Zoé est un ange. La première fois que vous la rencontrez, elle est allongée dans un lit, le visage baigné de la lumière du soleil de Casablanca. Elle a les yeux fermés et vous parle d'une voix douce. Pourtant ses lèvres ne bougent pas, Zoé est dans le coma. Alors qu'elle se regarde, allongée là, son père à ses côtés, elle commence à vous raconter une histoire, son histoire. Vous êtes prêts ? Tenez vous bien car vous allez loin, très loin.

Il était une fois deux mondes jumeaux
Zoé a 20 ans, elle vient d'arrêter ses études, elle passe son temps devant la télé, ne se sépare jamais de son portable et ne sort à l'occasion que pour aller voir des copines ou se rendre à son cours de sport. Zoé ne sait que faire de sa vie, elle se trouve nulle en tout et son père, gentil mais toujours en voyage, ne lui est d'aucun réconfort. Zoé est donc pénible, mais que voulez vous, c'est l'âge. Lorsqu'un ami journaliste, disparaît, Zoé trouve là une échappatoire à son quotidien étriqué. L'enquête va la mener de Casablanca au Japon en passant par les Etats-Unis ou la Russie. Elle découvre notre monde où la technologie est omniprésente et bienveillante, mais elle va aussi découvrir l'existence d'un monde parallèle au nôtre, un monde de magie. C'est beaucoup pour une enfant de vingt ans, non ?
À Mercuria se trouve une jeune femme nommée April Ryan. Dans la vie elle est résistante, ou terroriste c'est selon. Selon que vous êtes du côté des Azadis, la puissance occupante ou de celui des indigènes. Ces derniers en guerre avec les Tyrenes se sont trouvés forcés d'accepter la paix et tout ce qui va avec, nous sommes sur Arcadia, le monde parallèle. Commerce, technologie, religion, les Azadis ont imposé leur culture et leur vision du monde et les habitants ont troqué un état de guerre contre un État peut-être bien totalitaire.

L'imagination au pouvoir
En terme de gameplay, Dreamfall est assez ordinaire. Il est nécessaire de trouver des objets, discuter avec les personnages principaux, en combattre quelque uns pour la forme. Les personnages sont aussi souples que des bûches de bois et tous les éléments déterminants du scénario passent par les dialogues, qui ressemblent parfois à de simples cinématiques, sans mouvement de caméra. Tout ça est parfois ennuyeux, mal fait et primitif en terme de ressort ludiques.
Dreamfall pourrait donc être vite fait, vite oublié? Il est en réalité l'un des jeux les plus passionnants de ces dernières années, à classer au top ten pour longtemps. Avec un sens inouï du scénario, Ragnar Tornquist le concepteur vous propose de suivre un jeu comme il en existe peu.
Dreamfall se nourrit de thématiques assez classiques, mais avec l'exigence de choisir ce qui se fait de mieux. La science fiction à la Blade Runner par exemple, mêlant business et bio-éthique, et qui vous entraîne dans les ruelles détrempées portant les restes d'un lustre passé. Le jeu est aussi inspiré des univers médiévaux et merveilleux comme on en trouve dans les contes, rencontrez le gardien de l'équilibre dans l'éden qu'il s'est fabriqué, rendez vous dans la grande bibliothèque de l'armée de ombres, une corporation dédiée à l'archivage de tout les écrits existants. Vous redouterez de rencontrer le sorcier qui se terre dans les entrailles de Waticorp, la firme qui vend du rêve à l'aide de technologies next-gen dédiées au divertissement.
Dans Dreamfall, les paysages fascinent, vous sentez presque la chaleur des ruelles de Casablanca, l'odeur des épices de la place du marché de Marcuria, le froid glacé de Saint Petersbourg à l'ère post-apocalyptique. Le jeu ne fait pas état de prouesses techniques, nul besoin de flous de caméra ou d'un moteur physique original quand on a un monde à la hauteur de ses rêves.

Un démarrage en force
Après un bref prologue, Dreamfall lance des pistes, comme autant de scénarios, comme autant de possibles, de rêves qui se croisent et se contaminent. D'abord l'univers de Zoé, coloré, acidulé et tendre. Très vite vous vous rendez à Venise Newport, ville poisseuse d'Amérique du nord. Dreamfall serait donc l'histoire de Zoé, le récit d'une conspiration mise à jour. A moins qu'il ne s'agisse d'un mouvement de révolte contre l'envahisseur de Marcuria. Vous découvrez très vite sont univers médiéval, vous rencontrez April. Cachée dans la forêt elle tend des embuscades aux soldats Azadis.
Attendez, en réalité Dreamfall est peut-être bien le cri de détresse de cette petite fille diaphane, aperçue l'espace d'un instant par Zoé sur son écran de télévision. Peut-être bien, à moins qu'il ne s'agisse des mémoires du voyageur entrevu dans un monastère tibétain, dans le prologue.
Dreamfall agit comme un rêve, il mêle différents niveau de récits. Au départ rien n'est clairement balisé, vous ne savez quelle quête est la plus importante. Primordiale ou pas, chacune d'elle est liée aux autres mais vous ne savez pas comment. Vous mourrez juste d'envie d'en savoir plus. A mesure que vous recollez les morceaux, vous en découvrez toujours plus, plus de lieux à découvrir; plus d'enjeux à relever. Le rêve devient très dense.

Si vous acceptez la pauvreté du gameplay et si vous passez sur la faiblesse de l'animation, Dreamfall pourrait être l'un de vos meilleurs moments vidéoludiques. L'espace de quelques heures vous êtes comme un enfant, on vous raconte une histoire, parfois épique, souvent poétique. On espère le prochain épisode avec impatience et on croise les doigts pour que le studio fasse quelques efforts d'imagination en ce qui concerne le gameplay.

Dreamfall - The longest Journey
Disponible sur pc et xbox
Edité par Micro application
Développé par Funcom
Sortie en France : 12 mai 2006

Julien Foucher
Sur Flu :
- Tags : pc, xbox, E3

Sur le web :
Site officiel du jeu



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