Il y a quelques mois de cela, quand j'ai enfourné le DVD de Shadow of the Colossus dans ma PS2, je me suis dit « Il s'agit là du dernier grand jeu de la PS2 ». Et je me suis trompé. Grand bien m'en a pris, Okami est un bijou.

« Emotionnal Estampe Action »
Okami est une œuvre à part. Croisement bâtard entre jeu et peinture, vous êtes invité dans une succession d'estampes mises en (belles) images et (joliment) animées grâce à un moteur graphique surprenant. C'est une sorte de cell shading qui vous est mis sous les yeux, mais la comparaison s'arrête là, tant Okami est travaillé dans son esthétique. Les couleurs pastel se mélangent aux ombres, les encres bavant l'une sur l'autre, offrant un coté organique à chaque tableau qui vous sera offert en déplaçant votre héroïne. De plus, un nombre impressionnant d'effets graphiques parsèment l'aventure, en accomplissant l'exploit d'être de toujours très bon goût. Au final, ce qui vous est offert sur l'écran est stupéfiant, à tel point qu'il il est possible que ce jeu soit tout simplement la plus grande réussite esthétique de l'histoire du jeu vidéo. Rien que ça.
Chaque nouvelle zone est un émerveillement pour les rétines. Jamais, de mémoire de joueur, je n'ai été autant motivé pour découvrir « le niveau d'après ». Musiques, thèmes graphiques, animations, tout concorde pour former au final un enchevêtrement de sensations, de couleurs, d'émotions. Mais la question que vous vous posez tous, fébriles, c'est « comment ça marche une fois qu'on a la manette à la main ? »

Shenmue se laisse pousser les canines
Okami est une œuvre à part. Croisement bâtard entre RPG et Shenmue-like, le joueur y perdra tous ses repères. Et avec le sourire. Vous incarnez Amaterasu, déesse loup réveillée par une déesse à gros seins (il en fallait bien une) pour sauver un monde envahi par les ténèbres et le refleurir. Oui. Vous avez bien lu. Le refleurir. Pour se faire, vous disposez d'un pinceau qui vous permet de couper des arbres, créer des ponts, ou encore faire apparaître le soleil. Toutes ces phases de dessins se passent par l'intermédiaire d'un bureau auquel vous avez accès en appuyant sur R1. Et là, le temps se fige, se nacre, vous laissant le temps d'officier. Mais avec précaution toujours, l'encre n'étant pas infinie. Et ce ne sont pas moins de vingt pouvoirs qui seront disponibles au fur et à mesure du jeu. Tout le jeu alterne phases de discussions avec les villageois, de résolutions d'énigmes par le dessin, et de combats. Ces dernières sont assez répétitives, mais très courtes, ne nuisant en rien au plaisir de jeu. Les joutes sont nerveuses, enlevées, magnifiques, et il m'est inutile de vous décrire le bonheur d'achever l'ennemi en le tranchant d'un coup de pinceau bien senti. On retrouve dans ce jeu de nombreux éléments RPG. Amaterasu gagne de l'expérience en aidant les villageois afin d'augmenter par exemple sa barre de vie ou sa jauge d'encre, il y a un nombre incroyable d'objets en tout genre dont la signification parfois m'échappe, pléthore de quêtes annexes et j'en passe. Notre louve est attachante, avec un doublage canin tout mignon (on en demandait pas plus) et les villageois remplissent très bien leur office, jouant de tous les clichés dont nous avons été abreuvés sur le japon féodal. Toutes ses petites choses forment un univers cohérent, reposant, doté d'une véritable identité.

Danse avec le flou
Okami est une œuvre à part. Croisement bâtard entre RPG de luxe et travail pompeux de laboratoire, on ne sait pas vraiment où le placer. En effet, bien que son seul défaut soit dû à un minuscule souci de caméra durant les combats, le soft ne fera pas l'unanimité. Trop esthétisant, trop abstrait, trop différent. De nombreux joueurs ne tenteront pas l'expérience par peur du dépaysement. Ce serait dommage pourtant, de passer à côté d'un jeu qui pour une fois nous guide en dehors des sentiers battus, à la recherche de nouvelles sensations, de nouvelles manières de jouer.
A l'heure où tout le monde se pâme devant la Wii - à raison - Okami fait bien de sortir. Pour prouver que les idées ne se font pas que dans les consoles, mais aussi dans les jeux. Clover Studios (Viewtiful Joe) l'a bien compris et créant un jeu qui arrive à être amusant, émouvant et impressionnant à la fois. Plus zen que fun, plus contemplatif que combatif, Okami détend, Okami séduit. Okami est une œuvre à part, croisement bâtard entre le magnifique et le merveilleux.

Okami
Disponible sur PS2
Développé par Clover Studio
Edité par Capcom
Sortie en France : février 2007
Testé sur version Japonaise

Pierre Alexandre Rouillon


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