Jusqu'au 28 mai au Théâtre du Rond Point
Une fois n'est pas coutume. C'est une petite forme qui ouvre la grande parade d'Olivier Py. Son épître aux jeunes acteurs veut rétablir la place quasi-sacrée de la parole, avec un humour jubilatoire.
Olivier Py fait sa grande parade au Théâtre du Rond Point. L'auteur, acteur, metteur en scène, poète, lyrique, épique, prolifique y livre, en cinq spectacles comme autant d'actes théâtraux, l'étendue de son talent. A l'affiche, deux spectacles jeune public, sa réjouissante épopée Les vainqueurs - plus de neuf heures d'un intense marathon qui a empli de joie le Gymnase René Char lors du dernier festival d'Avignon -, la création Les Illusions comiques et l'Epître aux jeunes acteurs, qui a ouvert la programmation du théâtre parisien.
Une fois n'est pas coutume, cette œuvre est singulièrement courte (1 heure 10 seulement), le plateau est petit, mais tout Py, ou presque, est contenu dans cet objet dense. Sur la scène, des panneaux dorés, dans lesquels l'image se reflète, vaguement. Une loge pour comédien, un escalier. Il (John Arnold, magistral) fait son entrée, costume cintré, petite valise à la main, tel un représentant de commerce. En deux temps trois mouvements, sous nos yeux, il prendra l'allure d'une tragédienne poussiéreuse. Longue robe blanche à bretelles, chevelure platine, couronne de fleurs vissée sur la tête, teint blanc, yeux et lèvres outrageusement maquillés. Une main sur le cœur, l'autre levée (prononcez « levé-e » !), elle déclame. A l'attention des jeunes acteurs... et de tous les autres.
Autodérision et humour extravagant
« L'appel impatient de la gloire pousse chaque année des milliers de jeunes gens sur le chemin difficile de l'art théâtral. Savent-ils ce qu'ils font, savent-ils ce qu'ils risquent ? », interroge l'auteur. Devant ce constat, et à la demande du Conservatoire national supérieur d'art dramatique, il donne naissance à cette épître. Plutôt qu'une pompeuse conférence, un acte résolument militant, comme souvent son théâtre, qui ne s'interdit ni l'humour extravagant, ni l'autodérision.
Ce grand poème réunit donc nombre de thèmes de prédilection de l'artiste : le rôle capital de la parole, qu'il regrette de voir aujourd'hui galvaudée, le sens immanent à l'art théâtral, la foi, l'ode à la joie. Tout en jouant, la tragédienne croise la route d'un rabat-joie, d'un responsable culturel, d'un ministre de la communication, d'un policier du désir. Comme autant d'obstacles à l'avènement de cette parole, balayés d'un revers de la main.
« L'acteur entre en scène. Quoi de plus banal ? Quoi de plus miraculeux ? » Pas grand chose, en vérité. Et il y a quelque chose de drôle à voir la pièce prendre ses quartiers dans la salle baptisée du nom de Roland Topor. Décalage et décapage, c'est ce que Py et Topor ont en commun.

Olivier PY
Epître aux jeunes acteurs
Théâtre du Rond Point jusqu'au 28 mai au théâtre du rond point
Sur le web :
- le site du théâtre du rond point
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