Le jeu vidéo se montre tout indiqué pour rassembler en un même espace les images fantasmatiques du répertoire ésotérique et le travail de réflexion qui préside à la résolution d'une enquête. Après le livre, après le film, voici l'imagerie et l'interactivité réunies dans une seule et même boîte, celle de Da Vinci Code, le jeu. Car le Da Vinci Game fait bien partie d'un lot. Discount ?


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A moins d'être parti faire du trekking sur les lunes de Mars depuis trois ans vous devez savoir de quoi parle le Da Vinci Code. Les amateurs de grande randonnée peuvent lire la chronique du film pour se faire une idée. Du livre au film, du film au jeu, la qualité risque de se fondre dans les prix dégressifs. Mais la boîte est là, avec un emballage alléchant, car les images dispensées sur la toile depuis plusieurs semaines sont assez séduisantes. On l'essaie sans rechigner.

Boite à images
L'introduction du jeu n'est pas interactive. Une courte cinématique présente les dernières minutes de la vie du conservateur. Celui-ci a le corps léger, on dirait une carte à jouer comme celles d'Alice au pays des merveilles. Effrayé, il tombe en silence, on abat la première carte : l'animation des personnages n'est pas le fort de Da Vinci Code. L'interface du jeu non plus d'ailleurs, les menus sont assez laids et les textes des boutons, mal disposés à l'écran, se chevauchent parfois. Peu importe, l'habit ne fait pas le moine, on a vu plein de très bon jeux arborer des interfaces médiocres.
Qu'y a-t-il d'autre dans la boîte ? Des personnages. Au début du jeu, vous êtes dans la peau de Robert Langdon, vous évoluez dans les couloirs du Louvre, entouré de ses tableaux majestueux, qui vous contemplent. Ca ne peut être l'inverse, vous êtes bien trop occupé avec l'inspecteur de police, un rougeaud pas très beau qui vous expose les faits. En fait vous n'êtes pas très beau non plus, pas moche mais assez quelconque, heureusement Sophie Neveu s'en sort mieux. Vous avez tout le temps de l'observer, elle n'a pas le visage très expressif mais c'est sans doute parce qu'elle est très concentrée. Il faut bien suivre, car nous sommes à la merci de forces qui nous dépassent. Oui bon.

Lieux saints en haute définition
Vous avez surtout le loisir de regarder les décors, vraiment splendides et détaillés. The Collective, le studio de développement, n'a pas lésiné sur les moyens. Les lieux sont modélisés en détail et l'on compte beaucoup d'objets à l'écran. Colonnes, tableaux, chevalets, tables, chaises, candélabres, stèles et autres sculptures. Le nombre d'objets à l'écran rend l'alisasing très présent et parfois même gênant. Si votre carte graphique tient le coup, vous aurez tout intérêt à monter la résolution. Et là, vous êtes dans la carte postale. Au coeur du Louvre c'est quelque chose, mais ce n'est rien à côté des vitraux de l'abbaye de Westminster, des voûtes de Saint-Sulpice.
Ce dernier lieu est un vrai joyau, avec ses colonnes en enfilade, ses dorures, ses tableaux, ses marbres, ses sculptures, chapelles et tableaux, à demi plongés dans l'obscurité. On se prend à flâner sur le balcon, alors même que notre arrivée provoque l'envol de quelques pigeons. La lutte de pouvoir entre l'Eglise et l'ordre de Sion, c'est loin, très loin, en fait vous êtes surtout un touriste, emporté par le romantisme des lieux, par la solennité que dégagent les endroits traversés.

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au pays du Da Vinci
Non décidément ça ne vas pas, tout est trop beau. On déchiffre un message, on s'émerveille devant le tableau des noces de Cana. On assomme un policier, puis on regarde la Vénus de Milo. On se cache derrière un pilier pour éviter un méchant moinillon qui fait rien qu'à vous déranger pendant la visite. On donne des coups de poing, des coups de pieds, en cliquant frénétiquement avant de continuer la promenade. Mais qu'estce qui ne va pas ? Bon sang, mais c'est bien sûr ! Il ont oublié de mettre un jeu dans la boîte.
En fait, il y a bien des personnages, des décors et un scénario, mais rien d'amusant, rien de ludique. Regardons d'un peu plus près. D'abord vous débloquez des mécanismes idiots. Vos actions consistent à assembler des pièces ou exécuter des actions qui défient la logique et ne servent pas le l'histoire. Les obstacles se suivent et se ressemblent. Imaginez un peu, une statue posée sur le bureau. Sophie vous fait remarquer qu'elle pense que son grand père l'a posé dans un angle bien particulier afin de désigner un plan sur le mur. Auparavant il avait laissé des messages cryptés sur le sol, puis sur la vitre protégeant la Joconde (?!), rédigés en glagolitique et cryptés en inversant les lettres. Que de subterfuges pénibles, car vide de sens. Ils n'ont d'autre finalité que de retarder votre progression.

Poupée de cire
Divers enquiquineurs freinent votre progression. Vous déjouez leur surveillance parfois très facilement, ils sont au moins aussi intelligents que des barreaux de chaise. Les combats se déroulent sous forme de QTE (il faut réussir à enchainer une séquence de touches pour porter les coups) et l'angle de caméra bien choisi permet de profiter du spectacle, tout en uppercut et en flou de bougé. Mais c'est un spectacle dont vous n'êtes pas vraiment le héros. Et puis votre position de spectateur est d'autant plus sensible que souvent, vous ne maîtrisez pas votre propre personnage.
Robert Laugdon bute contre les murs, les chaises, les chevalets, tout ce qui peut se trouver plus ou moins sur son passage. Le monde entier est un obstace pour ses petits genoux de héros. A cela vous pouvez ajouter que votre acolyte est aussi abrutie que vous. Tandis que vous vous dissimulez derrière un pilier pour tenter d'échapper à un ennemi, Sophie se cache très logiquement en plein milieu de l'allée. Façon "Je suis caché dans mon nez". Heureusement, le champ de vision des ennemis, autant que leur intelligence, est limité à la portion congrue. Avec Da Vinci Code, on a un peu la sensation d'être revenu des années en arrière, alors que les protagonistes fonctionnaient comme des robots dénués de bons sens.

Finalement, Da Vinci Code provoque une sensation de vide, inspirée par la beauté majestueuse des sites déserts. C'est normal, vous êtes forcémment seul face aux puissances religieuses que vous défiez. Mais c'est surtout l'inanité des mécanismes de jeu et la pauvreté des personnages qui ruinent votre expérience. L'enquête du roman de Dan Brown promettait un bon jeu d'aventure. Mais le résultat est creux et fort ennuyeux. Las, on referme la boîte, avec tout ses objets à l'intérieur. Da Vinci Code s'ajoute à la liste des jeux inspiré de film et finalement peu inspirés. Il ne restera, en fin de compte, qu'un joli diaporama.

Da Vinci Code - The Collective
Edité par 2K Games
Pc, Xbox, Ps2 - Sortie mai 2006

Julien Foucher




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