Hamlet , création iconoclaste « d'après Shakespeare » inaugure le nouvel Odéon. Réussite esthétique, acteurs de talent, Ariel Garcia Valdès en tête. Et pourtant cette version réduite à minima dessert la profondeur de l'œuvre.

L'événement est de taille : le théâtre historique a rouvert ses portes, le 27 avril dernier, après trois ans de travaux. On n'épiloguera pas sur le nouvel Odéon, on ne connaissait pas l'ancien. Mais le site est prestigieux, le confort itou, les rouge et or forment un beau mariage, les sièges sont doux, et il est doux d'y être, surtout pour assister, en guise de feu d'artifice inaugural, à un nouvel Hamlet. Hamlet ? Pas tout à fait... Hamlet . Car voilà le titre que le metteur en scène et directeur de l'Odéon, Georges Lavaudant, a donné au projet, né alors qu'il travaillait, avec des élèves, sur Le songe d'une nuit d'été et La tempête.
Nous voilà face à une rêverie, une partition onirique « d'après » Shakespeare, traduit par Daniel Loayza. Pour réduire un texte - qui dans son intégralité approche les six heures - à moins d'une heure trente, il aura fallu couper. A la serpe. Exit quelques tirades célèbres, dont l'inaugural Qui va là ou le Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Tandis que le Etre ou ne pas être de l'acte III, scène I, est expédié en fin de pièce... Pourquoi pas ?

Théâtre visuel
Georges Lavaudant, partisan d'un théâtre visuel et plastique livre des images saisissantes. Pas de décor, un plateau nu, un cadre très noir pour une œuvre qui l'est tout autant, et un long manteau noir pour parer le prince d'Elseneur, qui se morfond après que sa mère, la reine Gertrude (Astrid Bas) a épousé son oncle, Claudius (Lavaudant lui-même) après la mort toute fraîche du roi.
En fond de scène, des projections de textes, d'images de requins nageant en eaux profondes, et de compositions noires et blanches qui viennent s'écraser sur les visages des personnages. Des acteurs tour à tour à l'immobilité implacable, ou au mouvement frénétique. Ophélie n'est pas une, mais trois. Chorégraphiés par Jean-Claude Gallotta, ses clones rythment les changements de séquences au rythme endiablé de castagnettes et sous les stroboscopes. La scène des comédiens rejouant le meurtre du roi, elle, est projetée sur un grand écran, à la manière d'un film muet burlesque. Toutes ces trouvailles composent un pièce à la réussite esthétique indéniable, servie par une distribution sans failles. Ariel Garcia Valdès, qui a largement dépassé l'âge d'Hamlet, le sert pourtant superbement. Habité, il joue le faux-fou déterminé et bourré de convictions avec une violence froide. Alors, pourquoi l'ensemble ne nous convainc pas complètement ?

Tonalité glacée
D'abord parce que les micros HF donnent à l'ensemble une tonalité glacée, comme lointaine. Ensuite, et surtout parce qu'on ne saurait se contenter d'un texte réduit à son minimum. Ce ne sont pas les coupes franches dans le texte qui choquent, mais plutôt qu'elles enlèvent à la version originelle son intensité et tout ce qui fait son sel : l'alternance de moments de tensions et de détente, le tourment profond grandissant chez Hamlet, ses relations aux autres (celles qui l'unissent à Ophélie et Laërte sont totalement gommées).
Tout cela est donc l'objet d'une vision, d'une rêverie très personnelle de Georges Lavaudant. « Rêver peut-être »... Mais ça ne suffit pas.

Hamlet
D'après William Shakespeare
Mis en scène par Georges Lavaudant
Avec Astrid Bas, Ariel Garcia Valdès, Georges Lavaudant, Babacar M'Baye Fall
Durée 1h20, jusqu'au 27 mai.

Julie de Faramond



Sur Flu :
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- Tags : Odéon, théâtre, Shakespeare


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