller plus loin.
Outre les spectacles de Nadj, quelles sont les promesses de cette édition ?
Bartabas reviendra sur l'énergie et la folie de ses débuts, c'est ce qui m'intéresse. Une heure et demie au grand galop, avec de la musique balkanique ! L'univers de Copi, interlope, disjoncté, revisité par Martial di Fonzo Bo aussi sera un beau moment... Il y en aura beaucoup d'autres... [Consultez le guide des temps forts du festival 2006 ndlr]
L'an dernier, plusieurs spectateurs s'étaient sentis exclus de certaines propositions. Cette fois, les œuvres leur seront-elles plus ouvertes, accessibles ?
En 2005, plusieurs spectacles ont créé la réaction, parfois même le malaise du public. Ils ont été appréciés ou pas, mais de toute façon, ils ont suscité l'échange.
Contrairement à ce que certains ont affirmé, nous n'avons jamais voulu mener une révolution esthétique, défendre une certaine avant-garde ou positionner les créateurs les uns contre les autres. Quant au débat texte ou pas texte, c'est un faux débat. Le festival 2005 était seulement un certain regard sur la création actuelle, comme l'avait été 2004 ou comme le sera 2006. Le théâtre est assez fort pour vivre de ses différences, c'est ce qui le rend vivant.
Pour vous, ces débats ont été positifs...
Bien sûr. Je n'avais jamais ressenti une telle intensité dans les échanges et dialogues entre les gens, partout : dans les cafés, restaurants, dans les files d'attentes des spectacles, on a débattu, et débattu encore. Nous organisons à Avignon des rencontres mensuelles de « curieux » avec un artiste, autour de la programmation future. L'an dernier, 200 personnes y assistaient régulièrement. Cette année, ils sont 350. Je suis heureux de ces réactions vivaces, vivantes. C'est bénéfique pour le festival.
Le festival a 60 ans. Comment se retourner sur son histoire, tout en regardant devant ?
Cette étape est l'occasion pour nous de partager avec le public notre réflexion sur l'histoire et l'héritage du festival. La question que nous nous posons, c'est comment s'inscrire dans cette histoire et la faire perdurer tout en la projetant dans l'avenir. Nous avons été très surpris qu'on nous renvoie l'image de Vilar commandeur, en critiquant notre démarche. Il a été le premier à ouvrir le théâtre à d'autres formes d'art, comme la danse, avec Béjart et le cinéma, avec Godard et à s'inscrire contre le théâtre bourgeois. Il a toujours eu la force de projeter le festival en avant. Nous poursuivons l'aventure initiée par Jean Vilar et les directeurs suivants, en essayant de ne pas bégayer...
Quelle forme va prendre la célébration de ce soixantième anniversaire ?
Nous organisons un vaste débat intitulé « Le festival, une histoire en mouvement ». Chercheurs, historiens, sociologues, acteurs et témoins du festival échangeront, les 13, 14 et 15 juillet au Gymnase Saint-Joseph au cours de journées liées à l'esthétique, les publics, la politique. En clôture de festival, une soirée de lecture de textes de Vilar sera orchestrée par Olivier Py dans la Cour d'honneur. On y rendra sa parole contemporaine. Enfin, nous avons mis en ligne toutes les programmations du festival depuis sa création.
A l'heure qu'il est, la crise liée au nouveau protocole d'accord sur les intermittents du spectacle n'est pas réglée. Leur réserverez-vous un espace de parole au fil du festival ?
Nous sommes très inquiets pour l'avenir de la profession, notamment en voyant que les propositions qui ont été élaborées ces dernières années n'ont pas été prises en compte. Depuis deux ans, nous avons su imposer le festival comme un espace de dialogue. Nous continuerons cette année avec la présence d'un collectif d'intermittents, la mise en place de tribunes et de rencontres entre professionnels. Le festival se veut un lieu de discussion sur cette question, et, au-delà, sur la question des politiques culturelles, à quelques mois de l'échéance présidentielle...
Quel regard portez-vous sur la crise profonde qui frappe le festival Off aujourd'hui ?
Le Off est le seul endroit en Europe où il existe une véritable liberté de rencontre entre artistes et public. Il n'y a pas, d'un côté les élus dans le In, les autres dans le Off. Nous sommes deux instances différentes et complémentaires.
Hélas aujourd'hui, on assiste à la concurrence de deux prestataires de services se disant les meilleurs. Il y a beaucoup d'énergie négative dans ce combat-là. L'accueil du public et des compagnies est essentiel, il faut organiser la refondation du Off sur des bases saines. Ensuite, nous pourrons travailler ensemble. »
Sur le web
Sur le web :
- Programme détaillé et renseignements sur le site du festival
ROCK || HIP HOP || REGGAE || ...
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Afficher par : naissance / nationalité / métier

|
|
|
| + | Des places à gagner pour Ask the Dust et A place to bury strangers |
| + | Des B.O. et des livres Paranoid Park à gagner |
| + | Remportez l'autobiographie de Tony Visconti |
Zoom sur
Pina Bausch / Carolyn Carlson / Jean-Luc Lagarce / Peter Brook / Tim Lott / Ariane Mnouchkine / Robert Wilson / Pierre Desproges / Samuel Beckett / Antonin Artaud / Bertolt Brecht / Eugène Ionesco / William Shakespeare
- SOIREE BACK TO BASICS le 31 Mai @OPUS
- Mort de Rauschenberg
- cours de roue allemande
- Booster vos chances de réussire dans le mé...