Dans le divorce des Libertines, Pete Doherty a obtenu la garde (alternative) des mélodies et Carl Barat celle du batteur et de 80% de l'énergie. Si les Libertines étaient les Beatles, Barat serait Mc Cartney , soit le mec auquel on a collé l'étiquette de bon garçon alors que la réalité n'est pas si simple. Opéré récemment d'une tumeur, on aurait compris que Carl Barat prenne un peu de repos. Cela n'a pas été le cas.
Waterloo to Anywhere, le premier album des Dirty Pretty Things, sort cette semaine et n'est pas si mauvais. Dans le faux match à distance qui les opposent aux Babyshambles (eux assistent à leur concert), les Dirty Pretty Things s'appuient sur une vraie urgence et un savoir-faire traditionnel (ils savent jouer vite et mal). Leurs chansons sonnent hard, puissantes et sont balancées à une vitesse supersonique.Malheureusement, Barat s'est trop pressé sur les compos, ou a perdu sa touch, et passe son temps à maquiller l'absence flagrante de mélodies accrocheuses (à quelques exceptions près) derrière des constructions en escalier et des ruptures de rythme cache-misère. Waterloo to Anywhere se révèle un album assez foireux, qui ne fonctionne que lorsque les titres sont envoyés en moins de deux minutes trente, voire trois minutes. Au delà, on s'emmerde un peu. Le single "Bang, bang You're Dead" marche bien, ainsi que le punk exalté de "You Fucking Love It", entre Johnny Thunders et les Stooges.
"Deadwood", le second single annoncé, expose le concept du groupe : un gang à l'assaut du monde. Barat chante "I knew this place. It was never a place for me. What will you do when they forget your name ?". C'est joli, même si les textes ne cassent pas la baraque. On note encore quelques belles sentences sur le très bon "Wondering" : "we were too pretty. We were too young for this. It is so good to be in love with someone when you got to be with noone."
Bizarremment, Barat - qui n'a pas de voix - est un chanteur plutôt efficace, qui sait jouer avec habileté des limites de son organe. Il chante ses textes sur la corde raide et use de modulations très variées pour ce qu'il est capable de faire. Crooner sur "Doctors And Dealers", marrant (mais moins convaincant) sur "Last of The Smalltown Playboys", qui gâche une belle idée en hommage à Morrissey et à ses playboys internationaux.
Ca rame sévère en revanche sur "If You Love A Woman", malgré un bon texte, et sur le médiocre "Gin & Milk".
Mais lorsque Barat s'applique, ça donne le somptueux "The Gentry Cove", mon titre préféré, qui évoque les délires pop du "Lawrence" de Felt. Les Dirty Pretty Things se la jouent crâneurs et épiques, c'est leur meilleur rôle. Satisfecit aussi pour "Blood Thirsty Bastards", qui raconte les souffrances des stars dans le monde de la nuit et leur cour de parasites. Le clin d'oeil est appuyé et les fans s'amuseront à repérer les déclarations d'amour et les appels du pied à son ancien partenaire. Barat a prédit que les Libertines se reformeraient un jour... peut-être pas si éloigné ?

Waterloo to Anywhere se laisse donc écouter avec plaisir (mais à petite dose) et s'inscrit dans la lignée de l'inégal dernier album des Libertines, que Barat avait écrit et dirigé dans les grandes lignes. Il manque néanmoins à ces Dirty Pretty Things, malgré leurs poses romantiques, l'étincelle de fragilité angélique et poétique que savait amener un Doherty en bon état. Ce qui marchait parfaitement en groupe, cette alternance de force et d'artichaut, n'opère plus avec la même efficacité. On voit mal, surtout, ce qui pourrait maintenir en vie un groupe qui joue une musique née en 1970 comme s'il ne s'était rien passé depuis.
Personnellement, je vois mal ce qu'on pourrait faire d'un second album des Dirty Pretty Things dans cette veine punk, à moins d'une révolution musicale.
Waterloo to anywhere
Dirty Pretty Thing
Rough Trade
Sortie le 9 mai
Sur le web :
Dirty Pretty Things : cellule musicale rapidement reformée, après le split des Libertines, autour de l'ancien batteur du groupe, du bassiste de Cooper Temple Clause et du guitariste qui avait remplacé Doherty lors de sa fugue longue durée en 2003.
Sur Flu : - Le Tag Babyshambles sur Playlist.
Sur le Web : - Le blog Myspace des Dirty Pretty Things - Le site officiel du groupe - La fiche bio des Libertines
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