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Lorsqu'un acteur porno tente une reconversion « publique », le coup de bâton est quasi systématique et la crédibilité difficile à atteindre. HPG ne saurait échapper à la vindicte, quand bien même son film, aussi foutraque et maladif soit-il, nous offre un formidable traité d'humanité. Qu'est-ce qu'un acteur, un homme, un amant ? HPG, hystérique et pertinent, s'acharne à expliquer l'inexplicable.
Passant de CondoMan (hilarante référence parodique à son propre travail, en homme aux super pouvoirs placés sous la ceinture), à un petit garçon colérique, jusqu'à cette figure inédite d'homme inquiet, HPG joue/est un personnage fascinant. Passant du ridicule assumé au ridicule involontaire, puis soudain comme touché par la grâce, agaçant, inquiétant mais profondément émouvant car conscient de sa propre situation critique : de ce corps devenu son statut social, sa raison et sa façon de vivre, il faut faire naître une voix, qui s'exprime avec peine. Pour cela, HPG veut quitter le porno pour le cinéma « classique », devenir un « vrai » acteur, un dramaturge. Mal à l'aise avec les autres, sur lesquels il hurle systématiquement en pensant leur parler, il lui faut en fait parvenir à une maîtrise de lui-même qui semble totalement lui échapper. Personnage en plein « ça », pur corps filmique à la fois sexuel et burlesque, HPG utilise ici son corps peut-être bien plus que dans tout autre de ses films. Il devient en effet une image transparente, une plaie ouverte qui cherche sa résolution dans un questionnement incessant. Qui suis-je ? et pourquoi ?
Entouré d'une galerie de personnages allant du fou au sage (Bertrand Bonello, impressionnant de calme au milieu de cette tempête), HPG explore sa propre marginalité, la remet en question au point de s'envoyer lui-même dans les roses au travers de magnifiques échanges entre son personnage et celui du réalisateur Bertrand - tout cela dialogué au couteau par HPG. En profitant pour faire voler en éclats de nombreux clichés, il propose une vision inspirée et hilarante du métier d'acteur, mais aussi de la difficulté d'aimer - soi-même ou bien l'autre. Il faut voir HPG face à des élèves de théâtre venus pour une audition, se livrer à un (one man) show rageur sur leur incapacité à être acteurs par leur « peu de vécu ». Et plus tard, le même, tétanisé lorsqu'on lui demande de jouer une simple scène sans dialogue. Grande gueule réduite au silence, à l'immobilité, une autre facette de l'homme se révèle dans toute sa cruauté : la peur, pure et simple. Dans ce jeu de miroir entre réel et fiction, sorte de long épanchement désespéré, d'une justesse qui n'évite jamais la cruauté ni l'emphase - aux beaux dialogues écrits à la virgule près - on pense parfois à La Maman et la Putain d'Eustache, la virtuosité cinématographique en moins.
HPG n'est sans doute pas un grand faiseur d'images, mais son regard sur ses personnages vaut toutes les plus belles imageries du cinéma - creuses, par définition. Le trash, l'extrême, la marge, placés comme centre de gravité de son personnage, nous montrent un aspect le plus souvent caché de nos personnalités, et pourtant bien présent. LZA (compagne du réalisateur à la vie comme à l'écran), seule à lui tenir tête sans se décourager, est un personnage de femme forte comme on en voit rarement. On ne devrait pas exister ? On devrait vraiment s'arrêter et tendre l'oreille à ces mots/maux là.
On ne devrait pas exister
Un film d'HPG
Avec HPG, LZA, Bertrand Bonello, Marylou Berry
France, 2006, 1h30
[Illustrations : HPG et LZA © Limelight Distribution]
