La dernière création d'Olivier Py est un hommage au théâtre et aux acteurs. Il faut y aller pour le rire, pour les trouvailles extravagantes, pour l'écriture lumineuse et bouffonne de son auteur et pour Michel Fau, immense acteur.

Au risque de passer pour une groupie absolue, totalement aveuglée par le génie créatif de l'artiste qu'elle évoque, il faudra dire, une fois encore, une fois de plus, tout le bien qu'on a pensé du spectacle d'Olivier Py. Grâce à « La grande Parade » (lire aussi le blog saisons et l'entretien avec Olivier Py), le théâtre du Rond-Point nous donne la chance de (re)découvrir cinq spectacles et un cabaret de l'auteur-acteur-metteur en scène-chanteur-directeur de théâtre. Ouf !
Dans ce programme au long cours, Illusions comiques est un événement à plus d'un titre. D'abord parce que c'est une création. Ensuite parce que Py lui-même y joue, ce qui est plutôt rare. Depuis le visage d'Orphée, et excepté Miss Knife, on ne l'avait pas vu dans une de ses pièces.
Qui d'autre que lui peut se payer le luxe de reprendre à son compte un titre de Corneille, et de le mettre au pluriel ? Illusions comiques, sous-titré La leçon de théâtre est précisément une formidable ode à la joie et au théâtre. Dans toute sa vivacité, sa diversité, sa complexité.

Grand escalier
Sur le vaste plateau en noir et blanc, avec, en fond de scène des films de plastique coloré, on reconnaîtra quelques éléments de décor des Vainqueurs, parmi lesquels un grand escalier, qui se prête à toutes les inventions et trouvailles extravagantes. Là, chacun des comparses d'Olivier Py joue son propre rôle. Lui est « Moi-même » et les autres portent à la scène leur propre nom : Olivier Balazuc, Michel Fau, Elisabeth Mazev etc. Sur le modèle de l'Impromptu de Versailles de Molière, une troupe d'acteurs répète devant les spectateurs les grandeurs et misères de la cuisine théâtrale. Py est le poète... et bientôt le prophète et héros que tout le monde attendait. Choyé et poussé par sa maman, encensé par la critique théâtrale avant même d'avoir dévoilé son travail, réclamé partout, il apportera la réponse aux angoisses de son temps... et de l'éternité. Rien que ça. Le voilà donc récupéré peu à peu par l'institution, la politique, la religion, les chasseurs de tendance et autres pouvoirs, avant de tomber en désamour.

Vraie comédie
Pour une fois, l'artiste délaisse, un temps, ses envolées mystiques et religieuses pour signer une comédie, une vraie. Réjouissante, grinçante, et tellement drôle.
Dans sa folle entreprise, l'auteur Py rend hommage à Lagarce, convoque le fantôme de Brecht et fait résonner les trompettes de Maurice Jarre, passage obligé pour les tympans de qui franchit la cour d'honneur du Palais des Papes d'Avignon. Le poète Py pratique avec talent et sans concessions l'art difficile de l'autodérision, résume toutes ses angoisses en arborant un costume de lapin bleu ou de bagnard condamné, marie jubilation, mélancolie et macabre. L'acteur Py mouille sa chemise sur scène, et dans la salle, qu'il emplit de son verbe lumineux, fougueux et diablement bouffon - un peu trop par moments.
Il rend surtout un vibrant hommage aux acteurs en général, les siens en particulier en leur donnant des rôles en or. Il faut voir le drôlissime Michel Fau, déjà au cœur de l'Apocalypse joyeuse, incarner tour à tour la blonde tante Geneviève en tailleur rose bonbon et le professeur de théâtre, l'entendre décliner une même tirade sous une vingtaine de formes différentes. Il est juste, irrésistible, immense.
En un mot comme en cent, ces Illusions-là valent donc le voyage et sont une belle fenêtre ouverte sur l'univers de Py, qui vous donnera sans doute envie de découvrir ensuite l'Epitre aux jeunes acteurs, ou, pour les plus courageux, les Vainqueurs.

Illusions comiques
Mis en scène par Olivier Py
Au théâtre du rond-point jusqu'au 3 juin

Nedjma Van Egmond


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